L’Africain et la Tribu : Prophète à l’Extérieur, Sorcier à l’Intérieur

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Yayi Boni était fier d’être le Président de l’Union Africaine. Comme lui, beaucoup de dirigeants africains – et Muhammadu Buhari du Nigeria n’y fait pas défaut –hors de leurs nations, dans l’espace africain, paradent en militants zélés et inspirés de l’Afrique, fiers de se dire Africains. « L’Afrique doit aller de l’avant », « la force de l’Afrique est son unité ». Et en Occident ou dans le vaste monde, on les entend répéter à tout bout de champ : « nous les Africains, nous les Africains ».
Or chez eux, leurs comportements au regard de cette africanité trompétée aux quatre coins du monde laissent à désirer.
Yayi Boni était passionnément régionaliste. Maladivement, voire. En toutes choses bonnes, il préférait les « siens », un ensemble formé de bric et de broc, qui avait la particularité de ne pas appartenir au giron culturel ou historique du puissant royaume du Danhomè, représenté par les Fon, qui était pour lui source d’un sourd complexe d’infériorité. Les uns étaient censés être des Nordistes, les autres des Sudistes. Ses nominations étaient basées sur cette dichotomie fallacieuse qui sous-entendait qu’il y avait autant de Nordistes que de Sudistes, pour ne pas dire autant de gens compétents d’un côté que de l’autre. Et fort de ce consensus frauduleux, Yayi Boni se permettait un déséquilibre flagrant en faveur des siens. Et ceux qui s’en plaignaient, dès lors qu’ils avaient été dupes du consensus frauduleux de la parité régionale, ne fondaient pas leurs plaintes sur la réalité sociologique du pays, mais sur le mythe de cette parité savamment mis en avant par Yayi Boni et sa clique. « Ah, il y avait 7 Nordistes et 3 Sudistes nommés en conseil des Ministres !» se plaignaient-ils, comme s’ils eussent été satisfaits s’il y en avait eu 5 de chaque côté, alors qu’en vérité, selon les réalités sociologiques du pays, c’est l’inverse qui aurait été correct, et les régionalistes comme Yayi Boni le savaient bien qui manipulaient leur monde !
Et la question qu’on est en droit de poser à Yayi Boni le passionné d’Afrique est de savoir si les « Sudistes Béninois » qu’il discriminait passionnément n’étaient pas des Africains ?
De même au Nigeria, Buhari qui aime bien parader en grand dirigeant africain, président du pays le plus peuplé et première économie du continent ; lui qui, dans le cadre de ses gesticulations préélectorales vient de se faire octroyer la palme de la lutte contre la corruption par ses pairs de l’Union Africaine, c’est le même Buhari qui se comporte comme objectivement complice des tueries des bergers peuls dans son pays, massacres qui frappent les chrétiens et les sédentaires du Centre et du Sud du pays, qui ont le malheur de ne pas être des musulmans et des Peuls/Hausa.
Ces Nigérians victimes des massacres réguliers des raids meurtriers organisés par des bergers peuls en toute impunité depuis des années ne sont-ils pas des Africains ?
A l’instar des Africains eux-mêmes, qui ont les mots « Africains », « Afrique » et « frères » à la bouche, les dirigeants africains aboient « Afrique ! », « Africains » tout le temps dehors, mais à l’intérieur, ils se comportent comme des sorciers, et agissent comme si certains de leurs concitoyens étaient plus africains que d’autres. Cette représentation duale de l’Afrique, à l’antipode des idées de Kwame Nkrumah,  fait partie de l’incurie qui ruine la politique en Afrique dont les acteurs proclamés et le vicieux processus de leur émergence sont à l’origine du drame africain.
Adenifuja Bolaji.

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