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Badagry 2017 : Pourquoi Lagos a Piqué l’Idée de la Porte du Retour au Nez et à la Barbe du Bénin

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I. Diaspora Festival Badagry 2017: L’Intel-ligence au Service du Tourisme à Lagos

Le mercredi 3 mai 2017, le gouverneur de l’État de Lagos, M. Akinwunmi Ambode, a accueilli le comité du Festival de la diaspora, Badagry 2017. C’était la première fois qu’un gouverneur de l’État manifeste un engagement et un intérêt effectif pour un festival dont le contenu, le contexte et le concept ont montré tant de potentiels pour ouvrir l’état aux touristes via la ville ancienne de Badagry, depuis bientôt deux décennies.
Le gouverneur a déclaré que Lagos restait la capitale des États noirs dans le monde et que le festival est une aubaine pour l’État dans la liaison avec la diaspora et son retour éventuel. Le gouverneur a exprimé sans équivoque  son engagement à recréer et à développer des potentiels à Badagry et a conseillé la mise en place d’un cadre pour sa pérennisation sur une base annuelle. M. Ambode a ensuite conclu en disant: « Nous appuierons tout ce qui est Badagry! »
On ne peut qu’applaudir la capacité et l’intuition exceptionnelles du gouverneur à déchiffrer les potentiels et les opportunités de croissance et de développement là où d’autres trainent encore les pas. Le festival de la diaspora est un festival particulier,  un phénomène commun  devenu une force motrice du tourisme international dans les états côtiers de l’Afrique de l’Ouest. Au Ghana, on parle de Festival panafricain (PANAFEST); en Gambie, on l’appelle le Festival du Retour aux Racines ; Au Sénégal, c’est le Festival de la Diaspora de Goree, et au Bénin tout près, c’est la Fête du Vodou pour ne citer que quelques-uns.
Les «émigrants» africains ont évolué ont mué en forces économiques, technologiques, intellectuelles et sociales dans leur pays de résidence. Mais, inhérente à la condition de la  diaspora, est la question fondamentale de la discrimination qui aboutit à une nostalgie constante et un besoin de retrouver ses racines ancestrales comme lieu idéal de retour, mais aussi d’engagement pour le développement.
Par conséquent, la Diaspora peut promouvoir le commerce et l’investissement direct étranger, créer des entreprises, stimuler l’esprit d’entreprise, et transférer de nouvelles connaissances et compétences. Dans le monde socioéconomique africain contemporain  marqué par le manque d’investissement et du sens des affaires internationales, le manque de compétences professionnelles et techniques, l’isolement des réseaux mondiaux de connaissances et l’exclusion des chaînes d’approvisionnement mondiales, une politique d’engagement de la Diaspora appropriée et cohérente peut combler ce vide et repositionner l’Afrique à la face du monde. Ce n’est donc pas par hasard que l’Union africaine en 2005 a déclaré la diaspora africaine comme la «sixième région» du continent. Mais il reste encore beaucoup à faire à cet égard pour l’intégration complète de la Diaspora.

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Le Festival de la Diaspora est, en soi, un produit touristique mondial, qui est parfois décrit comme un «tourisme nostalgique». Il célèbre l’identité, la culture, l’histoire, le patrimoine et la tradition d’un peuple donné dans une destination donnée, habituellement dans la patrie primordiale à une période donnée. En d’autres termes, le festival de la diaspora agrège à la fois les ressources culturelles tangibles et immatérielles exprimées dans l’histoire, les artefacts, les monuments, les lieux de mémoire, la religion, l’attraction topographique et l’ambiance rustique environnementale de la patrie comme objets de nostalgie ou facteurs d’attraction pour la Diaspora dans son désir de  retour temporel ou permanent. Le festival est généralement tissé autour de l’histoire tragique de la traite transatlantique des esclaves, comme occasion pour célébrer l’histoire africaine, la liberté et l’accomplissement de la race noire. Dans le milieu africain contemporain, la culture fournit le lien le plus fort entre l’Afrique et sa diaspora et cela est devenu un véritable moyen de construire leurs économies à travers des liens culturels et des reconnexions.
L’adoption du Festival de la diaspora par le gouverneur Ambode, avec la cérémonie symbolique de la porte de retour, par opposition à celle tragique du non-retour, vestige de l’infâme histoire du commerce des esclaves à Badagry, est extrêmement historique. Lagos  sera historiquement reconnu comme le premier État en Afrique à avoir symboliquement ouvert ses portes au retour et à l’engagement de la Diaspora. Dans le développement du tourisme, l’État a besoin d’un tel méga événement que le festival de la Diaspora ou le tourisme de la Diaspora pour conduire et atteindre son objectif de développement touristique tel qu’il figure dans le Plan de développement de l’état de Lagos 2012 – 2015, qui vise à attirer 150 millions d’arrivées annuelles de touristes et  une part de 10% du PNB assignée aux revenus touristiques. Lagos reste l’État le plus doté en termes de ressources touristiques qui, si elles étaient bien exploitées et développées, le catapulteront de sa 5ème position actuelle à la 1ère économie en Afrique dans un avenir proche.
Il existe diverses typologies du tourisme prises en compte par l’État, qui pourraient toutes être développées pour faire de Lagos une destination majeure en Afrique. Il existe des potentiels pour le tourisme aquatique, le tourisme nostalgique, le tourisme de la diaspora, le tourisme de mangrove, le tourisme culturel, l’écotourisme, le tourisme côtier, le tourisme urbain, le tourisme d’affaires, etc., qui peuvent tous être développés en produits touristiques qui seront attrayants pour les touristes.
Lagos est bien positionné pour un développement touristique fantastique et dispose d’un grand potentiel pour devenir une destination touristique majeure en Afrique avec ses indicateurs de performance socio-économique accueillant plus de 2 000 établissements industriels, 10 000 entreprises commerciales, 22 zones industrielles, responsables de 30% du PIB de la nation et représente 80% du trafic aérien national, 70% du fret maritime national et 50% de la consommation nationale d’énergie. De plus, avec une population qui a atteint 20 millions en 2015, selon l’ONU, faisant de Lagos la troisième plus grande ville au monde, et les indices socio-économiques et démographiques énumérés ci-dessus ainsi que les efforts monumentaux de l’administration actuelle pour les infrastructures, le développement, la remise en état des marinas, la sécurité et l’érection de statues de classe mondiale dans les centres stratégiques de l’état, le Gouvernement prépare le terrain à une activité touristique prospère dans l’État de Lagos.

Babatunde Olaide-Mesewaku, depuis Badagry

II. Le Sommeil Culturel et Mémoriel du Bénin

Le Nigeria a inauguré et matérialisé l’idée de la Porte du Retour, lieu d’accueil symbolique des  Esprits des Africains déportés dans le cadre de la traite négrière. Pourquoi le Nigeria et non pas le Bénin qui avait pourtant en la matière une longueur d’avance ?

1. Parce que, comme le montre l’article de Babatunde- OlaIde-Mesewaku, le Nigeria, et plus particulièrement l’État de Lagos ont jeté leur poids dans la balance culturelle ; et l’État de Lagos s’est doté d’une politique touristique et culturelle ambitieuse et intelligente

2.  En vérité si nous avions le sens de nous-mêmes et la suite dans les idées, c’est le Bénin, qui aurait dû réaliser la Porte du Retour, comme suite logique de la porte du non Retour. Au lieu de quoi, nous sommes restés les bras croisés, à nous regarder le nombril, à jouer les géniaux  géniteurs d’un concept inédit et indépassable. Obnubilés par nous-mêmes nous ne savions pas que le monde bougeait autour de nous, que d’autres nations ont compris le rôle moteur de la culture dans le développement, et la place primordiale de la mémoire dans la culture. Résultat, alors que nous avons abrité le plus puissant royaume esclavagiste du golfe du Bénin, pour ne pas dire de l’Afrique, nous voyons l’idée de la Porte du Retour passer devant notre nez et réalisée par le Nigeria.

Puisse cette surprise sonner le glas de notre sommeil culturel et mémoriel. Il faut l’espérer
Aminou Balogun

Nigeria : Festival de la Diaspora Badagry

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