Afrique : Pour en Finir avec le Culte Idiot du Présidentialisme

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Le Présidentialisme, on le sait, est très prisé en Afrique, et soulève beaucoup de passion, autour de la représentation archaïque du chef suprême, du roi qui détient le pouvoir de vie et de mort sur ses sujets. Le néo-colonialisme qui a pris le relais après les indépendances est le grand gagnant de cette tournure d’esprit politique qui fait rage, notamment dans les pays francophones. En France, le Président de la République est un monarque. Mais la France est un pays organisé et développé.

Le présidentialisme en Afrique est justifié comme un moyen de consolider l’unité des nations embryonnaires, mal ficelées par le colonialisme. Mais le résultat, comme on le voit, est catastrophique : entre coups d’État, guerres civiles, corruption, l’Afrique ne s’en sort pas tandis que ces fléaux servent le système colonial qui, par eux,  persévère dans son être. Ce sont en effet les Blancs qui fabriquent et vendent les armes avec lesquelles nous nous entre-tuons ; ensuite le prétexte de ces guerres leur permet d’installer des bases militaires  dans nos pays, à l’abri desquels ils se livrent sans vergogne ni scrupule au pillage de nos ressources minières, pétrolières et humaines. Enfin, la corruption de nos dirigeants dont ils sont les instigateurs techniques et les complices de choix les enrichit eux et leurs banques qui en captent les  butins.

L’un dans l’autre, le système présidentiel avec pour corollaire un pouvoir fortement centralisé,  est du pain béni pour le colonisateur qui trouve en lui un interlocuteur unique qu’il peut instrumentaliser et faire chanter à souhait. Alors que les pays et les peuples ne gagnent rien à ce système fait sur mesure pour les spolier politiquement, économiquement et culturellement ; au contraire, il exacerbe la division, parce que, à partir du moment où la présidence de la république est considérée comme la place forte à conquérir, elle est vite transformée en miroir de la suprématie personnelle, ethnique ou régionale, moyen d’exclusion des autres, ce qui mine la cohésion de la nation censée être en construction.

Ce feu de la division allumé par le colonisateur est activement  alimenté par lui  qui n’aime rien tant qu’imposer un Président marginal, minoritaire voire étranger à la tête des Etats, via des élections truquées, afin de maintenir les populations dans la peur et la soumission ainsi que la spoliation de leurs droits les plus élémentaires dont celui du droit au bien-être matériel n’est pas le moindre.

En revanche, comme par hasard, le système parlementaire ne fait pas florès en Afrique. Et pourtant, un parlementarisme de concertation nationale, dans une organisation administrative et politique placée sous le signe d’une décentralisation confédérative ne ferait pas de mal à l’Afrique. Dans un tel système, comme en Suisse, mais aussi en Allemagne, en Israël ou au Royaume –uni, le chef de l’Etat n’aura qu’un rôle symbolique et fédérateur. Mais en revanche, plus que dans ce pays, il sera le chef de la diplomatie et des affaires étrangères dont il aura l’exclusivité, et représentera son pays dans le concert des nations. Dans un tel schéma, le premier ministre n’aura aucun rôle international mais aura la haute main sur les affaires intérieures. Les députés seront élus comme partout dans leur circonscription. Et à leur tour, ils formeront une majorité qui élira le premier ministre. Le mandat du Premier Ministre sera tournant à l’intérieur de sa majorité et d’une durée d’une année.  La structure administrative du pays sera à l’image d’une poupée russe en arborescence. Il y aura un Président de chaque région qui aura une mission symbolique à l’intérieur de la région et interrégionale au niveau national. Il y aura des élus locaux qui éliront à leur tour un premier ministre régional dont la fonction et le rôle sont à l’image homothétique de ceux du Premier Ministre de la nation. Cette organisation et ce système auront l’avantage de mettre le centre du pouvoir à la base. Ils restaureront les peuples dans leur dignité et dans leur identité. Ainsi l’éducation dans les langues régionales sera effective et prendra tout son sens. De plus, d’un point de vue géopolitique, cette organisation rendra difficile au colonisateur la tâche de hantise de la vie politique des Etats comme c’est le cas actuellement. Ce système n’est pas sans rappeler le mode de vie politique dans l’ancien royaume de Hogbonu où il y avait le roi de la nuit et le roi du jour ; et plus encore chez les Holli dont le roi faisait comprendre aux colons qu’il n’avait aucun pouvoir réel sur ses sujets, ce qui lui évitait d’avoir à être garant de la collecte des impôts et d’autres tâches du même ordre que le système colonial déléguait volontiers aux chefs traditionnels.

Quand on voit les agitations, les passions, les intrigues et les tensions que génèrent aujourd’hui la perspective des élections présidentielles en Côte d’Ivoire pour ne citer que ce pays phare de l’Afrique francophone, entre exclusion préalable, diabolisation, spéculations, interdictions, on n’a pas idée qu’il s’agit, in fine, d’une vaste tragi-comédie au service de la perpétuation du colonialisme.

Pour autant que l’Afrique veuille se libérer du carcan du colonialisme et sortir du mode d’existence théâtral sur lequel a débouché l’octroi des indépendances, il est temps de localiser le pouvoir en Afrique, de donner le pouvoir aux élus locaux, c’est-à-dire in fine aux peuples, qui sont mieux à même de se défendre contre le harcèlement colonial, la corruption, le régionalisme et les guerres imposées de l’extérieur.

Cette organisation a l’avantage d’être politique en même temps qu’elle libère les forces symboliques et culturelles réelles qui sont le levier du développement et de l’épanouissement des peuples.

Adenifuja Bolaji

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