
À Bonou, il y avait un homme qu’on appelait Dosù. On disait qu’il aimait deux femmes.
L’une venait de Sakété, l’autre d’Adjohoun.
Elles ne se rencontraient jamais. Mais ceux qui les avaient vues disaient une chose étrange : quand l’une riait, on croyait reconnaître le rire de l’autre. Même leur manière de regarder, de se taire, de poser la main quelque part… c’était comme si ça se répondait.
Dosù, lui, passait de l’une à l’autre. Il marchait sans problème, comme quelqu’un qui connaît son chemin.
Mais avec le temps, ses pas ont changé.
Un jour, il entend une parole à Àjá. Un autre jour, la même parole revient à Ayɔ.
Il commence à réfléchir. Petit à petit, ça le fatigue.
Souvent, on le trouvait arrêté sur la route, au milieu, là où il faut choisir. Il restait là longtemps, sans bouger.
Les saisons passèrent.
Puis un jour, un voyageur revenu de Glexuè apporta une nouvelle qui troubla tout Bonou.
Dosù était devenu moine.
On disait qu’il vivait désormais dans un monastère, sous le nom de Bienvenu. Il parlait peu. Certains affirmaient même qu’il avait fait vœu de silence.
La nouvelle finit par parvenir jusqu’à lui qu’on parlait encore de ses deux femmes au village.
Alors un visiteur lui demanda :
— Entre Morenike et Oumé, laquelle avais-tu vraiment aimée ?
Dosù resta longtemps sans répondre.
Puis il leva lentement les yeux et dit :
— Jusqu’à aujourd’hui, je ne sais pas si elles étaient deux.
Depuis ce jour, à Bonou, lorsqu’un homme hésite trop longtemps entre deux chemins, on dit seulement :
E to Dosù zonlī ɖi— “Il marche comme Dosù.”
Adio Badaga
