Publié dans Editorial, Ethic, nigeria

Vindicte Populaire : la Leçon de Tempérance qui nous vient du Nigeria

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 A Gwagwalada, district d’Abuja, capitale fédérale du Nigeria, une foule en colère a, mercredi dernier, attrapé deux voleurs présumés de câbles électriques qu’elle a ligotés sur la clôture du transformateur du village.
Selon le journal Daily Trust, les deux suspects seraient allés vandaliser un transformateur nouvellement installé à la périphérie de la communauté, mais le gardien de l’école primaire du village a entendu des bruits étranges venant du côté du transformateur et a donné l’alarme.

Le charivari a attiré l’attention de certains jeunes qui se sont mis aux trousses des vandales. L’un d’eux a été appréhendé et conduit au palais du chef. Mais le second, qui avait dans un premier temps échappé à l’assaut des poursuivants est revenu le lendemain sur les lieux du forfait pour transporter les câbles. Et mal lui en a pris, car il a été repris. Les villageois, bien qu’excédés par l’acharnement destructeur des vandales et la témérité de l’un deux, ont su mettre un bémol à leur instinct de vengeance. Dans un élan punitif qui satisfait leur soif d’en découdre avec les vandales en même temps qu’il respecte les droits humains auxquels nul ne devrait attenter, les villageois ont ligoté les deux malfrats sur la clôture du transformateur, à la vue de tous. Puis, après plusieurs heures d’exposition, les deux suspects ont été confiés aux forces de sécurité de Gwagwalada, qui seules sont habilitées à quérir la justice.

 Cette retenue des habitants de Gwagwalada est fort recommandable, tant elle est à mille lieues du déchainement de furie et de bestialité avec lequel au Bénin, ces temps-ci, les foules ivres de bonne conscience, se rendent justice elles-mêmes, dans des scènes horribles de vindicte populaire. L’ambigüité est caractéristique de ces actes de barbarie où se mêlent la culpabilité potentielle de meneurs douteux et la bonne volonté de justiciers qui saisissent ces occasions pour mettre en scène leur haine supposée du crime au détriment des droits humains les plus élémentaires.

Que cette belle leçon de tempérance et de retenue nous vienne du Nigeria généralement perçu comme une société plus sauvage que la nôtre est assez inattendu. Puissent nos foules justicières en prendre conscience et leçon ! Car la justice est une chose trop humaine pour être laissée à la merci des instincts obscurs de la horde. Cette leçon vaut aussi pour nos pouvoirs publics, qui doivent prendre leur responsabilité afin de donner à l’État de droit un contenu positif dont le déficit criard est à l’origine de cette affreuse régression dans la barbarie.

Busayo Adigun

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