
Cette vidéo est un cri d’alarme autant qu’un appel à la dignité.
L’intellectuel africain qui y prend la parole dénonce avec vigueur l’une des grandes contradictions du continent : alors que les nations qui dominent le monde investissent massivement dans leurs savants, leurs chercheurs, leurs ingénieurs et leurs universités, une grande partie des élites africaines semblent traiter la science et la production intellectuelle avec indifférence, parfois même avec mépris.
Dans son propos, il oppose deux attitudes historiques. D’un côté, les puissances européennes ou asiatiques qui célèbrent leurs scientifiques, financent la recherche, protègent leurs penseurs et font du savoir un instrument de puissance nationale. De l’autre, des États africains où les chercheurs survivent souvent dans la précarité, où les universités sont marginalisées, et où l’intelligence créatrice peine à devenir une priorité politique.
Mais sa critique dépasse la seule question scientifique. Elle touche à ce qu’il considère comme une crise plus profonde : celle de l’aliénation symbolique et culturelle. Selon lui, beaucoup d’Africains accordent une valeur quasi sacrée aux références venues d’ailleurs — qu’elles soient religieuses, culturelles ou intellectuelles — tout en négligeant leurs propres traditions de pensée, leurs systèmes symboliques, leurs cosmologies et leurs héritages spirituels. Il s’interroge ainsi sur ce déséquilibre : pourquoi les peuples africains manifestent-ils un tel engouement pour les religions venues d’Orient ou d’Occident, alors que les autres civilisations s’intéressent rarement, avec la même intensité, aux traditions spirituelles africaines ?
À travers cette indignation, ce n’est pas un rejet des autres cultures qu’il exprime, mais une exigence de rééquilibrage, de confiance en soi et de souveraineté intellectuelle. Son intervention se veut finalement un appel à un sursaut africain : réhabiliter les savants, soutenir la recherche, valoriser les patrimoines intellectuels africains et retrouver une ambition civilisationnelle capable de projeter l’Afrique dans l’avenir sans renoncer à elle-même.
Alfred Bidouzo
