Comment Talon a Illustré le Désert de Compétence devant Macron à L’Elysée

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L’échange de parole entre Talon et Macron à l’Elysée,  du côté béninois était d’une médiocrité inénarrable, digne du Président d’un désert de compétence.

Talon est un vendeur de coton. Des gens le créditent d’une certaine intelligence pour ne pas dire une intelligence certaine, sans doute parce qu’il est devenu milliardaire à force de trafiquer entre le marché du coton et le marché politique. Il est vrai que, toute personne qui a réussi, c’est-à-dire qui a amassé de l’argent, abstraction faite de la valeur éthique de sa méthode de ramassage, est considérée chez nous comme intelligent. Sous-entendu, s’il  n’était pas intelligent,  il ne serait pas devenu milliardaire. Chez nous on prête tout au riche, y compris l’intelligence… L’intelligence est une chose sociale et ne se mesure pas aux œuvres intellectuelles.

Quoi qu’il en soit, intelligent ou pas, Talon est un piètre orateur. Et pire encore, sa communication qui aurait pu atténuer ce défaut  est  très mal organisée, pour ne pas dire non organisée.

Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément a dit le poète français Nicolas Boileau. De ce point de vue, Talon semble avoir du plomb dans l’aile de sa conception des sujets politiques et de son discours. Or, le sujet politique est l’objet par excellence du politique.

Talon a un gros problème de conception de sa parole. Il lui manque le souffle de l’homme politique. On a le sentiment qu’en dehors des milliards, sa tête est vide. Tout le monde n’est pas doué pour l’art de la harangue ou de la dissertation ; tout le monde n’a pas la jactance en prise sur la pensée. Mais bon Dieu, que Talon peut être à l’étroit dans son imaginaire langagier ! On dirait qu’il part sans inspiration ni plan. Il ouvre la bouche, lâche quelques expressions empesées puis échoue dans une impasse idiote et y tourne en rond.

Pourquoi est-il devenu Président s’il n’a pas l’inspiration des choses politiques en prise sur la parole ? Chaque fois qu’il se propose de parler, Talon échoue dans des impasses, comme s’il n’avait pas au préalable bien conçu son discours, sa volition langagière s’essouffle. A-t-il seulement accédé à la fonction de Président,  si nécessiteuse en parole, juste pour les beaux yeux de ses entreprises mises en péril par Yayi Boni ?

Il y a sans doute dans cette difficulté de Talon à parler de façon fluide  et claire le handicap de la langue maternelle. La langue de nos parents, est celle de notre cœur, de notre pensée et de notre vérité ; c’est la langue dans laquelle, comme un poisson dans l’eau, nous nous sentons le plus à l’aise, celle dans laquelle nous ne sommes pas dans l’affichage ni à l’étroit. La contrariété langagière de Talon en tant que Président de la République et homme politique de premier plan ne vient pas seulement du fait que le trafiquant de coton et de politique de l’ombre n’a pas eu le temps de se doter d’une culture livresque ou intellectuelle. Kérékou, qui n’a pas inventé la poudre savait tenir spontanément un discours plus fluide, inspiré et inspirant. Encore que sans aucun masque pseudo-intellectuel de bachelier attardé, Kérékou ne se risquait pas à des contorsions rhétoriques éculées, il ne prenait pas de pose intellectuelle comme Talon, et ne se livrait pas comme lui à des entreprises de rattrapage risquées qui le conduisaient dans des impasses idiotes. Kérékou exprimait sa pensée simplement, et spontanément sans fioriture ni posture intellectuelle concave.

Outre son parcours biographique qui ne favorise pas l’organisation fluide de l’expression publique de sa parole, Talon trahit une contrariété  inhérente à notre schizophrénie langagière commune caractérisée par le mépris intellectuel dans lequel est placée notre langue maternelle. Si la violence de l’histoire à laquelle, Talon dans une posture philosophique au long cours, a fait allusion ne nous avait pas forcé à parler, réfléchir et écrire en priorité exclusive dans la langue de gens qui loin d’avoir quelque chose de culturel en commun avec nous étaient au contraire nos seigneurs les plus implacables,  peut-être que Talon serait plus à l’aise dans les souliers étroits et tordus de sa parole publique en tant que chef de l’Etat.

A contrario, tel n’est pas le cas de son hôte de l’Elysée. Macron pour le coup parlait sa langue maternelle. La langue de son père, la  langue de sa mère, la langue de son pays, la langue dans laquelle il a été formé tout au long de sa vie. Aussi ne trahissait-il la moindre désorganisation dans l’expression de sa pensée, marquée par un haut niveau de précision, de clarté et de cohérence.

Au-delà du talent, au-delà de la culture, au-delà même de l’identité linguistique, au-delà aussi de son parcours biographique, il y avait l’organisation de son discours et de sa communication, en tant que Président de France, qui n’est pas laissée au hasard.

Une preuve de cette organisation, réglée comme du papier à musique, est donnée par la performance de Macron, durant la séance de questions des journalistes. Une journaliste de RFI, la radio de propagande française, demande comme par hasard au Président français « Est-ce que d’autres pays vous réclament le retour des œuvres pillées pendant la colonisation ? »

Monsieur Macron saisit l’occasion pour récuser avec vivacité l’emploi du mot « piller » utilisé en la circonstance. En clair, il récuse le fait que les œuvres africaines – en l’occurrence béninoises – aient été dépaysées de façon indue et coercitive puisse être qualifié de pillage.

Soit dans son esprit, Monsieur Macron sous-estime et rejette l’idée que la colonisation rimât avec pillage –symbolique ou matériel – ce qui nous place dans le discours de la dénégation contradictoire avec  son affirmation électoraliste selon laquelle le colonialisme était un crime contre l’humanité.

Soit Monsieur Macron pense que les crimes contre l’humanité perpétrés par le colonialisme en Afrique ne concernent pas les œuvres de l’esprit, autrement dit, il distingue l’humanité des Africains de leurs œuvres, ce qui serait une conception ethnocentrique rétrograde de l’humanité.

Mais au-delà de cet embarras et des distinctions rhétoriques qu’il génère, on pêcherait par naïveté de croire que ce jeu de questions/réponses entre le Président Macron et la journaliste de RFI ne relevait pas d’une mise en scène calculée et bien huilée. Il s’agit bien d’une division du travail de rectification dans laquelle afin de réaliser son objectif d’imposition du sens des faits historiques, la France, à travers son Président, a mis en scène une journaliste qui sous les dehors d’une liberté d’expression sujette à caution, lui a permis  de récrire médiatiquement l’histoire de sa violence coloniale en accord avec  les conventions et normes morales actuelles.

Et, il n’est pas jusqu’à la précision analytique de la réponse de Monsieur Macron délivrant un exposé succinct de sociologie historique des œuvres pillées qui ne montre le savoir faire et l’organisation de la machine de communication de la France, là où en face, la partie béninoise inorganisée, représentée par son président divaguait dans son désert de compétence.

 

Adenifuja Bolaji

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