La Vengeance de Houngbédji, les Souffrances d’Adrien

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Après avoir joué son va-tout en allant jusqu’à faire alliance avec Yayi Boni dont il a identifié le camp comme gagnant, au fur et à mesure que le jour du verdict approche, au vu des pronostics, des réactions patriotiques collectives et de la faible popularité de Lionel Zinsou dont la mayonnaise peine à prendre dans le pays, M. Houngbédji, à défaut de se mordre les doigts, vit sans doute dans la hantise de la perte, la crainte de cette fatalité têtue qui le place toujours du côté du perdant aux élections présidentielles. Comme dans un cauchemar éveillé, il doit être en train de se demander dans quelle aventure suicidaire il s’est fourré. Il ressemble à un homme qui, possédé par un obscur démon, a mis à prix son honneur sa fortune, tout ce qu’il est pour un jeu aléatoire à l’issue plus que jamais incertaine.
L’inconscient a des raisons que la conscience ignore. Et le geste affreux de Houngbédji apparaît comme un grand cri surgissant des tréfonds meurtris de son inconscient. L’acte de s’associer avec son voleur de naguère, un régime qui lui a fait voir de toutes les couleurs et que lui-même qualifia de ventilateur, cet acte insensé — même intéressé — est le signe lugubre d’une souffrance. Il s’agit d’un acte à valeur de signifiant au sens lacanien du terme.
En s’associant avec Yayi — un homme dont le naturel désaxé peut lui valoir le pardon d’avoir introduit dans l’arène présidentielle l’alter ego du général Dodds pour se couvrir de ses crimes — M. Houngbédji a fait une formidable régression à la mesure de la profondeur de sa souffrance.
Cet acte manqué ressemble à une fugue d’adolescente. Les psychologues le savent bien, derrière les fugues des adolescentes se trouve une souffrance cachée, refoulée, difficile à exprimer par la parole, et dont la fugue constitue le langage.
En allant embrasser sans autre forme de procès un être politique aussi peu recommandable que Yayi Boni, criblé de crimes et de méfaits, un homme empiriquement infréquentable ; en allant se jeter dans les bras de cet homme qui a ruiné le pays et lui a volé son tour d’être président de la République, Houngbédji crie du fond de son âme la souffrance d’un martyr politique, victime de cabale et d’une haine de soi implacable.
Comment peut-il mieux exprimer la profondeur de cette souffrance autrement qu’en s’offrant, à la première occasion décisive, la dangereuse liberté de se venger, en allant convoler en de si troubles noces avec Yayi Boni et sa clique de renégats ?
L’occasion était trop belle pour que M. Houngbédji ne la saisisse pas. Mais cette beauté pernicieuse se paie au prix d’une forte tension, entre un Houngbédji qui se venge et un Adrien crie sa souffrance de martyr de la haine de soi.
Agossou Banigbé

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