Publié dans étude, Essai, Histo, Litté

Leçons de Gouvernance du Roi Ghézo

In Doguicimi de Paul Hazoumè

 blog1.png

I. Ethique du Pouvoir

1. Métaphores de la Nation ; boule, jarre trouée et connaissance

De tous les hauts dignitaires venus du Palais le lendemain du départ des Blancs, l’héritier du trône seul fut gardé pour un entretien avec son auguste Père.

Ils s’enfermèrent dans la chambre du dernier sommeil d’Agonglo. Guézo s’installa sur le lit dressé pour le repos du roi défunt. Vidaho s’assit sur la natte qui était étendue au pied du lit. Les jambes croisées, les bras liés au corps, la tête baissée, le jeune prince écoutait dans cette attitude très humble les conseils dont il savait son grand-père Agonglo témoin.

Après un moment de réflexion, Guézo dit à son héritier :

« Tu es appelé à gouverner ce peuple dont tu as vu, ces jours derniers, tous les types assemblés par nos fêtes autour de mon trône.

« Ces fêtes ont été semées d’incidents regrettables pour le commun des mortels mais infiniment riches d’enseignements pour des esprits supérieurs comme les nôtres.

a. La nation comme une boule sacrée

« Pour le peuple qui ne doit connaître de certaines choses de ce pays que le côté merveilleux, le Danhomê est une boule sacrée qui doit demeurer cachée aux Danhomênous et que les rois se transmettent en se succédant sur le trône de Houégbaja.

b. Image Epistémique de la nation

« Le Danhomê n’est en réalité qu’une connaissance approfondie de l’âme très complexe et mystérieuse des Danhomênous.

« Cette connaissance n’est acquise que par le prince qui a pénétré dans le tréfonds du passé, des coutumes et des institutions de ce royaume.

« Je n’attendrai pas longtemps pour t’y promener, car la mort vient au moment où nous l’attendons le moins.

« Le Destin m’a prédit la longévité, il est vrai. Mais ses prédictions sont si souvent démenties par les événements, que je finis par perdre confiance en lui. Me rappelant en outre que l’oracle nous vient du pays « yorouba », ennemi irréconciliable du Danhomê, je me demande si ce n’est pas pour nous inspirer une confiance endormeuse de notre vigilance que ces Yoroubas nous ont donné, très habilement, l’oracle qu’ils prétendent être la sagesse même et le moyen infaillible de prédire l’avenir.

« Donc, la connaissance de la nature humaine te guidera plus sûrement que l’oracle dans le gouvernement de ce pays, si tu peux ajouter à cette connaissance l’enseignement de la tradition laissée par les ancêtres que tu es appelé à remplacer sur le trône du Danhomê, et si tu ne perds pas de vue les sages conseils de ton auguste Père.

c. La métaphore du canari troué

« Le Danhomê est comme un canari percé de nombreux, petits trous que Houégbaja nous a légué rempli d’eau et avec l’ordre formel de le transmettre à notre successeur sans que la moindre goutte en soit perdue.

« Tout roi qui veut conserver intact ce dépôt sacré doit protéger son peuple, faire prospérer les familles et conquérir la vénération de ses sujets; c’est à ces conditions qu’il groupera les Danhomênous en assez grand nombre autour du canari pour qu’ils en bouchent, de leurs doigts, tous les trous et empêchent toute fuite d’eau capable de vider le récipient.


2. De l’Autorité

a. Cœur, esprit et sagesse

« Mes prédécesseurs ont toujours appuyé l’autorité royale sur le cortège imposant, sur les prérogatives de chausser des sandales, de se faire porter dans un hamac et de s’abriter sous des ombrelles.

« Assujetti à l’obéissance, le Danhomênou se presse à tout moment pour exécuter promptement les ordres de son souverain.

« Etant le Maître, le roi doit avoir une démarche fière, indolente et faire des gestes posés : l’activité est un signe de servitude, comme l’impatience un signe de faiblesse.

« Dis-toi que ton prestige serait nul si à ces marques extérieures et à ces affectations, tu n’ajoutais pas des qualités de cœur et d’esprit qui seules t’élèveront au-dessus du commun des Danhomênous parce qu’elles seules donnent la vraie dignité.

« Respecte la sagesse quelle que soit la basse condition de la personne en qui elle se manifeste. Voudrait-on t’en blâmer? Invoque l’exemple de ton auguste Père : il a gracié le Mahinou qui nous avait rappelé, dans la chanson dite le premier jour des fêtes, que la vie réserve des mésaventures à celui qui n’est pas mort dans l’enfance.

« II a dit vrai ce sage! Adanzan et ses fils avaient-ils prévu leur sort? Moi-même sais-je ce que le Destin me réserve?

« Quiconque médite sur la fin malheureuse des grands de ce royaume que leur dignité, croyait-on, plaçait pour toujours au-dessus de toutes les misères humaines, s’assagit et devient bon envers les humbles.

« Recherche les chansons qui courent dans le peuple La chanson est la meilleure arme du faible. N’ayant ni couteau, ni massue pour venger l’injustice qui lui est faite, ni moyen de s’introduire à la cour pour y porter ses doléances, c’est dans les chansons que l’homme du peuple trouve d’abord la consolation puis le moyen d’obtenir la justice. Les chansons populaires sont donc pour un roi une grande source de renseignements sur l’état d’esprit de ses sujets, et pour tout le monde une appréciable source de connaissance du passé.

« Le Danhomênou change plus vite d’opinion que le caméléon de couleur. Partout où tu rencontreras un homme fidèle, tu le combleras de faveurs. Quand tu le pourras, tu relèveras aux plus hautes dignités. Tu réussiras sûrement ainsi à faire acquérir à la masse la constance de ce Mahinou qui ne voulut point enfreindre l’interdit du Destin.

b. Rejet de la Force aveugle et du populisme

« Après le Danhomê qui tyrannisait indistinctement princes et hommes du peuple, le Danhomê qui méprisait la sagesse et l’innocence, le Danhomê qui s’adonnait à la débauche et favorisait l’hypocrisie et l’adulation, je veux un Danhomê bon, juste, protecteur des vertus et loyal. Continue ma tradition et tu auras grandement honoré ma mémoire.

« A ceux qui, voulant te pousser au crime, te diront : « Le Danhomê fondé par la force ne peut vivre, prospérer et être agrandi que par elle, réponds : « La force fut, certes, « nécessaire contre les sauvages que nos ancêtres avaient « rencontrés au début de leur installation dans cette région. « Cette arme est inutile contre des sujets qui ont donné « des preuves de loyalisme. »

« Dois-tu recourir, dans certains cas, à la force, il ne faut pas en exclure l’humanité et la justice. N’agis pas de telle sorte que la postérité dans ses malédictions t’associe à Adanzan. Mais conduis-toi de manière qu’elle bénisse ton nom comme ceux de Houégbaja et d’Agaja.

« Ne suis pas la populace. Elle n’a rien de noble. Seules l’inconscience, la bêtise et la cruauté la caractérisent. Elle n’a pas non plus de courage. Quand il lui en naît, elle devient audacieuse. Mais en temps ordinaire, elle est pleutre. Elle est aussi une bienfaitrice trop exigeante pour ses obligés. C’est pour ces raisons que je me suis toujours refusé à lui devoir quoi que ce soit. Elle s’était détachée d’Adanzan aussi facilement qu’un escargot se détache d’un arbre auquel il tenait. Elle eût fait un mauvais parti au tyran si les princes ne s’y étaient opposés énergiquement. Te rappelles-tu la première sortie de Doguicimi contre le trône quand la nouvelle de la disparition de son époux lui eut troublé momentanément l’esprit? La populace fut d’abord pétrifiée. Mais l’indignation d’une Epouse de Panthère devait lui infuser subitement du courage. Elle retrouva la voix et conseilla alors un supplice inconnu dans ce royaume. Sa cruauté la porta à la bêtise : elle proposait d’arracher la mâchoire à la blasphématrice et de lui donner ensuite sa langue à manger. Croyant dire quelque chose de sensé, elle m’assourdit un bon moment de ses sottises. Comment faire manger, en effet, une personne qui n’a plus de mâchoire? La populace dominée par la sottise s’entêta à demander ce supplice comme chose possible.

c. Gouverner en toute Justice

« Garde-toi de commettre la moindre injustice.

« Dis-toi toujours qu’il n’y a pas de petite tyrannie.

« Vois comme l’esprit humain est prompt à travestir la vérité. Ce n’est plus Adanzan qui avait usurpé mon trône. Mais c’est moi qui passe pour l’usurpateur. Le Mahinou qui disait se nommer « Etanche-ta-soif-de-sang » n’était que l’écho de l’opinion qui, sans doute, a voyagé discrètement du Danhomê au pays « mahi ». Attends-toi à voir tes meilleurs actes mal interprétés. Mais loin de t’offenser de l’injustice des hommes et de sévir contre eux, persévère dans la bonté et la justice. La médisance ne te porterait jamais autant de torts que le mal que tu ferais toi-même.

« Dérogeant à la coutume qui veut que tout prince soit tenu écarté des hautes charges dans ce royaume, j’en ai investi quelques-uns d’entre eux, en récompense de leur loyalisme et de leur dévouement au moment de mes luttes contre Adanzan. Ménage la susceptibilité des princes et des grands du royaume. Ils sont très entichés de leurs privilèges. Mais dans ta générosité, ne cherche pas à surpasser ton auguste Père. Borne-toi plutôt aux présents communs : dons d’épouses, d’esclaves, de fiefs, de cauris, de liqueurs des Blancs et de pagnes. Tiens prudemment ces princes éloignés des hautes fonctions dans ton gouvernement. N’accorde une entière confiance qu’aux gens du peuple et aux captifs qui ont grandi au Danhomê et dont seul le loyalisme est incorruptible. Si tu veux t’éviter de grands ennuis, ne perds jamais de vue cet axiome : « Comme l’humidité fait enfler et pourrir les graines, les hautes charges gonflent les princes d’un sot orgueil qui les fait s’insurger contre l’autorité royale; témoin la conduite de Topa1 et d’Aguidissou2 à Allada.

« Quand tu seras obligé de sévir contre les princes, si odieux que soient leurs crimes, n’écoute ni ta colère ni ton entourage. N’oublie pas que le sang d’un prince ne doit pas couler sur cette terre. Contente-toi d’exiler à Afomayi les princes convaincus de crimes. Si tu étais implacable, tu ne tarderais pas à devenir inhumain.

« Aux yeux des Etrangers et même des Danhomênous qui ne jugent que sur l’apparence, le roi est la puissance même. Je n’ai pourtant pas, dans ce royaume, toute l’autorité qu’on me suppose. Enfermé dans la tradition, obsédé par la coutume dont je ne dois pas m’écarter d’un pas, sollicité aussi par mon entourage, je ne suis, le plus souvent, qu’un instrument entre de multitudes mains invisibles pour le peuple qui m’impute à tort les actes dits royaux mais, en réalité, conçus et exécutés par mes Maîtres secrets. Le roi est peut-être l’homme le moins libre de ce royaume et partant le plus malheureux parce qu’il est obligé de marcher dans l’ornière de la tradition, de se soumettre à la volonté de la cour, dans le temps même où il est tenu à une dignité de commande; il doit laisser souvent s’accomplir sous ses yeux des actes que réprouve sa conscience. Pour le peuple, l’ordre exécuté émane exclusivement de celui que, dans sa naïveté, il considère comme le souverain et appelle le Maître du Monde.

d. Le sacrifice humain, une institution horrible

« Ce n’est pas de gaîté de cœur que j’ordonne les sacrifices humains. Agaja est grand. Mais les grands services qu’il a rendus à ce royaume sont ternis, à mes yeux, par le sacrifice humain qu’il a institué en coutume.

« C’est, apprends-le, bien contraint que je commémore, tous les ans, le crucifiement institué par Tégbéssou. Essayer de supprimer ces horreurs serait déchoir aussitôt dans l’estime du peuple puisque ce sadisme est entré dans les coutumes. Je crois que j’aurai assez fait en ne permettant pas que, sous mon règne, l’on ajoute d’autres horreurs à ces sacrifices, ainsi que le voulait Migan. Si je n’étais pas intervenu à temps, ce sadique eût donné aux Danhomênous, en mon nom, le spectacle inouï dans la tradition de ce pays, et qu’il dénommait, de gaîté de cœur, le « grillage d’arachides ». Il n’a pas pensé à l’indignation qui n’eût pas manqué de soulever les entrailles qui ont eu l’orgueil de donner au Danhomè les artisans de son agrandissement et de sa puissance. Moi, Guézo, j’aurais laissé dans la tradition un ignoble exemple!

« Les rois de ce pays ne veulent jamais être en reste sur leurs prédécesseurs. Je vois d’ici ce que tu te serais efforcé d’ajouter à l’horreur que Migan allait commettre en mon nom quand je l’arrêtai à temps.

« Pour honorer ma mémoire, tâche de me surpasser en vertu, si tu le peux, et évite les actes qui, en passant à la postérité, feraient maudire ton nom.

(…)

e. Esprit de Miséricorde et de Tolérance

« Certains Danhomênous intéressés à la suppression de quelques têtes seraient tentés de blâmer ta magnanimité ou de te ridiculiser si tu résistais à leurs instigations contre des innocents. Rappelle-leur toujours la grâce que ton auguste Père a accordée à Adanzan et à Doguicimi.

« De quels arguments les Epouses royales n’ont-elles pas usés pour obtenir la tête de cette femme!

« L’épouse de Toffa a commis, il est vrai, des écarts de langage répréhensibles. Mais ses malédictions (ma fin tragique, l’assujettissement de mon successeur, ma mort loin du Danhomê de Houégbaja, que sais-je encore?) ne sont que pures boutades dans un moment d’égarement causé par la douleur d’une épouse. Quand je lui aurai ramené son époux, elle se repentira sûrement. Je ne me suis d’ailleurs jamais inquiété de ma fin. Je ne vois pas quel drame pourrait abréger ma vie. Le poignard d’un Danhomênou ? L’esprit est trop asservi dans ce pays pour jamais concevoir un tel crime. Le coup de fusil d’un soldat pris d’un accès de folie furieuse? Pourrai-je éviter une telle fin si elle est dans ma destinée? Mourir à la guerre? Mais c’est glorieux! Il est vrai que, dans la conception de ce peuple et des ennemis de notre royaume, ce genre de mort est un déshonneur pour un roi parce qu’il est considéré comme l’expiation de la loyauté en amitié-jurée. Mais un prince se doit de libérer son esprit des préjugés communs au peuple.

« Je n’acquiescerai donc pas à la proposition des Epouses de Panthère. Un roi doit protéger ceux de ses sujets dont les critiques, tel un miroir qui nous signale nos imperfections physiques, lui révèlent ce qui est répréhensible dans son gouvernement. Nos ancêtres assurent avec raison que le monarque qui ne tolère pas de critiques se montre en public avec des souillures sur ses vêtements.

« Dans ma hâte de trouver un dérivatif à la douleur des familles qui ne se consolaient pas de la disparition de leurs fils à Hounjroto, des épouses éplorées, j’avais omis d’accomplir la cérémonie de purification qui doit absoudre un roi des fautes commises envers ses ancêtres, de la mort des innocents probables qu’il a fait exécuter sur de fausses dénonciations ou dans une folle colère, et de toutes les injustices envers les vivants comme des fautes commises envers sa propre personne. Cette purification met le roi à l’abri des maladies et des malheurs considérés comme expiation de la violation des coutumes ou comme sanction de ses fautes, et fait que ses ancêtres le soutiennent longtemps et le rendent heureux sur le trône de Houégbaja.

f. Eloge de la vertu

« L’omission que des courtisans adulateurs n’ont pas osé me rappeler, Doguicimi a eu le courage de la crier.

« L’oubli de cette coutume religieuse explique les incidents qui ont terni quelque peu l’éclat de nos fêtes.

« Nous avions été défaits aussi dans la guerre de Hounjroto pour n’avoir pas écouté les ancêtres et pour avoir violé la coutume de la déclaration de guerre.

« La cruauté des supplices qu’on me proposait comme seuls capables de faire expier les blasphèmes de Doguicimi m’a mis en méfiance et je n’ai pas tardé à découvrir la raison de la haine des reines et de Migan pour la malheureuse femme. Ni l’un ni les autres n’étaient nullement offensés par les injures que l’épouse de Toffa m’adressa à deux reprises, ainsi qu’ils voulaient me le faire accroire. Ils la poursuivaient de leur haine uniquement parce que cette femme les surpasse en vertu; elle est un trésor d’amour et de fidélité conjugale, une véritable âme guerrière qui, à elle seule, eût paré mon Palais mieux que toutes les femmes que j’y accumule et dont la seule raison de vivre semble résider dans le but de tisser des intrigues contre une honnête femme. »

Une pause. Il demeura rêveur un instant, puis reprit, avec énergie, comme répondant à une question intérieure : « Oui! Doguicimi n’était digne que du Maître du Monde ou de son héritier. J’ai manqué de sagacité en la mariant à Toffa. Tu ne saurais imaginer quelle profondeur atteignent mes regrets d’avoir fait une telle perte.

« Supprimer cette femme serait signifier à tout le Danhomê que le culte des hautes vertus qu’elle incarne — le courage et la fidélité — est à jamais aboli dans ce royaume.

« Les Danhomênous ne sont pas des imbéciles. C’est te dire qu’ils reconnaissent, comme moi, les hautes qualités de Doguicimi. Mais comme on ne souffre jamais dans ce pays que le prochain vous dépasse d’une phalange, ministres et reines conjurent la mort de cette femme.

« Au fond de l’âme de tous les hauts dignitaires que tu vois prosternés devant ton auguste Père, sourd la haine de ne pas l’égaler. N’en doute pas un instant.

« Migan, le plus influent de mes ministres et qui gouverne avec moi ce Danhomê, est sournoisement jaloux de Vivênagbo à qui je confie la régence pendant une expédition qui dure rarement trois longs marchés.

« Cet homme du peuple, qui m’a offert de l’amadou l’avant-veille de nos fêtes, n’avait qu’un désir : n’être pas en reste sur mes autres sujets.

« Les Danhomênous ne regardent pas en bas, mais toujours en haut et ils tendent tous au nivellement. C’est du pays lui-même qu’ils tiennent cet état d’esprit : notre Danhomê n’est-il pas jaloux de toute puissance qui n’est pas la sienne?

« Ayant pénétré le bas instinct qui fait s’acharner mon entourage contre Doguicimi, l’incarnation même des hautes vertus de la race, je lui pardonne toutes ses invectives. Je la ferai remettre en liberté dès ce soir. »

II se tut pour écouter une objection de son fils. Mais le prince approuvait, par un geste de tête et le sourire qui éclaira son visage, la décision de son auguste Père.

Le roi continua alors : « II ne te suffira pas de résister à l’instigation de la populace au crime contre d’honnêtes gens que le Destin aura élevés au-dessus des margouillats. Efforce-toi aussi, suivant mon exemple, de guérir ton peuple de cette morbide tendance à l’égalisation, qui paralyse les meilleures volontés et entrave l’élévation des Danhomênous.

« Ah! Pourquoi ce peuple qui est pourtant intelligent ne comprend-il pas qu’il est infiniment profitable de chercher à égaler le supérieur en s’élevant à sa hauteur, et très nuisible pour le pays de saper un supérieur pour l’amener à un niveau plus bas! Les Danhomênous feraient de rapides progrès dans la voie du perfectionnement s’ils pouvaient comprendre qu’ils doivent s’efforcer d’égaler au lieu d’égaliser. »

— Puisque l’anoblissement de l’âme de ce peuple ne tient pas moins à cœur à nos ancêtres que l’agrandissement du Danhomê, ma vie se vouera à ces deux programmes. J’aurai aussi désormais présente à l’esprit l’image du Danhomê, canari percé de trous et qui doit contenir de l’eau que je transmettrai intacte à mon successeur. Pour plus de sûreté, je ferai mettre cette allégorie en bas-relief dans mon Palais.

« A l’exemple de mon auguste Père, je pardonne à Doguicimi ses boutades envers moi et je la prends désormais sous ma protection, dit l’héritier du trône qui frappa le front contre le sol et baisa la terre aux pieds de son royal Père.

Guézo, satisfait de l’engagement pris par son héritier de continuer la tradition de son père, c’est-à-dire d’être magnanime, juste et bon, le congédia en l’assurant de sa bénédiction et de celles de ses ancêtres.

Mise en perspective et présenté par Binason Avèkes

clip_image001

Copyright, Blaise APLOGAN, 2010,© Bienvenu sur Babilown 

Toute republication de cet article doit en mentionner et l’origine et l’auteur sous peine d’infraction

clip_image001

Publicités