Pourquoi les Nigérians sont Embarrassés par le Bénin

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Quand les Nigérians veulent énoncer l’extériorité frontalière vers l’ouest, ils sont souvent embêtés d’évoquer le Bénin. Ainsi, l’autre jour, le Gouverneur de Lagos parlant de la route internationale de Lagos Badagry et voulant faire voir son importance sous-régionale, dit «  c’est une route qui nous relie au Togo et au Ghana » ; oubliant de faire mention du Bénin ; et cet oubli délibéré n’est pas isolé mais plutôt l’habitude dans les mêmes situations d’évocation par les Nigérians de la connexité transfrontalière occidentale.

En effet, cette scotomisation du Bénin a deux explications : la première c’est parce que, d’une certaine manière le Bénin est une mince écharpe qui fait tellement corps avec le Nigéria que notre grand voisin a tendance à ne pas nous voir. Mais alors pourquoi les Nigérians évoquent-ils volontiers le Togo qui est plus petit que nous ? Eh bien c’est là où intervient la seconde raison, qui est d’ordre nominal et sémantique. En fait le nom Bénin est, dans l’esprit des Nigérians, source de confusion et d’embarras. Il renvoie à leur propre Benin ( Edo State) dont nous avons emprunté de façon ingrate le nom. C’est pour cela que, histoire de ne pas semer la confusion dans leur propre esprit, lorsque les Nigérians veulent référer l’extériorité frontalière occidentale de leur pays, voire même lorsqu’ils veulent référer le Bénin, ils sautent directement de chez eux vers le Togo en passant le Bénin sous silence.
De même et pour d’autres raisons, un Nigérian qui va à Porto-Novo, par commodité dira qu’il va à Cotonou ; parce que Cotonou, surtout prononcé à l’africaine (Kutɔnu), est non seulement plus facile à prononcer qu’une expression d’origine portugaise longue comme Porto-Novo –plus longue que Lagos qui est aussi d’origine portugaise–mais pour nos cousins Yoruba, il est directement parlant.

Asiko Bayonle

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