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Bénin : De la Prison comme Fourrière Politique sous Yayi Boni

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Depuis que le vent mauvais de Yayi a commencé à souffler sur le Bénin, la prison est entrée en scène comme lieu stratégique d’évacuation de l’obstacle politique. Cette technique a présidé à l’avènement du pouvoir actuel. Sans qu'on soit parvenu jusqu’à présent à déterminer la manière dont la chose a été manigancée un peu à l’orée de 2006, c’est cette technique qui a permis d’éliminer Rachidi Gbadamassi du circuit politique du Nord.

Elimination carcérale à double détente, puisqu’un crime a été commis dans un premier temps, et le sujet-obstacle désigné a été, dans un deuxième temps suspecté d’en être l’instigateur, et des lors jeté en prison. Ce qui ouvrit la voie à, et facilita l’accaparement politique du Nord par Yayi Boni. Comment dans ce cas, surtout au vu du piétinement de l’enquête sur l’assassinat du juge Coovi, ne pas suspecter ceux qui avaient intérêt à voir éliminé le suspect désigné, d’être in fine les vrais instigateurs de ce meurtre mystérieux aussi crapuleux que politique ?    

Et, continuant – comment changer une technique qui a montré son succès ? – sur la même voie prémonitoire à son entrée en scène politique, Yayi Boni, devenu Président de la République, manie la prison sans retenue. On ne compte pas le nombre d’ennemis plus ou moins imaginaires, d’empêcheurs de fantasmer en rond qu’au nom de la lutte contre la corruption ou de la bonne gouvernance Yayi Boni a envoyés en prison. De Sefou Fagbohoun à Pierre-Simon Adovèlandé en passant par Clément Gnonlonfoun, et autre Andoche Amègnissè. Et ces derniers jours, les Talon, Agbo, Todjinou, et autres Moudjaïdou ont eut maille à partir avec la manie d’emprisonnement de Yayi Boni, à des titres divers et des durées plus ou moins longues. Le plus souvent, pour des motifs controuvés, spécieux, douteux ou rocambolesques. L’une des instrumentalisations la plus crapuleuse de la prison à des fins politiques opérée par Yayi Boni est celle qui, d’une manière écœurante, et proprement révoltante, à la veille des fêtes de Noël, envoya Simon-Pierre derrière les barreaux, et ce sans aucune nécessité formelle, quel que soit ce qui pouvait être reproché à l’intéressé. De même, Pascal Todjinou le chef syndicaliste vient de goûter aux joies de l’embastillement autoritaire sous Yayi pour des raisons tirées par le cheveu. Ce qui aurait pu au pire faire l’objet d’un avertissement ou d’une amende donne lieu à l’application de lois obsolètes sur lesquelles le Gouvernement et ses tenants s’arcboutent comme s’ils n’avaient rien d’autre à faire que de recycler les vieux parchemins de la loi. Le but de ces mesquineries autoritaires est de sévir contre ceux qui empêchent ou pourrait empêcher les tenants du pouvoir d’exécuter leurs projets antidémocratiques et tyranniques, de tripatouillage de la constitution pour s’éterniser, voler l’argent public, piller les biens de l’Etat en toute impunité !  Et, comme la médiocrité de leur bilan saute aux yeux, il faut éliminer, autant que faire se peut

 

tous ceux qui apparaissent comme son révélateur ou une alternative crédible. Comme dans un rêve on élimine par tout moyen tout ce qui nous empêche de jouir, ou qui menace notre tranquillité – depuis Freud, on sait que le rêve est le gardien du sommeil. Alors fidèle à son autoritarisme nocturne et à son noctambulisme autistique, Yayi Boni fait recours à la prison, comme jadis les rois faisaient des sacrifices humains pour assurer la paix de leur règne. Dans sa main, la prison devient un paramètre d’épuration politique, un frigidaire ou même une fourrière politique.

La belle preuve du caractère politique des emprisonnements opérés par Yayi depuis 2006 c’est leur inspiration régionaliste. Comme par hasard toutes les victimes ou presque de sa compulsion à emprisonner se recrutent parmi les Sudistes : Sefou Fagbohoun, Andoche Amègnissè,  Clément Gnonlonfoun, Pierre-Simon Adovèlandé, Todjinou, Talon, Somassè, Agbo, etc.. Quelles que soient les raisons invoquées, aucune de ses victimes n’est ni du Nord, ni de son camp politique. Et pourtant la corruption ou le mal, sinon le crime ne sont  l'apanage ni d'une région ni d'un camp :  ils ne sont ni politiquement ni ethniquement déterminés.

Nous sommes tout simplement en face d’un arbitraire, une dérive tyrannique des principes de la Démocratie, une personnalisation du pouvoir soumis aux caprices oniriques d’un prince ténébreux. Toutes choses qui mettent à mal l’unité nationale et la paix. L’instrumentalisation des institutions de la République à des fins politiques est antidémocratique. L’usage de la prison comme  fourrière politique au mépris des libertés individuelles est un crime moral et anticonstitutionnel.

Aminou Balogoun

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Kidnapping d’un Américain à Cotonou : Le Bénin tiré d’Embarras !

Proximité du Nigéria ; les deux Faces de la Médaille

Le Nigéria ce n’est pas seulement le kpayo et le fayaho ; pas seulement le 10ème producteur de pétrole, et la nation la plus peuplée d’Afrique, mais c’est aussi les attaques meurtrières répétées à Dantokpa, les vols à mains armées de voitures, l’insécurité diffuse le long de la frontière, les pirates aux larges de nos côtes ou sur internet qui opèrent à partir du sol national, la tendance des Béninois désœuvrés à s’inspirer des techniques de fraude, des méthodes de falsification, d’usurpation et de détournement de biens d’autrui, des pratiques criminelles en vogue au Nigeria, comme les kidnappings qui y sont légion. Pour le Bénin, la proximité du Nigéria est une médaille dont l’avers est source de profit, mais dont le revers est source de fraudes, de crimes, d'insécurité, d’agression et de mort violente.

Nulle n’ignore cette réalité du double effet de la proximité de notre grand voisin. Pas plus le peuple que le gouvernement. Celui-ci a, entre autres fonctions, pour devoir d’optimiser les sources de profit et de réduire les sources d’insécurité pour les citoyens. Pour ce faire, il a obligation de protéger le territoire national de tout danger.

Cette semaine, les effets de cette influence néfaste du Nigéria ont défrayé la chronique avec l’affaire du kidnapping d’un citoyen américain. La mode criminelle de kidnapping venue du Nigéria a frappé en attirant dans son piège un citoyen américain. Deux types combinés de techniques criminelles made in Nigéria ont été mis en œuvre pour réaliser ce forfait. L’escroquerie sur internet et le kidnapping. Le but des criminels était sans doute d’avoir affaire à une partie potentiellement juteuse, puisqu’il s’agit du citoyen de la nation la plus riche et la plus puissante du monde ; nation qui en raison de sa culture démocratique qui valorise la liberté individuelle ne devrait pas, pensaient-ils, lésiner sur les moyens financiers pour libérer son ressortissant. Dans le même temps, les kidnappeurs ont spéculé sur l’attitude inverse du Bénin : pays à fausse démocratie, gangrené par la corruption à tous les niveaux, à commencer par celui des dirigeants : que ce soit la corruption électorale, ou celle de l’enrichissement personnel. Mais mal leur en a pris car, et une fois n’est pas coutume, les forces de l’ordre béninoise, faisant montre d’une exceptionnelle efficacité, les ont pris de vitesse et ont libéré leur victime. Ce succès qui est à mettre à l’actif de la police béninoise est tout à l’honneur du pays, notamment sous l’angle diplomatique. Les Etats-Unis avait eu a payer le prix fort au Bénin en la personne d’une de leurs ressortissantes, Catherine Puzey, bénévole du Peace Corps, et enseignante à Badjoude dans la Donga, sauvagement assassinée le 12 mars 2009. Or, comme l’habitude en est établie au Bénin où l’impunité est reine, en dépit d’inculpations prononcées sur la base d’indices forts, plausibles et concordants aucun coupable du meurtre n’a été désigné, encore moins jugé à ce jour! Les Etats-Unis ainsi que les parents de la victimes sont restés sur leur frustration et leur douleur. C’est dans ce contexte que survient ce second acte criminel concernant les Etats-Unis. On voit bien l’embarras du gouvernement béninois et la mauvaise réputation qu’il allait endosser si le kidnapping de l’Américain devait finir comme l’a été l’assassinat de Catherine Puzey. Mais, Dieu merci et de façon pour le moins inespérée, le dénouement a été heureux ! Au grand soulagement du Gouvernement Béninois et à la grande satisfaction des Américains.

 

 

Dans le même temps, la semaine qui s’achève a été marquée au Nigeria voisin par deux affaires de kidnapping à répercussion internationale ( car les kidnappings à caractère national sont innombrables et banals) dont les dénouements n’ont pas été tous heureux.

L’Italien Modesto di Girolamo, kidnappé dans l’Etat de Kwara a été libéré sain et sauf. Les autorités nigérianes n’ont donné aucun détail sur sa libération. Monsieur di Girolamo a été kidnappé à Ilorin, la capitale du Kwara le lundi alors que l’ingénieur italien y était en mission de supervision pour le compte d’une société turinoise.

Mais malheureusement le jeudi, on apprend la mort d’un autre ingénieur, allemand celui-là, kidnappé en janvier dans le Nord du Nigéria et qui a été tué lors d’une opération de sauvetage qui a échoué. Edgar Fritz Raupach avait été kidnappé dans la ville de Kano. Les auteurs présumés du kidnapping de l’Allemand seraient les membres de la secte Boko Haram qui sévit au Nigeria depuis plusieurs mois, entre assassinats, raids meurtriers, bombes humaines, voitures piégés et incendies en tous genres sans que le gouvernement fédéral n’en puisse venir à bout.

Bien que les mauvaises habitudes criminelles qui trouvent de plus en plus écho auprès des jeunes béninois désœuvrées se fassent sur le modèle et sous l’influence de ce qui se passe au Nigéria voisin — depuis la fraude par internet jusqu’au kidnapping, en passant par les attaques à mains armées — force est de constater que l’un des rares kidnapping à répercussion internationale que notre pays ait connu se soit soldé par un dénouement heureux. Ce succès est à l’honneur du Bénin et à l’actif de la police nationale. Si le modèle nigérian est socialement inévitable en raison de la proximité de ce grand voisin, il est heureux de constater que l’efficacité de la lutte anticriminelle, et la politique sécuritaire nationale puissent prouver leur différence et leur autonomie.

Banjo Adegboro

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L’Histoire d’Esther ou la Déréliction Judiciaire du Pauvre sous nos Tropiques

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La justice sous nos tropiques ne cache pas son tropisme sociologique. Avec l'ombre portée de la corruption, elle prend à peine la précaution de cacher sa cruelle vérité : le fait qu'elle fonctionne en faveur des plus nantis et méprise les pauvres, ceux qui n'ont rien parce qu'ils n'ont personne, et qui n'ont personne souvent parce qu'ils n'ont rien.
Moi-même qui vous parle, je me souviens en avoir fait l'amère expérience, il y a plus de 20 ans de cela au moment où, étudiant en sociologie à Paris, j'étais de passage à Cotonou pour une petite enquête de terrain. Je voulais obtenir une chambre pas dans un hôtel mais chez l'habitant avec des gens normaux et voir comment cela se passait. De plus ce pied-à-terre me mettrait à l’abri des incessantes visites des membres de ma famille : cousins, cousines, tantes et oncles ; visites qui n'étaient pas toutes, on peut s'en douter, dénuées d’arrière-pensées pécuniaires. On m’informa qu’à quelques pâtés de maisons de chez nous il y avait une chambre qui répondait à ma demande. Ma grande sœur et moi nous allâmes nous en enquérir ; le propriétaire putatif, un homme dans la trentaine nous reçut, et nous donna l'assurance de la disponibilité d'une chambre dans la maison. Nous versâmes à sa demande un acompte de 20 000 fr. pour une location de deux semaines. L’ homme me demanda de revenir après le week-end car dit-il, il y avait une cérémonie dans la maison et que je ne pourrais prendre possession de la chambre qu'à partir de lundi.
Mais le lundi, je n'ai pas pu avoir la chambre promise. Notre homme était introuvable. Puis deux ou trois jours après, il était impossible de le rencontrer dans la maison. Quand nous finîmes par le trouver, il s'était mis à baragouiner des incohérences, à dire que la cérémonie continuait, raison pour laquelle la chambre n'était pas encore disponible. Il a continué à nous faire poireauter ainsi deux ou trois jours puis las de nous laisser berner, j'ai demandé à récupérer mes sous ; c'est alors que l'homme ne voulut plus les rendre. Nous apprîmes par la suite que c'était un bandit notoire, et il nous avait sciemment escroqué. Le sang du Parisien que j'étais, habitué à un fonctionnement impeccable de la justice, n’en a fait qu'un tour. Sans demander mon reste, je vais à la gendarmerie pour porter plainte. À la gendarmerie, on me confirma que le type était connu pour des coups tordus, escroqueries, trafics illicites etc.. Les gendarmes reçurent ma déposition et promirent d'aller investiguer. Mais plusieurs jours passèrent sans aucune suite. Puis après quelques visites à la gendarmerie et sur mon insistance, l'un des gendarmes avoua que le type était un bandit, que pour l'attraper ils devaient agir à l’aube par surprise en utilisant un véhicule mais le véhicule manquait cruellement d'essence…  Ainsi que d'autres doléances annexes qu'on me demandait à mots couverts de prendre à ma charge, si toutefois je voulais que justice me fût faite. Les bras m'en tombèrent, le Parisien que j'étais tombait des nues. Les 20 000 fr. n’étaient rien pour moi. Si j'étais allé porter plainte à la gendarmerie c'était par principe et par révolte. J'estimais que dans une société saine, qui aspirait au progrès pour ses enfants–c'est du moins ce que je pensais du Bénin à l'époque–une transaction aussi banale qu'un bail de location de logement ne pouvait pas, à la première occasion, ainsi se terminer en queue de poisson pourri, dans un traquenard d'escroquerie injuste, et qu'il fallait donner une belle leçon à l’escroc. Mais rien n’y fit ; j'ai réalisé qu'il y avait une entente objective entre escrocs et gendarmes, qui se faisait sur le dos des victimes. Et j'ai jeté ma langue au chat. Moi je n'étais qu'un pauvre individu, peut-être pas si pauvre que cela ; mais ne voulant pas dramatiser mon cas, me contentant simplement d'observer comment la justice fonctionnait pour le citoyen ordinaire, j’en fus pour mes frais et ma désillusion.

Un fait divers que rapporte la presse nigériane et qui se déroule à Lagos montre si besoin est que ce constat n'a rien de spécifiquement béninois–du reste la société nigériane n'est-elle pas plus corrompue que la béninoise ?
De quoi s'agit-il ? Une jeune femme tombée dans la prostitution et qui par appât de gain rapide se pique de kidnapper un de ses clients. Elle s'appelle Esther Félix. Parce qu'elle avait besoin d'une somme d'argent conséquente pour réaliser un projet d'immigration en Occident qui pense-t-elle, changerait sa vie, l'idée lui vint de kidnapper –activité criminelle très à la mode au Nigéria–un jeune homme de ses clients qui se trouve être le fils unique d’un milliardaire nigérian qui a pignon sur rue aux États-Unis. Elle réussit le coup avec l'aide technique d’un gang spécialisé, et en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, ils perçurent en échange de leur riche prisonnier la somme de 5 millions de nairas qu'ils se partagèrent.
Mais le père du jeune homme kidnappé s'estimant humilié par cette mésaventure de son fils a voulu que justice soit faite et que plus que la délivrance sain et sauf de son fils, on allât jusqu'à mettre la main sur les auteurs du kidnapping. Alors que l'affaire dans un premier temps paraissait avoir été conclue par la libération du jeune homme, et qu'elle n’intéressait plus la police qui, comme dans des cas similaires ne se décarcassait pas, l'intervention du milliardaire a d'un seul coup stimulé la passion investigatrice de la police. Et très vite, celle-ci réussit à mettre la main sur le gang des kidnappeurs, à la grande satisfaction du milliardaire qui apparaissait comme leur donneur d'ordre. La justice ne se faisait plus au nom de l'État pour tous mais sur commande et selon la volonté d'un individu qui se trouvait être un milliardaire.
L'histoire personnelle d'Esther Félix qu'elle raconta à la police et que je restitue ici tel quel apporte la preuve a contrario qu'elle-même avait eu besoin que justice lui fût rendue mais que ce besoin resta frustré, comme c'est le cas pour tout individu ordinaire dans nos sociétés.

L’Histoire d’Esther
Lorsque la Brigade d’Alerte Anticriminelle a rencontré Esther à son siège à Ikeja, elle s’est confiée en disant qu'elle en est arrivée à la prostitution à cause de problèmes financiers.

« Un problème financier m'a poussé à la prostitution. J'ai commencé à aller dans des clubs, en particulier les boîtes de nuit, à chercher les hommes qui avaient envie de fantaisies. J'ai l'habitude de demander N2000 pour les rapports sexuels de courte durée. Mais à temps plein, je facturais entre N3000 et N4 000 »
« Je séjournais dans un hôtel à Sango-Ota, dans l'État d'Ogun, où je rencontrais des hommes aussi bien pour des passes rapides que pour des rapports de plus longue durée. Parce que je trouvais difficile de payer ma chambre d'hôtel, j'ai déménagé dans un bâtiment inachevé en ville. La chambre me coûtait N1 000 la journée, que j’aie rencontré des hommes ou non. Je donnais aussi un pourboire de N500 au gérant de l’hôtel les jours fastes.
Quand j'ai commencé à aller dans des clubs de nuit, certains hommes me battaient et, parfois, trois ou quatre personnes pouvaient vouloir me forcer à coucher avec eux. Mon père est de Ondo, mais j'ai grandi dans l'État d'Imo. Ma mère est du village d’Ugwu Aba non loin d'Orlu, dans l'État d'Imo. J'étais étudiante au Lagos State Polytechnic, où j'étudiais la communication de masse avant de laisser tomber mes études en raison de problèmes financiers. Je suis même devenue le soutien de ma famille. J’essayais d’épargner un peu d'argent de la prostitution.
J'envoyais de l'argent à ma mère et je prenais soin de mes plus jeunes frères et sœurs parce que notre père n'était d’aucun secours pour la famille. Cela m’a rendu l’épargne difficile. Lorsque j'ai réussi à épargner jusqu'à N800, 000, j'ai commencé à penser à comment faire pour me procurer un billet et un visa pour voyager à l'étranger. C’est à cette époque que j'ai rencontré deux gars nommés Wale et Bayo à Ikeja, qui promirent de m'aider à voyager hors du pays. Mais ils m'ont donné un faux passeport et un faux visa. Quand je suis arrivée à l'aéroport, c'était Dieu qui m'a sauvé, car j’étais à deux doigts d’être arrêtée.
Je suis ensuite allée à Ikeja au poste de police et j’ai porté plainte contre Wale et Bayo pour escroquerie. L'affaire a traîné longtemps et est devenue ennuyeuse. Rien de concret n’a été fait pour récupérer mon argent, tandis que mes créanciers étaient sur mon dos. J’étais triste et perdue. C’est dans cet état de frustration que j'ai rencontré Ayo qui a été très gentil et attentionné envers moi. Tout ce que j’ai pu tirer de la prostitution était juste N200, 000.
J'ai commencé à penser que si je pouvais enlever ce jeune Ayo, son père, un milliardaire, donnerait tout pour obtenir la libération de son unique enfant. J'ai contacté mon amie Patricia, et lui ai parlé de mon idée. Nous en avons discuté et elle m'a dit que c'était un bon raccourci pour trouver une grosse somme d'argent. Je lui ai dit que je n'avais personne avec qui je pouvais faire le travail et elle a dit qu'elle connaissait quelqu'un nommé Kingsley Okenwa alias Dragon.(…)

Comme on le voit Esther Félix est tombée dans le cercle vicieux de la justice. Si elle avait été milliardaire et quelle fût allée voir la police pour se plaindre d'avoir été escroquée,  probablement aurait-elle eu gain de cause et qu'on aurait mis la main sur ses détrousseurs. Et si elle est devenue kidnappeuse aujourd'hui et encoure les foudres de la justice c'est faute d'avoir bénéficié de la même bienveillance de la part de la justice que celui qui, de fil en aiguille, est devenu sa victime. Mais quand un juge bientôt prononcera un verdict de condamnation à son égard, qui prendra en compte sa déréliction judiciaire ? Qui pourra rendre raison de sa frustration face à une justice qui n'écoute pas le pauvre mais remue ciel et terre pour accueillir et faire la volonté du riches ?

Ajao Basile

   

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Pour que Béhanzin ne se Retourne pas dans sa Tombe

Béninois, levez-vous !

image Les Français et les Européens qui n'aiment rien tant que nous enfermer dans l'erreur, la sujétion, la division, la régression et la bêtise, ces Blancs ennemis séculaires des Noirs et de l'Afrique qu’ils veulent à jamais soumise et exploitée, ont comploté pour nous imposer Yayi Boni, bien qu'il soit criminel, corrompu et sans aucune lumière pour nous guider. Les Blancs ne font que ça : nous enfermer avec le diable, nous pousser sur la mauvaise route afin de tirer parti de nos errances, de nos difficultés et de l'obscurité qui en découle pour notre peuple et notre race. Cette méthode, cette haine et cette volonté de nous dominer ne date pas d'hier. Béhanzin y avait été confronté. Et il y a opposé un refus radical ; il a combattu les ennemis de notre race ; il a lutté avec vaillance pour nous libérer de leur domination. Aujourd'hui alors que les Blancs ont des représentants dans nos pays et que ceux-ci passent le plus clair de leur temps à leur faire rapport de tout ce qu'il se passe chez nous, tout se passe comme si la longue supercherie planifiée nommée élection qui a fini par la proclamation de Yayi Boni par une Cour constitutionnelle fantoche est méconnue d’eux.

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Yayi Boni et la Logique du Holdup Électoral

holdupelec Dans les arguments à opposer au hold-up électoral de M. Yayi et de sa clique de fossoyeurs de la démocratie, il faut qu'on soit clair et logique. Une élection a eu lieu dans des conditions rocambolesques. Le pouvoir prétend l'avoir gagnée avec 53 % des voix et 36 % pour son adversaire immédiat.

La contestation de fond ne porte pas sur la consistance a posteriori de ces chiffres mais leur réalité a priori. Autrement dit il y a de fortes chances que ces chiffres ne soient pas arbitraires ni imaginaires et qu’ils correspondent à quelque chose mais quelque chose dont la réalité est sujette à caution. Et c'est là toute l’importance de la distinction à faire entre réalité et vérité. La vérité des chiffres issus de l'élection peut bien correspondre à ces scores avec un écart plus ou moins significatif Ce n'est pas cela qui est en jeu. Car contester cela s'est s’enfermer dans un cercle vicieux tracé par le pouvoir et qui ne fait que l’arranger. En revanche ce qui est en cause c'est la réalité, l'origine factuelle de ces chiffres. Si ces chiffres peuvent être étayés, ils résultent en revanche de fraudes diverses, variées massives et savamment organisées. Et c'est cela qui est en cause et non pas le fait que Yayi Boni n'aurait pas eu les scores dont il se réclame. Ce qu'on peut rétorquer à Yayi Boni et à sa clique de fraudeurs c’est: «  Oui, vous avez peut-être réalisé les chiffres dont vous vous réclamez, on vous les concède volontiers, mais les méritez vous? » Cette distinction est logiquement et méthodologiquement nécessaire pour ne pas se laisser enfermer dans un cercle vicieux propices aux manigances du pouvoir

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Béninoise, Béninois, Levons-nous et Disons Non au Viol de la Démocratie, Sinon nous serons plus coupables que Yayi et sa clique devant l’histoire

bancoudeta22La constitution est un texte de raison. Elle est basée sur le fait que l'être humain est un être de raison qui aspire à la liberté, à la prospérité et au bonheur.

Et tous les chapitres, les articles et les alinéas de ce texte s'inspirent de, et traduisent ce principe de base.

Dans le même ordre d'idées, la constitution est consciente de ses propres limites, de ses propres faiblesses voire de sa vulnérabilité logique. Elle sait que dans l'application des lois et le fonctionnement des institutions qu'elle régit, peut surgir à tout moment le spectre de la déraison qu'elle s'est employée à réduire sinon à éliminer

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Bénin, Vous Avez dit Crise ? Quelle Crise ?

Ce qu’il se passe au Bénin

pk3 Il n'y a pas de crise au Bénin. Les gens peuvent faire tout ce qu'ils veulent, mais c'est se moquer doublement des Béninois que de créer la confusion autour de ce qu'il se passe. Ce qu’il se passe au Bénin est suffisamment grave pour qu'on y ajoute un second scénario celui de la confusion lexicale qui fait le lit de la confusion mentale.

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Bénin 2011 : Justice ou Paix.

BMP8 En politique, deux idées ont une permanence historique : la justice et la paix. Surtout en Démocratie et au sein d'une même communauté nationale.

La première idée, la justice, a ses passionnés et ses adeptes. Cette idée se décline en termes de respect des règles démocratiques, de souci d'équité, et d'égalité pour tous devant la loi, en termes de droit enfin. Ses adeptes se recrutent au sein des partis politiques et de la société civile.

La deuxième idée, la paix, a aussi ses passionnés. Elle se décline en termes de cohésion nationale, de retenue, de sérénité, de fraternité. Ses adeptes se recrutent eux aussi dans la classe politique et la société civile.

Ces deux idées sont également valorisées en raison de leur utilité morale et historique. Mais curieusement leurs adeptes bien qu'ayant les mêmes origines sociologiques, se mélangent rarement ; et ces deux classes d'acteurs politiques sont le plus souvent disjointes. Et tout se passe comme si ceux qui veulent la justice n’aiment pas la paix et ceux qui parlent de paix font peu de cas de la justice. La preuve nous en a été donnée encore cette semaine avec le charivari autour de la LEPI. À n'en circonscrire les effets qu'au seul cercle des anciens Présidents de la République, la disjonction invoquée saute aux yeux. D'un côté on a vu M. Émile Derlin Zinsou et M. Nicéphore Soglo, deux anciens Présidents – l’un respectable par son âge, et l’autre au moins parce qu’il a été élu – se décarcasser comme beaux diables à déplorer l'exclusion de 1 300 000 électeurs de la LEPI ; et à demander que justice leur soit faite, que leurs droits soient respectés. La raison qu’ils invoquaient à l'appui de leur demande était la nécessité du respect des droits démocratiques de tous les citoyens, de l'équité sinon de l'égalité devant la loi, etc.

Pendant que ces deux anciens Présidents jouaient le rôle de sage au chevet de la nation, le troisième ancien Président observait un curieux silence de mort. Au point que la rumeur, fruit vénéneux de la sagesse sociale, finit par en tirer une conclusion symbolique et somme toute sensée : qu'il était mort ! Était-ce pour couper court à cette funeste conclusion ou par crainte de sa vérité symbolique ? Toujours est-il que celui qui était ou faisait le mort ressuscita. Kérékou, puisque c'est de lui qu'il s'agit, donna de la voix. D'abord pour rassurer ses amis qu'il était toujours vivant ; et dans un deuxième temps pour enfin apporter sa pierre de sagesse à l'édification du drame existentiel national. Et celui qui jusqu'ici n'avait pas parlé, parla. Il parla de paix. En termes de fraternité (fils et filles de la même nation) ; en termes de consensus (autour de la LEPI) ; en termes de retenue (des uns (UN) et des autres (FCBE)).

Ce qui est à remarquer et qui corrobore l'hypothèse de la disjonction c’est que Kérékou, en adepte de la paix ne pouvait – et n'entendait – pas mêler sa voix à celle des adeptes de la justice. Le fait est que dans leur posture la plus inavouée et souvent la plus foncière, les adeptes de la paix comptent les adeptes de la justice au nombre des bellicistes. Vouloir la justice, lutter pour elle, exiger le droit pour tous c'est attenter à la paix, mépriser la paix. L'idée sous-jacente à cette inférence douteuse est celle qui régit le réalisme scabreux de la vie politique en général et plus précisément, de la vie politique dans nos démocraties bananières. Selon ce réalisme inepte, il n'y a pas de justice dans l'histoire mais au mieux un consensus sur l'injustice. Et ce consensus doit être privilégié à la recherche aveugle, passionnée et naïve de la justice. Venant d'un septuagénaire qui a blanchi sous le harnais de la fonction présidentielle, cette idée montre bien la valeur de vérité de nos gesticulations électorales. L’idée c’est que Yayi Boni veut et va conserver le pouvoir, mais il n’y a pas de quoi faire une guerre pour cela, parce que nous sommes des fils et filles d’une même nation, parce que nous devons nous entendre autour de l’essentiel, parce qu’il faut sauvegarder la paix à tout prix ! L’idée in fine donne raison à l'approche théâtrale de l'organisation des élections choisie farouchement par M. Yayi Boni. Et qu’il veut administrer à ses adversaires de gré ou de force. Mais là où le bât blesse dans ce réalisme de la vérité électorale au Bénin, c'est que le consensus autour de la LEPI n'a pas les moyens de sa politique morale : c'est un consensus frauduleux, un consensus borné et mort-né. Une image forte pour l'ancienne Côte des esclaves que nous étions jadis permet de comprendre le caractère astucieux de ce consensus frauduleux. Une cohorte d'esclaves attachés les uns aux autres par une corde et ligotés aux mains chacun traverse la forêt en direction de la côte où l'attendent les négriers. Avec les scènes de sévices et de châtiment qui ont émaillé les siècles et les champs de souffrance. Dans le but d'alléger celle-ci arrive une délégation de Prêtres et de Sages qui parlementent avec les contremaîtres et les maîtres de cette funeste traversée. Enfin au bout de longues discussions, commanditaires, maîtres, prêtres et sages finissent par tomber d’accord. Ils ont trouvé un « consensus » : on ne ligotera plus les esclaves, ils ne seront plus enfilés comme des perles mais à part ça, ils marcheront quand même sous la surveillance des armes à feu vers la côte où les attendent les négriers !

Voilà en images le genre de consensus obtenu autour de la LEPI. Et c'est autour de ce consensus que l'adepte de la paix invite les uns et les autres à se retrouver pour et au nom de la cohésion nationale ! Voilà la belle idée des gardiens de la paix, qui tiennent les adeptes de la justice pour des va-t-en-guerre.

Et puisqu'on parle de guerre, apparaît l'autre intérêt du consensus frauduleux de la paix pour le détenteur actuel du pouvoir d'État. C'est que la paix, n'est jamais mise en danger par le pouvoir en place ; car pour le pouvoir, la paix est la paix de gouverner en paix. Si, quelle que soit l'injustice qui lui est faite, l'opposition se tait au nom de la paix, la paix sera. De même, si pendant qu'on discute des conditions de la paix, le statu quo politique est maintenu – c'est-à-dire que le pouvoir est le pouvoir et l'opposition reste l'opposition alors, il y aura la paix ! Ceux qui ont créé ces conditions auront la paix de leur rêve !

En conclusion les passionnés de justice et les adeptes de la paix se mélangent rarement. Le discours de la paix à des usages qui ne sont pas toujours pacifiques. Le jour où le consensus évoqué par les amis de la paix sera moins astucieux et plus respectueux de l’intelligence des interlocuteurs, alors adeptes de la paix et adeptes de la justice commenceront à se métisser pour le meilleur ; et la séparation actuelle entre eux sera un peu moins étanche. Bien sûr il n'y a pas de justice sur terre, surtout en terre démocratique. Mais Ô ciel ! À partir de quel seuil d’injustice les adeptes de la paix comprendront que qui veut la paix prépare la guerre ?

Binason Avèkes

 

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Copyright, Blaise APLOGAN, 2010,© Bienvenu sur Babilown

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Publié dans Editorial, Idéo

L’Ignoble Censure à l’Occidentale, le Cas Wikio

Mon Idéo Va, Court, Vole et Tombe sur… :

Hypocrisie et Malice

ideog La censure à l'occidentale, même et surtout sur Internet, est appliquée avec un mélange de cynisme et de malice. L'une des fonctions des méga agrégateurs constitués en sites consiste à barrer la route à l'opinion commune en se faisant passer au pire pour  filtre de l'info qui vaut, au mieux comme référence socialement utile de ce qui fait autorité et sens.

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Publié dans Critique, Débat, Editorial, Porque

Côte d’Ivoire : Ouattara n’est pas Mandela

Les Erreurs d’une Transition

pk3 Gbagbo devrait partir, en termes sainement démocratiques. Même si son mandat prolongé n’a pas été joui dans le confort présidentiel.

Mais le problème est qu’il doit remettre le pouvoir grosso-modo à ceux qui avaient pris les armes contre lui – et les soi-disant Démocrates qui, à peine tapis dans l’ombre, leur en avaient fourni les moyens et la logistique doivent s’en mordre les doigts – et qui, ce faisant, n’avaient pas rendu service encore moins montré fidélité à l’esprit de la Démocratie.

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Publié dans Editorial, Essai, Pamphlet

Bénin : La Place des Corrompus

De la Nécessaire Dramatisation de la Lutte contre l’Impunité

C’est quand même stupéfiant que, aussitôt qu’un régime nouveau a pris le pouvoir des mains de Kérékou, ses serviteurs et peut-être aussi son chef aient foncé tête baissée dans l’arène de la corruption sans demander leur reste. Alors que la mission qui leur était assignée par le peuple c’est justement de faire tout le contraire de Kérékou en matière de moralité de la vie publique et de gestion des deniers. Curieusement, ils se sont employés à faire tout le contraire de Kérékou uniquement dans les domaines où il fallait consolider ses acquis – liberté d’expression, unité nationale, équité régionale, cohésion sociale, respect des contre-pouvoirs. Au contraire, n’ayant d’yeux que pour leurs sombres desseins, les nouveaux venus s’en sont donné à cœur joie de faire la même chose sinon pire (de la cuiller à la louche ?) que ce qui était bruyamment, peut-être même trop bruyamment reproché à Kérékou.

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Publié dans Editorial, hommage, Press-Links

Beyond the Mandela Moment

ngwane_bw_1.jpgMwalimu George Ngwane*

Clearly the Mandela moment is still to fizzle out.  Twenty years after his release from prison (1990) and eleven years after his brief stint as President of South Africa (1994-1999), Nelson Mandela’s towering presence and aura still invade the privacy of South Africa’s life and by extension the corridors of global attention.

A statue of Nelson Mandela stands outside the gates of Drakenstein Correctional Centre (formerly Victor Verster Prison), near Paarl in Western Cape province, February 10, 2010. REUTERS/Finbarr O'Reilly

Yet South Africa has to be robust enough in forging a tapestry of a post-Mandela nation at a time when the ninety-one year old icon has legitimately withdrawn to the confines of family life.

Nelson Mandela’s vision for South Africa was one of racial equality and racial reconciliation.  It was also one of social harmony and equal opportunities especially informed by the appalling living conditions of black people whose future and destiny had been sacrificed on the altar of systemic apartheid.  Sixteen years of black rule have still to record a balance sheet that emboldens the black ghetto squatters’ spirit of better life and economic renaissance.  The new black political and economic elite needs to connect among themselves and then with the teeming masses that hunger for change.  Granted that sixteen years are not enough to overturn decades of predatory racism; granted that democratic development still eludes even countries that are counting fifty years of nominal Independence; granted that it often takes many years to “reach the mountain top of our desires after having passed through the shadows of death again and again”.  Still there is a case for the leadership to begin to switch off the Mandela moment and address the bread and butter issues that preoccupy the ordinary citizen.  Sporadic expressions of xenophobia by black South Africans on ‘strangers’ are sometimes social constructs caged in regime frustrations.  Frustrations that are welled up against a background of great expectations and legitimate hope; frustrations that are reminiscent of those years when their bodies were shields for whips and their souls targets for bullets; those frustrations are in search of a more creative channel and a more cooperative power dynamics.

continued

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Publié dans Editorial, Essai

Pour une culture de l’Information Partagée

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Il y a quelque chose d’alarmant au niveau de l’information au Bénin, surtout vu de l’extérieur, mais sûrement aussi de l’intérieur. C’est le mépris de l’objectivité, et la distance  fantaisiste prise souvent avec la réalité, sans parler de la vérité. Et l’idéologie populiste du régime de Yayi Boni n’y est pas étrangère, même si le phénomène est plus ancien. Le Changement de Yayi Boni a amplifié le mal. La culture de propagande instaurée par le système n’a-t-elle pas crée une noria de titres dont le but avoué est de refaire l’information à convenance ? Presse papier ou en ligne  dont la fonction quotidienne est d’encenser le gouvernement, son chef, leur tresser des lauriers, présenter leurs actes sous de beaux jours, les caresser dans le sens du poil, lâcher dans les airs et la mare des gros titres de l’actualité, des titres  élogieux ou fantaisistes. À coups de dithyrambes, de louanges et de dénégation, on aboutit à une approche  de l’information-propagande à caractère autistique, autoritaire et imaginaire.  La philosophie de l’information est sous-tendue par une perception clivée de l’auditoire selon la dichotomie étanche du “eux et nous”. Quel que soit le fait donné, ils ont leur version et nous aussi nous avons la nôtre. Et, à partir du moment où nous sommes le pouvoir nous avons pour nous et ses moyens et sa légitimation qui nous permettent de naturaliser notre version, aussi masturbatoire et complaisante soit-elle. Le mot d’ordre de cette philosophie est : “l'info est dans l’effet et non pas dans les faits”. À ce train, sur quelque sujet de la vie sociopolitique que ce soit, on croit pouvoir dire ce que l’on veut, et l’on  applique cette croyance sans état d’âme avec un mélange de cynisme et d’ironie. Dans cette logique, le débat est mis hors jeu et l’idée de la liberté d’expression est celle que met en jeu le parallélisme des versions, dans le mépris de l’échange, de la concertation, de la confirmation et du partage, valeurs fondatrice de la cohésion sociale et de la connaissance. C’est qu’en réalité la posture épistémologique d’une telle conception de l’information est celle du degré zéro de la connaissance. Une posture qui joue à fond sur le relativisme cognitif, érigé en valeur. Ce relativisme touche en premier lieu les sujets politiques, où il paraît aller de soi, voire de bonne guerre, sur un même fait, de donner en toute circonstance une version contraire du point de vue de l’adversaire.

L’UN a-t-il fait une tournée dans le Nord ? Les uns disent : “ Tournée dans le Nord : les Ténors de l’UN accueillis en triomphe” ; tandis que les autres disent : “ Tournée de l’UN dans le Nord : Échec cuisant”. Sous prétexte que c’est un sujet à caractère politique et même électoral, on se permet de dire ce que l’on veut en évacuant la dimension factuelle de l’information au profit de sa dimension passionnelle. L’esprit d’objectivité, le citoyen ordinaire qui ne demande qu’à s’édifier s’y perdent. Et avec eux le fondement du lien social.

Hélas,  les sujets politiques ne sont pas les seuls touchés par cette approche mesquine de l’information. Au train où vont les choses, après une éclipse, il ne serait pas étonnant que les uns parlent d’éclipse de la lune et les autres d’éclipse du soleil, selon qu’ils sont adeptes du temple solaire ou adorateur de la lune. Et pourtant la paix, on ne le dira jamais assez, en cette approche des élections où tout le monde a le mot à la bouche, l’unité et la cohésion nationale, sont d’abord et avant tout celles de l’information partagée dans le respect premier des faits.

Binason Avèkes

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Publié dans Editorial, Ethic

Béninois mon Infrère, Béninoise mon Insœur as-tu une âme et la force d’aimer ?

Nous Pouvons Vaincre le Mal Béninois

BMP7 On  dit souvent que le Béninois est enclin à la jalousie. Mais en vérité, la jalousie du Béninois n’est que l’espèce d’un mal plus général du lien ou de la représentation de soi sociale. En fait, avant d’être jaloux, le Béninois ( du sud) est frappé d’une surdité historiquement acquise à l’appel instinctif de l’altérité sociale, une surdité à comprendre l’autre social ; comprendre c’est-à-dire étymologiquement co-prendre. Il s’agit de cette aptitude à accepter, vouloir et faire en sorte que son bonheur passe par celui de l’autre et réciproquement ; et que le malheur de l’autre induit aussi le nôtre, que le lien social n’est pas un jeu à somme nulle. Cette surdité au lien social est la sève noire de ce que nous appellerons l’"Infraternité", comme Fernando Pessoa, le poète portugais définissait le mot “intranquillité”

Dans sa chronique d’aujourd'hui,  Jérôme Carlos aborde le sujet sous l’angle de la confiance, et donne une explication historique du mal. Mais outre que la vision que nous avons de l’esclavage doit être corrigée des variations fantasmatiques, clarifiée et débarrassée des lieux communs manichéens qui l’entachent, il paraît plus rigoureux de ne pas dépendre ce fléau sociologique complexe d’une seule cause. Jérôme Carlos qui fait profession de moraliste positiviste nous laisse un peu sur notre faim. Puisqu’il ne nous suggère aucune solution, aucune voie de sortie. On a le sentiment qu’il tient le mal pour une fatalité inéluctable. Mais, à notre avis il ne l’est pas. Tout dépend de notre volonté… collective ( ce qui est en soi un cercle vicieux, puisque c’est justement cette collectivité dans la volonté ou cette volonté dans la collectivité qui nous fait défaut, mais enfin…! ) Courage : la solution peut se trouver dans l’éducation. À condition que les pouvoirs publics, ceux qui conçoivent la philosophie de l’éducation en prennent eux-mêmes conscience et agissent. Les organisations sociales et communautaires, les religieux, les médias, les hommes politiques, les artistes, les écrivains, les familles, bref  tout le monde doit mettre la main à la pâte pour faire de l’éradication de ce mal sur une génération, le défi d’une génération. Cette éradication est la condition nécessaire de l’éradication de l’individualisme pathétique qui mine profondément la mentalité béninoise et annihile chez nous l’action collective, gage de paix et de progrès.

Binason Avèkes

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Yayi Boni 2011: Questions Rationnelles sur un Bilan Irrationnel

Gratuité de la Césarienne + Échangeur = Réélection

BMP8 Yayi Boni veut conserver le pouvoir. Et en face de lui il a un aréopage d’hommes et de femmes qui n'entendent pas laisser passer leur chance et pour qui le règne actuel est vécu comme un sacrifice et une traversée du désert.

Mais farouche est la volonté de Yayi Boni de conserver le pouvoir. Au nom même du refus de la conception sacrificielle de son règne, Yayi n'entend être le mouton blanc de personne. Il se veut être par lui-même et considère qu'il est dans son époque, une époque qui non seulement devrait s'épanouir dans sa durée constitutionnelle légale et inscrite dans les mœurs démocratiques africaines, – celles qui tiennent pour une évidence biblique la jouissance d’un second mandat – mais pourrait se prolonger par toutes sortes d'artifices confiscatoires au-delà de celle-ci. Telles sont les lignes de force de sa volonté de conserver le pouvoir. Il s'agit d'abord du conflit entre une conception formelle de la démocratie et une conception africaine empirique dont l'aventure présidentielle de Nicéphore Dieudonné Soglo constitue l'exception honorable quoique cruelle.

 

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Publié dans Editorial, Ethic

Béninois mon Infrère, Béninoise mon Insœur as-tu une âme et la force d’aimer ?

Nous Pouvons Vaincre le Mal Béninois

BMP7 On  dit souvent que le Béninois est enclin à la jalousie. Mais en vérité, la jalousie du Béninois n’est que l’espèce d’un mal plus général du lien ou de la représentation de soi sociale. En fait, avant d’être jaloux, le Béninois ( du sud) est frappé d’une surdité historiquement acquise à l’appel instinctif de l’altérité sociale, une surdité à comprendre l’autre social ; comprendre c’est-à-dire étymologiquement co-prendre. Il s’agit de cette aptitude à accepter, vouloir et faire en sorte que son bonheur passe par celui de l’autre et réciproquement ; et que le malheur de l’autre induit aussi le nôtre, que le lien social n’est pas un jeu à somme nulle. Cette surdité au lien social est la sève noire de ce que nous appellerons l’"Infraternité", comme Fernando Pessoa, le poète portugais définissait le mot “intranquillité”

Dans sa chronique d’aujourd'hui,  Jérôme Carlos aborde le sujet sous l’angle de la confiance, et donne une explication historique du mal. Mais outre que la vision que nous avons de l’esclavage doit être corrigée des variations fantasmatiques, clarifiée et débarrassée des lieux communs manichéens qui l’entachent, il paraît plus rigoureux de ne pas dépendre ce fléau sociologique complexe d’une seule cause. Jérôme Carlos qui fait profession de moraliste positiviste nous laisse un peu sur notre faim. Puisqu’il ne nous suggère aucune solution, aucune voie de sortie. On a le sentiment qu’il tient le mal pour une fatalité inéluctable. Mais, à notre avis il ne l’est pas. Tout dépend de notre volonté… collective ( ce qui est en soi un cercle vicieux, puisque c’est justement cette collectivité dans la volonté ou cette volonté dans la collectivité qui nous fait défaut, mais enfin…! ) Courage : la solution peut se trouver dans l’éducation. À condition que les pouvoirs publics, ceux qui conçoivent la philosophie de l’éducation en prennent eux-mêmes conscience et agissent. Les organisations sociales et communautaires, les religieux, les médias, les hommes politiques, les artistes, les écrivains, les familles, bref  tout le monde doit mettre la main à la pâte pour faire de l’éradication de ce mal sur une génération, le défi d’une génération. Cette éradication est la condition nécessaire de l’éradication de l’individualisme pathétique qui mine profondément la mentalité béninoise et annihile chez nous l’action collective, gage de paix et de progrès.

Binason Avèkes

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Programmation des dossiers de malversation à l’Assemblée nationale : Yayi Boni entre Irrespon-sabilité et désignation de boucs-émissaires

La programmation à l’Assemblée des affaires sur les malversations, pourrait ne pas être le fait du hasard. Selon le Matinal, il se pourrait que ce soit une stratégie pour faire amende honorable après quatre années de tête et main basses. Selon J-Ch Houngbo, le Chef de l’état dans une meilleure disposition à écouter les griefs des députés sur les questions de malversations, pourrait avoir décidé de quelques amputions pour sauver le corps de son image afin de rempiler en 2011. Ou pour utiliser une image de la navigation maritime, le chef de l’état est obligé de jeter du lest pour rester à flot. La stratégie bien huilée aurait déjà commencé avec le limogeage de trois hauts fonctionnaires de la douane, relevés de leurs postes malgré leur poids dans sa mouvance. Elle se mène de conserve avec le Président de l’Assemblée qui après avoir brillé dans son refus suicidaire de donner suite à ces affaires, adopte une attitude contraire avec le même zèle.

La stratégie vise certes à faire amende honorable ; mais aussi à piéger l’opposition qui devrait choisir entre récupérer les sacrifiés ou soutenir le chef de l’état dans son action de salubrité morale. Mais le piège n’est pas inévitable, car le peuple ne sera pas dupe de la tactique éculée consistant à dissocier la culpabilité des boucs-émissaires de la responsabilité du chef du régime. Par ailleurs même s’il n’est jamais trop tard pour punir les coupables, après quatre années de sommeil dogmatique voire de complicité objective, on ne peut pas dire qu’il soit trop tôt non plus de la part d’un homme qui en cette matière avait promis le changement.

Binason Avèkes

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Publié dans Editorial, Essai

Place des Corrompus

De la Nécessaire Dramatisation de la Lutte contre l’Impunité

C’est quand même stupéfiant que, aussitôt qu’un régime nouveau a pris le pouvoir des mains de Kérékou, ses serviteurs et peut-être aussi son chef aient foncé tête baissée dans l’arène de la corruption sans demander leur reste. Alors que la mission qui leur était assignée par le peuple c’est justement de faire tout le contraire de Kérékou en matière de moralité de la vie publique et de gestion des deniers. Curieusement, ils se sont employés à faire tout le contraire de Kérékou uniquement dans les domaines où il fallait consolider ses acquis – liberté d’expression, unité nationale, équité régionale, cohésion sociale, respect des contre-pouvoirs. Au contraire, n’ayant d’yeux que pour leurs sombres desseins, les nouveaux venus s’en sont donné à cœur joie de faire la même chose sinon pire (de la cuiller à la louche) que ce qui était bruyamment, peut-être même trop bruyamment reproché à Kérékou.

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Publié dans Editorial, Essai

Le Régionalisme, une Chance Pour la Démocratie

Certains bureaux de Libreville manquaient de matériel à l'ouverture du vote

Le Régionalisme est la corde d’hypocrisie par laquelle, les uns accusant les autres, comptent les ligoter politiquement pour mieux s’y adonner eux-mêmes.  C’est dire que les accusations de régionalisme à l’emporte-pièce, sans tenir compte des réalités de notre culture, surtout lorsqu’elles sont proférées par des gens dont le niveau d’instruction est suffisamment avancé pour les mettre à l’abri de prénotions idiotes, ces accusations, disons-nous, sont au mieux de la mauvaise foi, au pire une tactique hypocrite, d’endormissement et de culpabilisation de l’adversaire. C’est aussi un épouvantail moral et politique qui cache et effraie au moment où sévissent d’autres vices et dérives autrement plus dangereux pour la Démocratie ; par exemple, l’achat de vote, qu’il faut distinguer de l’achat de conscience, même si l’un peut entraîner l’autre.

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Publié dans Editorial, Essai

Le Régionalisme, une Chance Pour la Démocratie

Certains bureaux de Libreville manquaient de matériel à l'ouverture du vote

Le Régionalisme est la corde d’hypocrisie par laquelle, les uns accusant les autres, comptent les ligoter politiquement pour mieux s’y adonner eux-mêmes.  C’est dire que les accusations de régionalisme à l’emporte-pièce, sans tenir compte des réalités de notre culture, surtout lorsqu’elles sont proférées par des gens dont le niveau d’instruction est suffisamment avancé pour les mettre à l’abri de prénotions idiotes, ces accusations, disons-nous, sont au mieux de la mauvaise foi, au pire une tactique hypocrite, d’endormissement et de culpabilisation de l’adversaire. C’est aussi un épouvantail moral et politique qui cache et effraie au moment où sévissent d’autres vices et dérives autrement plus dangereux pour la Démocratie ; par exemple, l’achat de vote, qu’il faut distinguer de l’achat de conscience, même si l’un peut entraîner l’autre.

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Publié dans Editorial, Pamphlet

À Quoi Donc a servi le Sacrifice de Béhanzin ?

BehanzinmarseilleÀ l’approche des élections, le gouvernement et l’opposition à travers ses représentants les plus attitrés rivalisent d’ardeur pour être dans les bonnes grâces des expatriés, hommes d’affaires, capitalistes, sociétés, organisations internationales, diplomates etc. Tout cela sous le patronage perfide de la France et de son réseau françafricain. Tel a été à l’Elysée, tel n’y a pas encore été ; tel y a rencontré le chef du cabinet d’un sous-secrétaire etc.  ! Et nos hommes politiques, toute couleur confondue, s’en donnent à cœur joie de se bousculer au portillon de ce théâtre honteux de reptation, comme s’ils eussent subi l’ablation de la glande de la dignité, ou perdu la mémoire de ce qu’on été et demeurent dans notre histoire, entre 400 ans d’esclavage  et 100 ans de colonialisme, ces Blancs de triste mémoire.

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Publié dans Billet, Critique, Editorial

La Cour Dossou Face à la Lépi

Courocomplet La loi sur la Lépi a été abrogée à l’Assemblée, et il s’est trouvé des citoyens – c’est leur droit le plus absolu – et des députés – ceux qui ont perdu – pour faire appel à l’arbitrage des sages de la Cour Constitutionnelle. On imagine que ceux qui s’opposent – députés ou citoyens –  à l’abrogation de la loi sur la Lépi ont leurs  raisons et leurs arguments. Elles n’ont pas brillé dans les médias par leur pouvoir de conviction, et du reste nul n’a vu vraiment leur expression claire et objective. Mais ces raisons ne sont pas seulement affectives, partisanes ou idéologiques. Politiques ou juridiques, elles existent. Tout se passe comme si, en dépit qu’il en aie, sur le sujet en cause, on n’est pas dans une appréciation limpide a priori, où la vérité se trouverait d’un côté, notamment celui de ceux qui ont pu réunir une majorité politique à l’Assemblée, et son contraire, l’erreur, du côté des minoritaires. En démocratie, la nécessité du respect de la constitution s’inscrit en faux contre les a priori et le manichéisme.  Mais au-delà de la référence à la Cour Constitutionnelle, qui est en soit déjà un acte constitutionnel, ce qui est recherché par les contestataires d’une décision qui pour les autres paraît tomber sous le sens, c’est que la Cour dans son statut, son expertise et son habileté rhétorique consacrée, parvienne à donner un habillage juridique digestible et présentable à ce qui apparaît comme une contrevérité politique. Le chef de l’Etat, presque sûr de l’issue de l’examen de la Cour Constitutionnelle n’a pas cru devoir surseoir à tous les actes qui découlent de cette loi, lesquels actes continuent de se dérouler comme si de rien n’était.  Ce qui, il faut l’avouer, est plus que curieux, et laisse transparaître une connivence  objective entre la Cour et le Pouvoir. L’un étant au service de l’autre et réciproquement. Ainsi refusant de prendre acte de sa minorité politique à l’Assemblée, et croyant à tout moment que celle-ci peut refluer en sa faveur au gré des intrigues et autres fluctuations du marché des achats de conscience dont il est un des plus grands acteurs, le Président de la République  ne fait pas que s’en remettre à la Cour constitutionnelle ; mais parce que celle-ci a été constituée, elle aussi, dans des intrigues politiciennes et de façon rocambolesque en violation de l’esprit des lois – car en la matière il s’en faut de beaucoup de se cacher derrière les seuls textes au mépris de leur esprit – Yayi Boni dans sa lutte acharnée de suprématie, et sa volonté de puissance absolue, utilise la Cour comme une instance  de court-circuitage de la réalité politique déplaisante qui lui échoit. Mais cela, dans l’esprit des Pères fondateurs du Renouveau Démocratique, n’a jamais été le sens et l’essence de la Cour Constitutionnelle.

On n’est pas dictateur à moitié. Ou bien on est démocrate ou bien on ne l’est pas. Ne pas reconnaître les pouvoirs établis par la Constitution, instrumentaliser les institutions clés de la République pour s’assurer de continuer à exercer un pouvoir dont on n’a plus les moyens politiques, cela est antidémocratique, et c’est le propre des dictateurs. Un vrai démocrate ne doit pas avoir une approche factice et frauduleuse de son rapport aux institutions de la République. Il doit donner autant de respect au texte de la loi qu’à son esprit.  Car, quelque respect qu’on est censé avoir pour ses décisions, la Cour Constitutionnelle n’est pas la Constitution…

Atchou Bonaventure

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