Mes Amis Côtiers : Le Point de Vue d’un Chercheur Béninois

amonavis

go3.jpgOù sont Passés mes Amis Côtiers ?

J’ai lu avec intérêt l’article de M. Paul Hansè intitulé « l’ethnométhodologie d’une variante de la haine de soi africaine. » et je voudrais très rapidement réagir. D’abord pour dire que le problème est bien posé. Les distinctions des comportements entre Sudistes et Sahéliens aussi ; mais je ne partage pas l’explication par l’auteur du phénomène et de sa survivance au Sud. Notre regard du Blanc et notre fascination pour ses valeurs ont pu influencer mais n’ont pas, a mon humble avis, fondé le problème. C’est ailleurs! Ce sont d’abord les effets de l’esclavage de toutes sortes au sud, effets psychologiques pervers post-slavery qui, à mon avis, sont à l’origine du phénomène.
L’esclavage a aggravé la catégorisation, renforcé les stigmatisations et les clivages. En d’autres termes, les méfiances et les haines de soi entre les peuples des côtes allant de l’Angola au Libéria au moins ont leur étiologie dans cette violence inaugurale qui a, faut-il le rappeler, duré des siècles et continue de tétaniser l’esprit des gens chez nous.
Sur les trottoirs de nos villes, il y a des mécaniciens alignés chacun avec sa boîte à outils pour gagner très peu de chose à la fin de la journée. Mais ils sont imperturbables: Si vous leur dites de s’unir pour un projet bancable pour gagner mieux leur vie, chacun dira « jamais », et surtout les non-Fon parmi eux diront : « le Fon va me vendre ; comprendre, « il va me rouler dans la farine… »
C’est à juste titre ici que l’indicateur de distance avancé par M. Hansè est pertinent. En effet, plus on s’éloigne de la côte vers le nord sahélien, donc en s’éloignant des zones épicentres des royaumes esclavagistes du sud, on observe que le phénomène des méfiances s’atténue.
Par ailleurs, en ce qui concerne l’argument religieux, l’islam est au nord comme au sud une religion importée de même que le sont le catholicisme, le protestantisme et autres nouvelles églises nées ces dernières années. Et pourtant, les Africains sahéliens ont pu avoir un comportement différent si j’ai bien compris l’explication de M Hansè. C’est donc logiquement que l’argument de l’abandon des religions de nos ancêtres ne semble pas être plausible pour rendre raison du phénomène.
Quoi qu’il en soit, il faut cependant des études empiriques poussées pour attester tout cela. Un compatriote économiste chercheur à Princeton et fondateur au Benin de l’Institut IREEP a réalisé partiellement des enquêtes similaires mais j’ignore si elles sont publiées. Il s’agit de mon aîné et camarade Wantchecon Leonard.
Je dois, pour finir, remercier et féliciter monsieur Hansè pour avoir soulevé le problème. Nous devons multiplier ce genre de réflexions et d’études autour de paramètres empiriques endogènes qui bloquent pour l’instant l’éclosion des écosystèmes macro pour le développement de nos sociétés.
ADJILE SEGLA Aime est logicien et spécialiste des systèmes de connaissance scientifique (Épistémologie et histoire des sciences exactes et des technologies)
Universite d’Abomey-Calavi.

go3.jpgOù sont Passés mes Amis Côtiers ?

copyright5

Publicités

Un commentaire

  1. Merci à Monsieur Sègla pour sa réaction pertinente sur le sujet. C’est en confrontant les idées qu’on avance. Je suis d’accord que la traite négrière a marqué les esprits au Sud et compte pour beaucoup dans les stigmatisations, les replis sur soi, les méfiances et les défiances qui caractérisent l’attitude voire le comportement des gens les uns envers les autres. Je suis d’accord pour reconnaître que l’esclavage est la raison première, à condition d’admettre que le colonialisme n’est que l’esclavage continué avec d’autres moyens.
    Toutefois, je crains que Monsieur Sègla ne confonde tribalisme et haine de soi. Cela se traduit par le fait qu’il met le mot au pluriel. Le problème dans nos sociétés c’est celui de la consistance du soi qui est sujette à caution. Le concept de la haine de soi décrit le cas juif, et l’identité juive a une référence incontestable : la bible. En Afrique, que ce soit au niveau continental comme au niveau des sociétés, le soi est en gestation et pose problème ; d’où toute l’ambigüité de l’importation de la notion dans notre contexte. Cela demande de longues analyses.
    Pour ce qui est de l’égalisation des effets des deux religions du Livre que sont l’islam et le christianisme, je pense que les deux religions n’ont ni la même histoire, ni la même culture encore moins la même politique en Afrique. Un exemple est donné par le personnage du marabout ou de l’Aloufa qui est en prise directe sur nos croyances et nos pratiques traditionnelles, alors que le christianisme les réprime et les diabolise. Ainsi, Eshu/Elegba est considéré comme le diable par les chrétiens. Cette adaptation peut constituer un facteur d’identification et d’identité. Et cette identité à son tour peut souder des peuples ethniquement différents et donc leur conférer un soi.
    A mon avis, Il n’y a pas de symétrie sociale entre les deux religions du Livre en Afrique, et cela peut expliquer aussi la force du lien social chez les Sahéliens et donc la faiblesse relative de la haine de soi.
    Pour reprendre le bel exemple des mécaniciens égoïstes des rues d’une ville cosmopolite comme Cotonou où le prochain peut être goun, mina, nagot, yoruba, fon, bariba, somba, etc…, que dire du même phénomène à Bohicon où tous les mécaniciens sont Fon ? Autrement dit comment expliquer la haine de soi parmi les Fon qui est la plus forte au sud du Bénin ?
    Encore une fois, merci de nourrir le débat !
    Paul Hansè, Sidney

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s