Un Malaise, Deux Cultures : Quand l’Assemblée Devient le Théâtre de Défaillance Physique des Politiques

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1. Cas néerlandais

Le ministre néerlandais de la Santé, Bruno Bruins, s’est effondré lors d’un débat sur le coronavirus au parlement national.

M. Bruins  a vacillé  un peu et s’est mis à genoux, puis un de ses collègues l’a aidé à se relever. Après avoir bu quelques gorgées d’eau le Ministre a quitté la plénière.

Le parlement débattait de l’approche néerlandaise du coronavirus depuis 13 heures. avec le Premier ministre Mark Rutte et le ministre de la Santé Bruno Bruins, le ministre des Finances Wopke Hoekstra et le ministre des Affaires économiques Eric Wiebes. Le débat a été interrompu après que Bruins ait quitté la plénière.

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2. Cas nigérian

Un responsable nigérian s’est effondré en direct devant les caméras de la télévision alors qu’il répondait aux questions des législateurs sur la mauvaise gestion des fonds alloués à une commission de développement dans la région du Delta (NDCC).

M. Daniel Pondei, directeur général par intérim de la Commission de développement du delta du Niger (NDDC), s’est effondré dans son fauteuil moins d’une heure après le début de sa session devant un comité de la Chambre des représentants.

À la suite de son effondrement, plusieurs fonctionnaires présents dans la pièce sont allés à son aide – l’un essayant de l’empêcher de s’étouffer, d’autres l’ont éventé tandis qu’un autre lui a versé de l’eau sur la tête. Il a repris connaissance et on a pu le voir parler avec certains de ses « secoureurs ».

Le comité l’a finalement libéré après l’appel d’une ambulance. Il est sorti de l’auditorium avec l’aide d’un policier et de deux autres hommes.

La NDDC a fait l’objet de rapports de mauvaise gestion massive ces dernières semaines. La direction insiste cependant sur le fait que toutes les dépenses étaient justifiées, y compris une somme importante pour le COVID-19.

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Ces deux  incidents qui entretiennent en apparence une certaine similarité appellent quelques remarques et  réflexions.

Tout d’abord un éclaircissement s’impose  sur la qualité du fonctionnaire Nigérian en cause. Sur certains réseaux sociaux où on n’aime rien tant que bouffer du politique, on a vite fait de présenter ce responsable comme  « Le ministre de la santé du Nigeria [ qui aurait ]fait un malaise en direct pendant son audition à l’Assemblée nationale, accusé de détournement des fonds alloués pour la riposte contre la covid19… » Or il n’en est  rien. L’affaire de  corruption de la NDDCC est l’une de celles qui secouent actuellement le Nigeria où Buhari plus que jamais a décidé de nettoyer les écuries d’Augias de la gouvernance locale et nationale. Cette détermination a déjà vu tomber bien  des têtes fameuses y compris celle de M. Ibrahim Magu,  le Chef de la l’EFCC, l’organe phare de lutte contre la corruption. Signalons que le NDDC est la Commission de Développement du Delta du Niger, qui fait partie d’une double promesse éthique et politique de M. Buhari. Ethique dans la mesure où il a promis de redonner à la région éprouvée par une dégradation environnementale préoccupante sa dignité écologique ; politique, parce qu’elle vise à faire mentir cette logique  tenace qui veut que dans les Etats d’Afrique les régions pourvoyeuses des ressources vitales pour la collectivité nationale soient toujours les laissées pour compte et croupissent dans la misère. Une logique qui est à l’image de ce que vit l’Afrique elle-même, dans la mesure où, continent le plus riche en matières premières au monde, ses populations sont aussi les plus pauvres de la planète.

Après cette remarque, quelques réflexions d’ordre comparatif.. Pour un même type d’incident, on est sidéré par la différence des réactions des protagonistes et des acteurs. Côté néerlandais, c’est la retenue, la maîtrise de soi, la contention des émotions, les bons gestes exécutés à bon escient par les bonnes personnes au bon moment.  Côté nigérian, c’est le brouhaha, le débordement émotionnel, la cacophonie.  D’un côté un comportement collectif et individuel rationnel, qui s’appuie sur une organisation et une préparation réglées, de l’autre un comportement collectif et individuel dominé par les émotions et caractérisé par l’impréparation et la stupeur généralisée. Cette différence du comportement n’est pas sans penser à la fameuse et non moins controversée division comportementale et idéologique impartie par Senghor selon laquelle « la raison est hélenne et l’émotion nègre ». En l’occurrence, elle peut être citée en faveur de l’une ou  l’autre des parties. Malgré le premier élan positif qu’on peut avoir vis à vis du comportement des Européens, par rapport à leur organisation, leur maîtrise d’eux-mêmes, leur calme, on peut aussi voir leur comportement comme trahissant une certaine froideur, un manque de compassion, et d’humanité dès lors que la raison soumet le cœur et lui dicte sa loi. A l’inverse, malgré l’agitation, les débordements, le défaut d’organisation qui caractérise en l’occurrence le comportement des Africains et qui pourrait être d’entrée cité à leur charge, on pourrait aussi voir dans leur bonne volonté et dans le fait de voler au secours du prochain sans aucune retenue, sans attendre aucune médiation institutionnelle, en jetant par dessus bord les règles de distanciation en vigueur actuellement, on peut voir cette chaleureuse spontanéité   la quintessence même de l’expression de leur humanité.

Enfin une différence qui éveille la curiosité tout en laissant songeur. C’est la posture physique et énergique des deux victimes durant leur malaise. L’Européen parlait et était debout tandis que l’Africain ne parlait pas et était confortablement assis. En clair nous avons d’un côté une des deux victimes de malaise qui était en situation de sollicitation physique et énergétique élevée,  tandis que chez l’autre ces paramètres étaient au plus bas. Ce constat qui n’est pas anodin, à l’instar de la réflexion qui va suivre, ruine le charme de la similarité apparente de ces deux incidents.

Sur Twitter,  le Ministre néerlandais  a déclaré qu’il avait « souffert de malaise à cause de l’épuisement et des semaines intensives. Maintenant, les choses vont mieux. Je rentre à la maison pour me reposer ce soir afin  de pouvoir retourner travailler demain. » Aux dernières nouvelles, le Ministre néerlandais,  invoquant la fatigue, a donné sa démission qui a été acceptée.

Du côté nigérian,  aucune explication de la part de l’intéressé pour éclairer l’opinion, ce qui ajoute au malaise de l’irrationalité relevé du côté africain.  Compte tenu des charges qui pèsent contre le Directeur général de la NDDC, il n’est pas à exclure que le malaise,  s’il n’est pas entièrement feint, — car l’histoire des enquêtes pour corruption au Nigeria est émaillée de ces malaises opportunistes qui, le temps d’une petite comédie, vous transforme un voleur en  victime de persécution polito-judiciaire — vient ici comme un Deus ex-machina, avec un zeste de chantage à l’humanité des députés,  clore provisoirement leur charge inquisitoriale.

Adenifuja Bolaji

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