
« Les actes d’injustice sont rares chez eux ; de tous les peuples, c’est celui qui est le moins porté à en commettre, et le Sultan ne pardonne jamais à quiconque s’en rend coupable. Dans toute l’étendue du pays, il règne une sécurité parfaite ; on peut y demeurer et voyager sans craindre le vol ou la rapine. »
Lorsque le voyageur Ibn Battuta écrit ces lignes au XIVᵉ siècle, il décrit l’Empire du Mali à son apogée. La justice, la sécurité et la prospérité qu’il observe font alors du Mali l’une des grandes puissances de son temps.
Mais l’histoire montre aussi que les richesses attirent les convoitises. Le déclin du Mali fut favorisé à la fois par des fragilités internes — faiblesse du pouvoir, divisions et abus — et par les pressions extérieures qui profitèrent de cette situation. Cette double réalité traverse toute l’histoire africaine, de la colonisation jusqu’aux formes contemporaines du néocolonialisme.
Le témoignage d’Ibn Battuta éclaire ainsi les défis actuels du Mali et de l’AES. La véritable souveraineté ne repose pas seulement sur les ressources naturelles, les armées ou les discours politiques. Elle repose d’abord sur les principes que le voyageur admirait : la justice, la sécurité, la confiance collective et le respect du bien commun.
Certaines puissances étrangères savent qu’un espace divisé est plus facile à influencer qu’un espace uni. Elles misent souvent moins sur leur propre force que sur les faiblesses, les rivalités et l’anomie qui fragilisent les États.
La question n’est donc pas de savoir si le Mali fut grand. L’histoire en témoigne déjà. La véritable question est de savoir si les peuples du Sahel sauront reconstruire les conditions morales et politiques qui avaient rendu cette grandeur possible. Car ce ne sont pas les richesses qui ont fait la puissance du Mali médiéval ; c’est d’abord un ordre fondé sur la justice et la cohésion.
Bréhima Amidou
