Et Si Donald Trump Dormait ce Soir

On sait bien que la célèbre mélodie « Le Lion est Mort ce Soir »   n’est pas née pour parler de notre temps. Elle est sortie de chez nous, d’une autre saison de l’histoire, d’autres voix africaines, d’une mémoire que l’industrie mondiale a longtemps exploitée sans toujours la nommer. Il faut d’abord rendre justice à cette origine. Mais les chants populaires ont ce privilège rare : ils survivent à leur naissance. Ils traversent les frontières, changent d’époque, et gardent intacte leur force.

Aujourd’hui, quand je l’entends, j’y perçois difficilement une simple comptine ‘exotisée’, à quoi certains ont voulu la réduire. Le lion n’est plus seulement l’animal des savanes, familier à nos imaginaires d’enfance ; il redevient ce qu’il fut souvent dans l’histoire des hommes : la figure du maître absolu, celui dont la seule présence impose le silence à toute la forêt. Autour de lui, chacun surveille ses gestes, pèse ses mots, apprend la prudence.

Alors la vieille ritournelle prend un accent nouveau. “Le lion est mort ce soir” : non comme anecdote animale, mais comme soupir politique. Comme le désir d’un monde délivré d’un pouvoir brutal, capricieux, sans limite. Un monde où nul ne confond sa force avec le droit, sa colère avec la loi, son intérêt personnel avec le destin commun.

Comment ne pas penser alors à Donald Trump, dont la pratique du pouvoir repose tant sur l’intimidation, le rugissement insane, les coups de force, la brutalité, le mépris des règles partagées et la fascination pour la domination nue ? Il incarne, pour beaucoup, ce lion moderne : moins majestueux que tapageur, moins royal que prédateur, mais assez puissant pour faire trembler la clairière démocratique.

Reste pourtant cette joie première contenue dans le refrain : quand le lion se tait, les autres voix reviennent. La Jungle recommence à parler.

Adenifuja Bolaji

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