Publié dans Press-Links

De l’esclavage à Black Lives Matter : Un musée d’histoire africaine-américaine

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Inauguré par le président Obama il y a un an, le Musée d’histoire et de culture africaine-américaines satisfait une revendication mémorielle de la communauté noire : que son histoire soit racontée à l’ensemble de la nation dans un musée situé en plein centre de la capitale fédérale. La manière dont cette histoire est racontée pose cependant question.

Un an après l’ouverture du National Museum of African American History and Culture (NMAAHC), obtenir un ticket d’entrée reste une gageure tant les visiteurs se bousculent. Trois millions de personnes — deux fois plus que prévu — s’y sont déplacées depuis son inauguration par Barack Obama en septembre 2016. S’il existe environ 200 musées consacrés à l’histoire africaine-américaine aux États-Unis, le NMAAHC fait figure d’exception : il s’agit d’un musée national qui propose à la nation un récit sur elle-même du point de vue africain-américain. C’est ce qu’affirmait Barack Obama en disant que le musée était destiné à « raconter une part essentielle de notre histoire américaine — une part qui a souvent été négligée ».
La construction du NMAAHC est symptomatique de la plus grande reconnaissance de l’histoire africaine-américaine dans l’histoire des États-Unis. De façon parfois paradoxale, le musée expose ainsi au public les profondes réévaluations historiographiques des dernières décennies. Dans un contexte racial très tendu, cette entreprise relève d’une ambition aussi bien scientifique que politique.
Un lieu de mémoire civique
Le NMAAHC s’élève sur le National Mall à Washington, au cœur de ce que l’architecte Pierre Charles L’Enfant en 1791 pensa comme le centre civique et symbolique de la nouvelle nation. Entre l’obélisque célébrant George Washington et la Maison-Blanche, le NMAAHC jouxte les grands musées nationaux et les mémoriaux dédiés aux figures tutélaires des États-Unis. À quelques centaines de mètres, le monument en l’honneur de Martin Luther King avait déjà été inauguré par Barack Obama en octobre 2011. En moins de 5 ans, deux lieux de mémoire spécifiquement consacrés à l’histoire africaine-américaine ont ouvert sur le Mall.
La forme extérieure du musée, inspirée des traditions architecturales africaines et africaines-américaines, présente visuellement la nature de son projet. La silhouette du NMAAHC fait en effet référence à la couronne des colonnes de la sculpture traditionnelle yoruba et contraste avec le style néo-classique des bâtiments de marbre blanc alentours, qui célèbrent la grandeur de la Grèce et de la Rome antiques, et dont certains comme la Maison-Blanche furent construits par des esclaves. De même, les motifs entrelacés sur les panneaux de la façade du musée s’inspirent de la ferronnerie des noirs esclaves et libres de Charleston, Savannah et La Nouvelle-Orléans. Pour son architecte, David Adjaye, la forme même du NMAAHC invite à reconsidérer les liens historiques entre Amérique et Afrique et la place centrale de l’histoire africaine-américaine dans l’histoire des États-Unis [1].
Le projet d’un musée d’histoire africaine-américaine sur le National Mall est ancien. La première proposition en ce sens déposée auprès du Congrès des États-Unis date de 1916. Il s’agissait alors d’édifier un mémorial — à l’architecture néo-classique — en l’honneur des 200 000 vétérans africains-américains de la guerre de Sécession, dont le rôle pourtant essentiel dans la victoire de l’Union en 1865 n’avait jamais été considéré comme digne d’être célébré. Régulièrement refusé, le projet en faveur d’une présence africaine-américaine sur le Mall réémergea avec force à la faveur du Mouvement pour les droits civiques dans les années 1960. C’est d’ailleurs grâce à John Lewis, Sénateur de Géorgie et héros du Mouvement, que la proposition fut définitivement approuvée par le Congrès en 2003 [2].
Depuis cette date, le musée a bénéficié d’un engouement civique inouï de la part d’une partie de la population américaine. Des millions de donateurs, célèbres ou anonymes, appartenant notamment à la classe moyenne africaine-américaine, ont offert au musée de l’argent et des objets personnels, souvent de grande valeur. En conséquence, les collections rassemblées sont très riches : 3 000 objets présentés (40 000 au total), dont la Bible de Nat Turner et les médailles olympiques de Carl Lewis. Que ce soient de riches bienfaiteurs (Oprah Winfrey, Bill et Melinda Gates, Michael Jordan, etc.) ou de grandes entreprises (Ford, Walmart, Boeing, Bank of America, Coca-Cola, Apple, etc.), les dons au musée s’évaluent en dizaines de millions de dollars. Oprah Winfrey a par exemple versé plus de 20 millions de dollars et légué certains objets au musée — ce qui lui vaut une vitrine consacrée à sa célèbre émission télévisée et un amphithéâtre à son nom. L’ampleur de ces donations ne doit cependant pas laisser croire à un engouement sans réserve pour le musée.

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