Fièvre de Lassa, Fièvre de Wuhan : le Péril Noir ou le Péril Jaune

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L’épidémie de coronavirus défraie la chronique depuis quelque temps ; et en Occident,  au péril d’oublier la réalité sanitaire globale du monde, les média, en parlent comme d’un nouveau péril. Or, en quelques semaines de l’épidémie de fièvre de Lassa au Nigeria, pas moins de 103 personnes ont perdu la vie à cause de la maladie, a révélé le Nigeria Center for Disease Control (NCDC).

La maladie est devenue une épidémie annuelle au Nigeria car elle est diagnostiquée toute l’année, mais culmine entre novembre et mai.

Au 16 février, le nombre de nouveaux cas confirmés était passé de 109 au cours de la semaine 6 à 115.

graph showing Lassa fever situation

Cumulativement de la semaine une à la semaine sept, 103 décès ont été signalés avec un taux de létalité (TCL) de 17,6%. Depuis lors, davantage de cas ont été enregistrés à travers le pays, avec le dernier cas confirmé dans l’État de Lagos.

La fièvre de Lassa est une fièvre hémorragique aigüe, identifiée en 1969, qui est causée par un Arénavirus, le virus Lassa. Dans les pays d’Afrique de l’Ouest où cette fièvre sévit, 100 à 300 000 personnes sont infectées par an et 5000 à 6000 personnes en meurent chaque année. À ce jour, aucun vaccin n’est disponible. La fièvre de Lassa est un problème de santé publique majeur, et peut être utilisée pour le bioterrorisme.

La ville du Nigeria dans laquelle les premiers cas sont apparus a donné son nom à ce virus.

Cette fièvre hémorragique est endémique dans des pays de l’Afrique de l’Ouest :

  • Nigeria
  • Guinée
  • Liberia
  • Sierra Leone

Ce virus se transmet à l’homme via un contact avec les urines ou les excréments de rongeurs, plus particulièrement un rongeur du type Mastomys que l’on surnomme rat à mamelles multiples.

80% des personnes contaminées sont asymptomatiques (pas de symptômes) ce qui complique la détection de la maladie à un stade précoce. 20% des personnes infectées sont atteintes au niveau du foie, de la rate et des reins de façon sévère.

La fièvre de Lassa, bien que traitable, enregistre toujours un nombre élevé de décès et de cas confirmés. On parle actuellement de coronavirus dont l’épidémie soulève l’hystérie et défraie la chronique à travers le monde entier. Mais le taux de létalité de la fièvre de Lassa au seul Nigeria, 17,6%,  dépasse de loin les 0, 28% de ce cette nouvelle vedette virale qui a l’avantage d’être made in China… !

On peut se demander pourquoi, certaines épidémies virales ou non sont plus populaires que d’autres. Autrement dit doit-on évaluer la dangerosité d’une épidémie en fonction de la peur qu’en ont les seuls Occidentaux ? C’est une question de fantasmes individuels et collectifs, en même temps que de fonction géopolitique. Une maladie comme la fièvre de Lassa est sociologiquement perçue comme confinée dans le périmètre villageois des fermes et des champs africains où sévissent leurs transmetteurs, les rats « à mamelles multiples ». Mais même en Afrique, au regard des nombreuses  maladies mortelles dont personne ne parle, le seul mépris atavique des Blancs pour les Noirs ne rendrait pas raison du grand tintouin qui a été fait et de l’appréhension relative persistante de la dangerosité d’une maladie comme Ebola. La sociologie aussi a son mot à dire. En effet, dans l’imaginaire comme dans les faits, Ebola n’est pas une maladie cantonnée aux fermes et aux champs dans les villages plus ou moins isolés de la civilisation moderne, mais elle touche les villes et les travailleurs du monde des affaires, ceux qui sont en interface avec les Occidentaux et leurs intérêts. D’où l’appréhension qu’elle suscite en Occident, comme le sida dont l’univers d’expansion sinon l’origine mythique a été souvent placé en Afrique noire.

Tel n’est pas le cas de la fièvre de Lassa qui frappe le Nigeria de façon endémique et dont le taux de létalité reste relativement élevé. Tel est en revanche le cas du coronavirus qui, en cette époque où le réveil de la Chine, comme l’a prédit l’autre, fait trembler tout l’Occident, tombe à pic pour endosser la fonction d’un nouveau péril jaune.

Aminou Balogun

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