France Nègres de Service : de Sibeth à Élisabeth, un choix pas si bête

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En France, sous la 5ème République,  depuis que l’exercice est devenu comme un passage obligé, les Ministres, notamment des Ministères phares censés incarner la figure  de la diversité de la société, ont été dans la quasi totalité des cas des femmes. Qu’elles soient des DOM-TOM ou de l’Afrique, Rachida Dati ou Christiane Taubira, Rama Yade ou Belkacem, que des femmes !

Pourquoi  ? Eh bien parce que l’autre est par définition repoussant, et donc tant qu’à faire il est plus recevable lorsqu’il est sexy. La femme incarne la douceur, la rondeur, la soumission, et  moins l’ordre conflictuel de l’altérité ; elle paraît plus assimilable au sens politique comme sexuel du terme. On voit mal comment un Ministre de la République serait un Arabe barbu ou un Noir africain intégriste.

De ce point de vue, les deux top-modèles de Ministre porte-drapeau de la diversité sont Rachida Dati et Christiane Taubira ; l’une d’origine arabe et l’autre  guyanaise de forte ascendance africaine. La première bien qu’Arabe se pose comme une jolie brune de race caucasienne, tandis que Taubira, sans  donner dans l’intégrisme ethnique ne renie en rien ses origines africaines.

C’est dans ce contexte historique et sociologique que Sibeth Ndiaye émerge en 2017 aux côtés d’Emmanuel Macron. D’abord comme conseillère en communication ensuite comme Secrétaire d’Etat et porte parole du gouvernement. En tant que communicante de profession, et de conserve avec son employeur, sa posture a été de se poser comme une africaine authentique, de façon à montrer que Macron crée comme un troisième modèle de femme Ministre incarnant la diversité, à savoir celle qui reste égale à elle-même et fière de ses origines.  Une femme politique, qui ne laisse pas l’Africaine qu’elle est étouffer par les contraintes et les concessions exigées par sa fonction et l’attente idiote des médias et du public. D’où son côté exubérant, son style décontracté et son parler qui sans forcément briller par sa franchise, se veut percutant, parfois à la limite de la caricature. Par ce style exubérant, authentique  et spontané, Macron espérait administrer une pédagogie de la tolérance aux Français en même temps que séduire les Africains de France et  d’Afrique ; un continent auquel, à l’instar de ses prédécesseurs,  il a promis le changement dans l’emprise néocoloniale de la France et dont il espère que cette nouvelle image venue de Paris serait reçue comme un signe avant-coureur.

Malheureusement, avec son débarquement du gouvernement, force est de déduire que la mayonnaise du nouveau-modèle que Sibeth Ndiaye est censée incarner n’a pas pris. Et cette déduction tombe d’autant plus sous le sens que celle qui est censée reprendre le flambeau de la diversité dans le gouvernement est d’un style totalement opposé.  Hormis leur origine ethnique, le seul point commun qu’Elisabeth Moreno, — puisque c’est d’elle qu’il s’agit– semble avoir avec Sibeth Ndiaye est la rime de leur prénom. Le prénom chrétien, le nom d’ascendance latine de la nouvelle porte-flambeau de la diversité — qui est aussi  l’une de ses attributions ministérielles — tout cela a de quoi inspirer la confiance et rassurer les Français de sa plus grande proximité culturelle, de son assimilation suffisante. L’image qu’elle renvoie à première vue n’est pas celle d’une « Noire noire », comme le dirait l’humoriste  Muriel Robin .   Elle est une franco-cap-verdienne, comme  cela fait chic, dans cette France si férue d’universalité, de dédoubler les nationalités. Quand vous êtes une Bonne Cap-verdienne vous pouvez  faire une Française, et si vous êtes un Français médiocre vous pouvez être un Cap-verdien.

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Donc nous voilà avec une nouvelle porte-flambeau de la diversité  aux couleurs exotiques  venant d’une île qui fait rêver et qui n’est pas sans rappeler une de ses illustres compatriotes qui dut sa célébrité à la France, la Reine de morna, Césaria Evora. Avec son allure plus intellectuelle, son physique menu, son style vestimentaire  d’un classique bien rangé, le choix d’Elisabeth Morena correspond   à un recadrage une renormification plus proche d’une Rachida Dati, qui pourrait s’excuser en fredonnant sur un air de morna « C’est le Soleil qui m’a brûlée »…

Aminou Balogun

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