Nigeria, Buhari vs Atiku : à l’Approche du Verdict de la Cour Suprême, le Régime lâche du Lest

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Les élections générales sont terminées au Nigeria et, comme cela se doit, le parti au pouvoir en a raflé la majorité dans tous ses compartiments : présidentiel, sénatorial et législatif.

L’APC, a gagné les élections présidentielles selon une modalité frauduleuse savamment et non moins cyniquement orchestrée. Le candidat malheureux de l’opposition PDP, Monsieur Atiku, a fait appel devant le tribunal électoral qui est en plein examen du litige. Avec l’espoir ténu qui caractérise ce genre de démarche juridique en Afrique : si le pouvoir n’accepte pas de perdre dans les urnes comment accepterait-il de perdre devant des juges qu’il a pour la plupart nommés ?

La même modalité frauduleuse savamment orchestrée a marqué les élections de gouverneurs. Depuis le Renouveau Démocratique nigérian – sous Obasanjo, Yar’Adua et Jonathan – le parti au pouvoir s’est toujours arrogé une plantureuse majorité de gouverneurs.  Ce n’est pas seulement une question de prestige politique ni de gloriole personnelle, mais surtout la condition sine qua non de la réélection. Car dans le système fédératif nigérian, pour l’élection du Président, la constitution exige que la majorité au niveau national soit étayée par une majorité dans deux-tiers des États.

Dans la pratique et selon l’habitude établie, le parti au pouvoir prélève 24 États et en laisse 12 à l’opposition pour faire bonne figure. Ce partage malicieux entretient  l’illusion d’une justice démocratique selon la logique  d’exacerbation des formes creuses caractéristique de la culture politique pseudo-démocratique qui a la côte en Afrique. Une culture qui se moque des idées et des valeurs et qui repose essentiellement sur l’ethnie, le culte de la personnalité, le fait du prince  et la corruption. Tel a été le cas sous Obasanjo et Jonathan, tel est aujourd’hui le cas avec Buhari. Ainsi, dans les élections chaotiques qui viennent d’avoir lieu, et dont les violences connexes auraient, selon Reuter, coûté la vie à 600 personnes, le Gouvernement a usé de toutes les ruses pour atteindre sa fin : à l’arrivée, il s’est arrogé 24 états contre 11 au PDP et 1 à un petit parti proche de celui-ci.

Mais coup de théâtre hier – et chose inhabituelle dans l’histoire des verdicts des tribunaux électoraux qui, depuis plus de quatre ans que Buhari est au pouvoir, ont toujours donné raison à l’APC, la Cour Suprême a invalidé l’élection du Gouverneur de l’État de Zamfara, Monsieur Mukhatar Shehu Idriss. Du coup son adversaire PDP, Monsieur Bello Mutawalle,  a été déclaré gouverneur par l’INEC, la CENA nigériane.
Le PDP et ses ténors exultent. Monsieur Atiku a fait une déclaration lyrique pleine d’espoir de justice. L’opinion aussi est émerveillée de voir dans l’impartialité ostentatoire de ce verdict de la Cour suprême une preuve de son autonomie.

Cette victoire inattendue qui ne change pas fondamentalement le rapport de force habituel instauré par  le pouvoir a, aux yeux de l’opposition,  une portée symbolique. Mais le symbole est des deux côtés : le régime, qui sait ce qu’il doit à la fraude industrieuse pour maintenir la structure politique dominante en sa faveur, a besoin de lâcher du lest. La méthode savante qui a caractérisé la fraude électorale est toujours à l’œuvre. Ici, elle prend une forme  psychologique. Sachant que la Cour Suprême présidée par un homme que Buhari a amené au forceps dans des conditions controversées va bientôt rendre son verdict sur son élection contestée par M. Atiku, il sied de faire profil bas. Utiliser le cas d’un Gouverneur, le sacrifier sur l’autel de la sécurité politique au sommet,  est de bonne intelligence. Pour ce faire, on suscite l’euphorie dans l’opinion et la joie dans l’opposition avec une concession mineure, de sorte qu’on pourra prendre à témoin  l’opinion nationale et internationale de l’impartialité démocratique d’un verdict majeur qui  reste fondamentalement chiqué.

Akinola Bidemi

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