Ryanair, du Racisme dans l’Air

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La Vieille Dame et le Négrophobe

Les Africains peuvent passer directement à la vidéoblog1

Dans la vidéo ci-dessous, on voit une femme noire qui subit les assauts verbaux d’une rare violence de la part d’un homme blanc. Scène de racisme ordinaire  en plein air à bord d’un de ces charters bon marché de Ryanair…

Le racisme, c’est la possibilité et le droit que s’octroient plus ou moins instinctivement des gens (individus, groupes, collectivités, nations, etc.) de faire à certains  ce qu’ils ne feraient pas à d’autres ou savent bien qu’on ne fait pas à autrui.

Mais user du mot racisme c’est déjà faire le jeu du racisme. Parce que dans l’histoire de la confrontation inévitable entre les divers groupes humains, les divers peuples et cultures  qui ont été formés et séparés par le temps et la géographie, ce sont ceux qui ont réussi à se doter des armes les plus meurtriers et sont donc devenus les plus forts qui se montrent racistes à l’égard de ceux qu’ils sont parvenus à dominer. En clair, c’est le lion qui méprise le gnou ou le chacal et non l’inverse. L’idée abstraite de racisme, c’est-à-dire du mépris ou de la haine du différent ou de l’inconnu est, comme le dirait Descartes pour le bon sens, la chose la plus partagée au monde ; et de ce point de vue, elle n’a qu’un intérêt psychosociologique.

En fait la vraie critique du racisme doit être positiviste. Dans le monde, en Europe,  on a connu surtout l’antisémitisme qui a atteint son apogée avec les horreurs du nazisme. Les croisées, quoique d’inspiration religieuse, avaient aussi un relent raciste, puisqu’elles brûlaient de casser du Sarasin. Le slogan du « péril jaune » popularisé par l’empereur Guillaume II en 1895, traduit bien sur un mode délirant la crainte raciste que l’Extrême-Orient ne submerge l’Occident. Mais tout ce beau monde, Occidentaux, Juifs, Arabes, et même Asiatiques ( Jaune ou pas) parce que blanc ( ou non-Noir) est uni dans sa haine du Noir, et l’a prouvé d’une manière implacable : traite négrière et esclavage de près d’un demi-millénaire pour les uns et de plus d’un millénaire pour les autres, colonisation, néo-colonisation, et toutes sortes d’atrocités militaires, politiques et économiques associées. Dès lors, le Noir Africain peut être considéré comme la victime universelle du racisme ; et les termes négrophobie ou antinégritisme sont d’autant plus adaptés pour décrire sa situation qu’au moment où les victimes historiques du racisme se redressent les unes après les autres et rejoignent le camp des puissants, le Noir lui est enfoncé dans la pauvreté et la misère qui sont autant de stigmates de la haine et du mépris. Ceci constitue un aspect historique du cercle vicieux de la haine du Noir Africain par les non-Noirs.

De nos jours, dans les sociétés où les Noirs sont minoritaires, le racisme à leur égard est la conséquence d’une histoire de domination à des fins d’exploitation qui a nécessité et nécessite encore pour se justifier toute une machinerie symbolique de diabolisation du Noir, de sa néantisation, de son mépris, et de son infériorisation. Cette mythologisation de l’altérité du Noir constitué en incarnation anthropologique de l’inférieur et du mal a atteint un tel degré de perfection dans son ingénierie  et dans sa transmission  que les sociétés qui l’ont élaborée ne sont plus en mesure d’en contrôler l’appropriation individuelle ; d’une certaine manière, à leur corps défendant, alors que la plupart  proclament à cor et à cri leur refus du racisme et leur attachement au respect des droits de l’homme et de l’individu, les libertés que peuvent s’octroyer les individus dans la gestion de leurs émotions ou des sentiments que génèrent leurs interactions avec les Noirs sont bien souvent en conflit aussi bien avec les lois de ces sociétés que les valeurs qu’elles proclament inlassablement.

L’incident dont cette vieille femme a été victime à bord d’un avion de Ryanair, traduit cette contradiction. Et la solution apportée par le personnel de bord, qui a consisté à soulager le raciste de la proximité insoutenable de sa source de hantise, traduit bien le respect implicite du mythe fondateur du mépris du Noir en Occident.

En fin de compte, les deux mamelles de l’antinégrisme en Occident sont l’habitus et l’impunité. En ce qui concerne la victime, on peut dire « pauvre d’elle » ! En effet voilà une femme noire, qui a essayé d’avoir une chevelure aussi soyeuse qu’une Blanche avec un zeste de blondeur par-dessus ; une femme qui s’est nippée comme une Blanche, et qui parle la langue des  Blancs dont elle partage la société depuis des décennies. Et pourtant, tout cela n’a pas suffi à lui mériter le simple respect dû à tout individu dans une société civilisée ou humaine du 21ème siècle. Et son apparition ou sa proximité déclenche de la part du Blanc une hystérie d’agression verbale pour le moins barbare.  Mais la bave de l’arrogance trahit la phobie.

Sans nul doute, la tristesse traumatique de la vieille dame est à la mesure de sa chute. Elle tombait de haut. Dans le film « Do the Right Thing » de Spike Lee, Mockie, le jeune Noir livreur de pizza, rencontre un de ses amis  perdu de vue et l’apostrophe en  disant  : «  Remain Black !».  Je pense que cette mise en garde ne ferait pas du mal à tous les Noirs Africains ou non qui ont tendance à l’oublier et qui donnent volontiers dans le panneau de l’humanité universelle conçu par le Blanc pour justifier à posteriori les horreurs historiques de ses rapports avec les autres. Il faut être soi avant d’être nous. Les Africains doivent se méfier comme de la peste de l’identité d’homme universel inventée par le Blanc à des fins suborneuses. Dans cet ordre d’idées, au risque de tomber dans le fameux syndrome de « peau noire masque blanc » dénoncé par Frantz Fanon, ils ne doivent pas découvrir leur identité d’Africain ou de Noir au seul détour d’une agression raciste.

En tout cas, quand on est agressé par un négrophobe ou un antinégrite alors qu’on assume son identité de Noir de la tête au pied, dans son esprit, dans son être et dans son âme, on doit être plus soulagé que triste, car c’est une joie de la savoir ainsi confirmée, même par un imbécile.

 

Adenifuja Bolaji

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