Bénin : Le Fleuve Ambigu des Exilés vers la Mer Patrie France

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A en croire les informations diffusées sur les Réseaux sociaux,  Monsieur Léonce Houngbadji, l’un des leaders de l’opposition au régime de Talon, et Président du Parti pour la libération du peuple, serait arrivé ce weekend en France, où il compte demander l’asile politique. Il rejoint ainsi Komi Koutché, Sébastien Ajavon, Valentin Djènontin, Léhady Soglo, Simplice Codjo, Fatouma Amadou Djibril et bien d’autres qui l’ont devancé sur ce chemin doublement ambigu de l’exil.

Ambigu d’une part, parce que 60 ans après notre indépendance, courir instinctivement se blottir dans les bras de l’ancienne puissance colonisatrice au moindre bobo n’est pas un signe de maturité ni d’émancipation pour nos pays. En principe, si les choses se passaient normalement, fiers de leur trajectoire, les Béninois devraient être en train de demander des comptes à la France pour tout le mal qu’elle leur a fait dans l’histoire (esclavage, colonisation et néo-colonisation). Mais, loin d’être sur cette ligne de conscience et de dignité, mais aussi de justice pour nos ancêtres qui ont souffert aux mains des Blancs, nous nous tournons vers nos malfaiteurs et saigneurs historiques  au moindre petit problème et pleurons comme des gamins chez eux au nom de nos droits légitimes présumés mis en danger pas nos gouvernements. De ce point de vue, ce sont aussi bien les gouvernements que les soi-disant exilés qui sont renvoyés dos à dos dans cette critique. Quelles que soient la validité des raisons ou la véracité des motifs avancés par ces exilés putatifs, il n’y pas de quoi être fier de cet exode aliéné qui signe notre régression historique.

L’autre raison de l’ambiguïté de ce fleuve d’exilés qui se jette dans la mer Patrie France relève pour le moins d’une absurdité. Le Béninois est féru d’imitation. Cette qualité est un des traits intellectuels qui ont valu au Dahomey d’être qualifié de Quartier latin de l’Afrique. Quand le Béninois voit quelque chose qui semble marcher, il n’attend pas son reste pour le copier, l’imiter ; il le fait avec frénésie et hargne, il le fait aussi par jalousie, au risque de saper les bases de son modèle, de le ruiner, de l’étouffer. A l’évidence, il existe un implicite de cette hémorragie migratoire du personnel politique béninois vers la France. Derrière l’exil, il y a ce syllogisme frauduleux : la France est un pays des Droits de l’homme, j’y accours et je demande l’exil,  donc je suis pur, je suis un homme (politique) innocent et traqué par la bêtise et la tyrannie. Au regard de ce syllogisme implicite, et de la compulsion à l’imitation propre au Béninois évoqué plus haut, on peut se demander quel est le modèle de tout ce beau monde qui accourt vers la France  en y demandant l’asile ? Qui imitent-ils ?

Eh bien, on ne peut pas dire que nos néo-exilés soient les fils spirituels des exilés du temps de la  Révolution marxiste-léniniste. Car, à l’époque,  les pays d’exil étaient la Côte d’Ivoire, le Gabon, le Togo, le Nigeria, le Ghana, les USA, le Canada, le Burkina Faso, le Sénégal, l’Allemagne, la Belgique, le Maroc, et rarement ou jamais si ostentatoirement la France comme c’est le cas de nos jours. On en déduit que  leur modèle unique est Monsieur Talon, le Président du Bénin, érigé en épouvantail et source de leur effroi politique. En 2012, Patrice Talon, accusé dans une affaire d’empoisonnement et de coup d’Etat visant la personne du Président Yayi Boni a dû chercher et trouver exil en France. C’est cette même geste politique, qui a fini triomphalement par son élection à la présidence en 2016, qu’imitent les nouveaux poissons du fleuve d’exilés vers la mer patrie France. Dans l’espoir sans doute d’un grand soir où, les mêmes causes produisant les mêmes effets, ils se retrouveront au pouvoir après avoir éliminé leur bête noire d’aujourd’hui. Peu importe les raisons réelles de leur fuite, les responsabilités juridiques ou pénales auxquelles le pouvoir du Bénin leur demande de faire face et qu’ils fuient plus ou moins légitimement, qui invoquant l’instrumentalisation de la justice, qui le risque de perdre sa sécurité ou sa liberté, qui invoquant le règlement de compte politique… Quoi qu’il en soit et quel que soit ce qu’on peut reprocher au régime de Talon, on ne peut pas dire comme ces exilés putatifs le laissent croire à travers leur déclaration que le débat soit manichéen, c’est-à-dire qu’il s’agit d’un conflit entre le jour et la nuit, le blanc et le noir, l’innocent et le bourreau.

La raison même pour laquelle il s’en faut de beaucoup d’être réfugié en France pour revendiquer le manteau de l’innocence est que le modèle de tout ce beau monde, Talon, dans l’affaire d’empoisonnement dont il fut accusé en 2012 et que la justice n’aborda que sur la forme, Talon lui-même sait en son âme et conscience que, sur le fond, son innocence reste à prouver.

Cela signe toute l’ambiguïté de ce fleuve d’exilés vers la mer Patrie France

Adenifuja Bolaji

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