CPI, Buhari Népotisme Transmission

Depuis son élection en 2015 à la tête du Nigeria, la plus grande passion de Buhari est le népotisme. Cela se traduit surtout par les nominations systématiques et frénétiques de Nordistes musulmans — à commencer par les membres de sa tribu — à tous les postes clés des agences administratives, sécuritaires et économiques de l’Etat fédéral. Ce népotisme aveugle construit autour du plaisir de la chaleur ethnique et religieuse partagée, de la politique en tant que moyen de bien vivre le temps d’une vie, ce travers antinational et irrationnel d’un autre temps n’a aucune grâce pour l’idée nationale pourtant inscrite dans la constitution qui met l’accent sur le caractère fédéral obligatoire de tout acte ou décision gouvernemental. Pour Buhari, c’est le Nord musulman ou rien. Et c’est cet aveuglement népotiste qui vient d’être sanctionné au niveau international à travers le cinglant désaveu infligé au Nigéria par la CPI où un juge nigérian nommé par Buhari était en lice dans le cadre du renouvellement du tiers des postes de juges de cette institution.

Le népotisme est, chez M Buhari, une seconde nature. Ce travers a été relevé par nombre d’acteurs politiques et observateurs, qui n’étaient pas toujours tous du Sud chrétien. Et pour parler de la sphère politique proprement dite, il n’est pas jusqu’à son illustre prédécesseur, M. Obasanjo, qui ne s’en est ému à maintes reprises, notamment en estimant dans une lettre ouverte à M. Buhari que nommer plus de 95% des postes sécuritaires dans la seule région du Nord était une entorse au caractère fédéral et à l’unité nationale. Mais rien n’y a fait. Le vieux bigot a son idée à lui du Nigeria. Peut-être estime-t-il que les Nordistes sont structurellement désavantagés et que le népotisme est le seul moyen de compenser ce déséquilibre hérité de l’histoire. Mais le népotisme ce n’est pas seulement l’injustice nationale qu’il induit ; c’est – aussi- fait plus grave — l’absurdité des pratiques et de ses conséquences sur le plan concret de la gouvernance. Si vous nommez un illettré ministre de l’éducation, si vous nommez un charlatan ministre de la santé, si vous nommez un garagiste ministre de l’industrie tout simplement parce qu’ils sont de votre religion et de votre région, très vite vous en verrez les conséquences concrètes sur la gouvernance du pays.

Les Nigérians, qui en ont fait leur choux gras, se souviennent du spectacle pathétique de l’Inspecteur Général de la Police Ibrahim Idriss, incapable de lire un discours devant le public, et marmonnant sans arrêt le mot « transmission », au point de passer dans les mémoires comme Mister « Transmission » Et ce exemple pathétique d’incompétence induite par les nominations népotistes n’est que le petit bout d’un iceberg qui tire le Nigeria vers le bas, malgré ses atouts incomparables !

Mais n’en déplaise, la chose est plus forte que M. Buhari qui ne peut s’en empêcher. La dernière tentative du genre vient de lui brûler les doigts, ternissant par ricochet l’image du Nigeria. Il s’agit de son candidat nominé à la CPI. Monsieur Ishaq Bello, nordique musulman bon teint conforme au canon népotiste de Buhari s’est cassé la figure lors du vote effectué par la CPI. Le chouchou de Buhari n’a récolté que 5% des voix ! Selon les résultats du vote, M Bello a obtenu 12 voix sur un total de 117 voix au premier tour, se plaçant avant dernier juste avant le candidat de la République du Congo. Au second tour, il a fait pire avec seulement 5 voix sur 110, soit un score de 4,5%.

Quelle catastrophe diplomatique pour un pays prétendument grand comme le Nigeria ! Première démographie du continent, première économie, grâce aux pétrodollars. Ce n’est pas faute du reste que le journal Premium Times n’ait mis en garde contre le risque de ce désaveu, en reportant comment un comité de la CPI avait précédemment classé M. Bello en très mauvaise position parmi les 20 juges nominés en octobre et comment sa mauvaise performance pouvait compromettre les chances du Nigeria. Mais, aveuglé par son népotisme, M. Buhari n’a pas tenu compte de ce signal d’alarme pour changer son fusil d’épaule pendant qu’il en était encore temps. Tout à son hubris, le vieux bigot a cru que la CPI danserait au son de sa musique népotiste. Selon l’avis préalable de la CPI, le candidat nigérian manquait de connaissance sur le fonctionnement de l’institution judiciaire internationale. On ne saurait être plus clair. Comme à son habitude à l’intérieur du pays, M Buhari a voulu nommer un homme qui n’est pas à la hauteur mais dont il pense que la seule extraction régionale et religieuse suffisait largement à convaincre de sa compétence. L’habitude est une seconde nature, mais les mauvaises habitudes ont leurs limites : elles ne peuvent avoir droit de cité partout et tout le temps ! Il est à espérer que les émissaires de Buhari lui feront une bonne « transmission » de cette cruelle déconvenue.

Attahiru Balewa

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