Afrique, Minorité Vitale contre Minorité Toxique : le Temps d’Agir

L’histoire des peuples enseigne une vérité simple : les sociétés ne sont jamais mises en mouvement par la majorité. Les grandes masses humaines suivent, accompagnent, résistent parfois ; elles ne déterminent que rarement la direction de l’histoire. Celle-ci est presque toujours imprimée par une minorité organisée, consciente d’elle-même et capable d’imposer sa vision du monde.

Aucune nation n’échappe à cette loi. Les civilisations qui ont dominé leur époque ne furent jamais l’œuvre de l’ensemble de leurs populations, mais de minorités politiques, intellectuelles, religieuses, militaires ou économiques suffisamment cohérentes pour transformer leur volonté en destin collectif. De même, les nations qui ont sombré dans le déclin ou la dépendance ont généralement été conduites à leur perte par des minorités prédatrices qui ont capturé l’État et détourné à leur profit les ressources matérielles et morales de la société.

L’opposition fondamentale n’est donc pas entre minorité et majorité. Elle est entre deux types de minorités : celles qui produisent de la puissance collective et celles qui vivent de la faiblesse collective.

Les premières construisent des institutions, investissent dans le savoir, favorisent l’accumulation des compétences et inscrivent leur action dans le temps long. Leur intérêt particulier finit par se confondre avec l’intérêt général. Les secondes prospèrent sur la dépendance, la rente, le clientélisme et la fragmentation sociale. Leur pouvoir repose moins sur la création de richesses que sur le contrôle des hommes et des ressources.

L’histoire contemporaine de l’Afrique noire peut être lue à travers cette grille d’analyse. Depuis les indépendances, les États africains ont certes connu des trajectoires diverses, mais une constante demeure : dans de nombreux pays, les minorités qui ont accédé aux centres de décision ont trop souvent privilégié la conservation du pouvoir à la construction de la nation. L’État est devenu un instrument de distribution de privilèges avant d’être un instrument de transformation historique.

Cette situation ne résulte ni d’une fatalité culturelle ni d’une incapacité des peuples africains. Elle procède d’un problème de sélection des élites. Là où les sociétés les plus dynamiques parviennent à faire émerger des minorités fondées sur la compétence, le mérite, la vision et le sens de l’intérêt collectif, beaucoup de pays africains ont laissé s’installer des mécanismes de promotion où l’allégeance, l’appartenance ou la proximité avec le pouvoir comptent davantage que la capacité à produire du bien commun.

Le défi africain du XXIe siècle est donc moins celui de la démocratie au sens formel que celui du renouvellement de la minorité dirigeante. Une nation commence à changer lorsque ses éléments les plus lucides, les plus compétents et les plus exigeants cessent d’être marginalisés et deviennent capables d’orienter les institutions.

L’avenir de l’Afrique dépendra moins de la quantité de ses ressources naturelles ou de sa démographie que de la nature de la minorité qui exercera l’autorité morale, intellectuelle, économique et politique. Car, au terme de toute analyse historique sérieuse, une même conclusion s’impose : le destin d’un peuple est presque toujours l’œuvre d’une minorité. La question décisive est de savoir laquelle.

Adenifuja Bolaji

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