Zinsou vs Adjavon : La Vraie Raison Pour laquelle le Bén- in est « un Pays Formidable »

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La campagne présidentielle s’échauffe et les principaux concurrents croisent le fer à fleurets plus ou moins mouchetés. Lionel Zinsou s’en prend à ASG et ironise sur sa supposée indigence scolaire. Après tout, étranger politique venu de France, il n’a pas tort ; il use des armes qui sont à sa portée. Entre autres tares, les autres l’accusent de ne pouvoir parler aucune langue du pays qu’il aspire à diriger et lui qui a été suffisamment à l’école, leur renvoie la balle et laisse entendre à mots à peine couverts qu’un de ses plus considérables concurrents serait intellectuellement contrarié. A première vue, on pourrait dire que c’est la loi du Talion : œil pour œil, dent pour dent, appliquée sur le terrain rhétorique.
Mais à y voir de près, les deux tares sont-elles équivalentes dans le contexte en jeu ici ? Suffit-il d’avoir inventé la poudre pour être Président de la République ou bien, est-il nécessaire pour ce faire de partager la même identité la même connaissance du pays que ceux aux destinées desquels on aspire à présider ? Cette question nous renvoie au rapport entre le savant et le politique qui, depuis Platon jusqu’à Max Weber, a toujours fait débat. Mais en l’occurrence ici, il va de soi que connaître le pays que l’on veut diriger, ses habitants et leur mentalité et réciproquement être connu d’eux, est la première science exigible d’un futur chef d’État — qu’il soit Africain ou d’ailleurs, du reste.
Au-delà, force est de dire que Lionel Zinsou, comme le montrent ses agissements loufoques sous nos tropiques qui contredisent les pratiques françaises les plus élémentaires, fait semblant d’ignorer qu’en France, il y a eu toujours des hommes scolairement modestes sinon indigents et qui sont devenus chefs d’entreprise ou dirigeants politiques de haut niveau.
Par exemple, M. Bernard Tapis, qui n’est pas ce qu’on peut appeler un modèle d’intellectuel a été ministre. Mais l’exemple le plus illustre qui vient à l’esprit est celui de Pierre Bérégovoy qui pour tout diplôme n’avait que le CAP d’ajusteur ; ce qui ne l’a pas empêché d’être premier Ministre de France de 1992 à 1993 sous la présidence de Mitterrand.
De même, René Monory, plusieurs fois ministre dans les gouvernements de droite, et même ministre de l’éducation nationale en 1986 dans le gouvernement de Chirac ; président du Sénat pendant 6 ans de 1992 à 1998, il est aussi l’un des fondateurs du Futuroscope de Poitiers, ce haut lieu du savoir mondialement connu. Or, celui qu’on appelle affectueusement « le garagiste de Lodun » n’a eu pour seul parchemin qu’un brevet élémentaire qui lui permit de travailler dans le garage de son père en tant qu’apprenti d’abord, puis gérant ensuite.
Donc qu’un Français — au demeurant proche de la gauche caviar en France — vienne faire des piques sur le niveau d’instruction de ses adversaires d’une arène présidentielle où il est entré par effraction en raison de la bêtise triomphante du microcosme politique béninois est d’une mauvaise foi rance.
Ce type d’insinuations dans la campagne électorale est une sinistre diversion. L’élection présidentielle n’est pas un concours de beauté ni physique ni intellectuelle.
C’est l’occasion de rappeler ce que représente l’élection du président de la République, pour que ce moment important dans la vie d’une nation qui se veut résolument démocratique ne sombre pas dans le marais du consensus frauduleux et des détournements sémantiques.
Dans le président de la République nous élisons l’homme qui va nous conduire, comme un berger vers les verts pâturages du bien-être et de l’épanouissement individuel et collectif.
Dans le président de la République, nous élisons le chef d’orchestre qui va harmoniser nos voix, nos mélodies, nos chants et nos rythmes divers — ce qui suppose d’abord qu’il les connaisse.
En France, une ministre de la culture ne vient-elle pas de perdre son poste parce que, entre autres bévues, elle était incapable de citer un seul livre du dernier prix Nobel de littérature Français, Modiano ? Et nous, nous en sommes-là à nous faire imposer un débat absurde consistant à savoir si nous devons accepter comme président un homme qui ne connaît aucune de nos langues nationales, et n’a jamais pour ainsi dire vécu parmi nous ! Alors qu’en France d’où cet homme vient ce genre de questions ne fait pas débat.
Nous élisons dans le président l’architecte de notre maison commune, celui qui doit en concevoir le plan, et en jeter la fondation sur un sol solide qu’il connaît profondément.
Dans le président, nous élisons le capitaine de notre bateau, le pilote du vaisseau national susceptible de nous conduire à bon port, dans la tourmente des tempêtes et des eaux agitées de l’océan du monde, sans se laisser captiver par des Sirènes aux aguets
De toutes ces figures équivalentes du président de la République, comme on le voit, la dimension spéculaire, de la ressemblance, des valeurs intériorisées et de l’identité nationale vient en premier et ne saurait être passée en pertes et profits. Ensuite vient la triple exigence de l’insertion, de l’expérience, et de la capacité politiques, qui est garante du savoir faire dans le domaine de la gestion des hommes et des biens.
Sur tous ces critères, Monsieur Lionel Zinsou, comparé à ses concurrents comme Abdoulaye Bio Tchané, Pascal Irénée Koupaki, Patrice Talon ou Sébastien Adjavon, etc., est à l’évidence un nain grimaçant qui veut s’imposer par coup de force politique et par la puissance frauduleuse de l’argent ; raison pour laquelle il détourne le débat vers une thématique spécieuse — la qualité du cursus scolaire. Mais le procédé de ce détournement, dans sa subtilité retorse est d’une audace pour le moins stupéfiante. « On est dans un pays formidable, » attaque Monsieur Zinsou sans rougir, « un pays où on peut ne pas faire d’études et diriger une entreprise. Un pays où on peut même ensuite prétendre aux plus hautes responsabilités« . Ruse rhétorique pour exorciser son intrusion politique, se naturaliser dans un cénacle présidentiel où on fait figure d’étranger politique ou bien mauvaise foi notoire et caractérisée ? Car les nombreux exemples de self-made-men français qui sont parvenus au sommet de la vie économique et politique de leur pays sont là pour prouver que la France est aussi sous le rapport indiqué, un pays formidable. En revanche si le Bénin est un pays formidable, c’est pour des raisons que la rhétorique captieuse de Zinsou essaie piteusement de dénier : nous sommes le seul pays au monde où un étranger politique peut s’arroger les chances d’être élu, et suggérer à l’intelligence collective les conditions requises pour être président.
Adenifuja Bolaji
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