Publié dans Editorial, Haro

« Houngbédji reçoit Bartolone » : Pendant que le Nègre Coasse, la Blanche Colombe Plane

blog1

Les Nations dit-on sont égales, aussi inégales soient-elles dans leur réalité économique, démographique et territoriale. Malheureusement, cette égalité ne se traduit pas en termes  de traitement médiatique, dont la réciprocité laisse à désirer.

Par exemple au Bénin, depuis quelques jours on nous annonce dans la presse que « Adrien Houngbédji reçoit Claude Bartolone le 23 mars ».

Dans sa concision déconcertante, le titre ne prend pas la peine de préciser qui est Claude Bartolone ; cela devrait aller de soi. Quel crime de lèse-francophonie, voire de  lèse-françafrique pour un Béninois moyen de ne pas savoir qui est Claude Bartolone, à qui il était parfaitement inutile de donner du Monsieur, tellement il est censé être connu, comme on dirait Johnny Halliday.

Mais à l’inverse, le lecteur français moyen connaît-il Adrien Houngbédji ? La presse Française dira-t-elle  «  Claude Bartolone sera reçu par Adrien Houngbédji le 23 Mars » ? Dira-t-elle seulement «  Claude Bartolone sera reçu par M. Adrien Houngbédji le 23 Mars » ?

Bien, tout cela n’a aucune importance, dira-t-on, et ce non sans raison, puisque la presse béninoise qui publie l’info s’adresse au lecteur béninois. Mais est-ce si vrai que cela ? La presse béninoise  s’adresse-t-elle expressément et exclusivement aux lecteurs béninois, elle qui écrit d’instinct des phrases comme «  un policier a été tué à Cotonou, la principale ville du Bénin » ? Y a-t-il des Béninois qui ne savent pas que Cotonou est la principale ville du Bénin ? La presse béninoise habituée à écrire des phrases de ce genre n’a-t-elle pas en arrière-pensée l’ombre portée d’un lecteur virtuel non béninois, et de préférence français ?

Mais trêve de coupure du cheveu médiatique en quatre !

Égalité des nations disions-nous.

En principe, si les  Français accordaient autant d’importance à la visite du Président de leur assemblée nationale au président de l’assemblée nationale du Bénin, de la même manière que l’information a été rabâchée en boucle, de la même manière qu’on imagine Houngbédji éructant de fierté et brûlant d’une indicible impatience de recevoir le grand Blanc venu de France,  et de la même façon dont il le fait gongonner dans tous les journaux de son pays, et en principe d’égalité des nations devant le traitement médiatique, en France on aurait entraperçu un petit entrefilet annonçant la nouvelle au moins dans une feuille de chou hexagonale. Mais Nenni !

Pendant que le Nègre coasse et bave, le Blanc, aérien, plane dans l’azur.

Ahandessi Berlioz

copyright5