L’Afrique et ses Frontières : Histoire d’un Morcèlement Exogène Absurde

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L’Afrique souffre, depuis les indépendances, de conflits qui ont émaillé son histoire contemporaine. La persistance des conflits dans cette région du monde puise sa source dans l’existence de différends frontaliers entre plusieurs pays, la répartition inéquitable des ressources naturelles et la lutte pour le pouvoir. Cette situation a été favorisée par la fin de la guerre froide, dont les implications internationales ont complètement changé la nature des conflits africains. La problématique des frontières se trouve à l’origine de la plupart des conflits qui secouent l’Afrique et des crises humanitaires qui en découlent.

Pour comprendre la persistance du désordre frontalier et ses conséquences actuelles en Afrique, il faut aller à l’origine du tracé de la carte des états africains. C’est cette brève histoire que relate le document vidéo suivant.

Étudier de manière dépassionnée la question des territoires et des frontières contemporaines de l’Afrique subsaharienne reste une démarche encore nouvelle [1][1]C’est néanmoins depuis quelques années le projet de l’équipe de…. Cette question a longtemps relevé du « tabou historiographique » (Lefebvre, 2004), construit comme tel par des discours plus idéologiques que scientifiques. Le principe de l’uti possidetis juris, qu’a consacré en 1964 la résolution de la jeune Organisation de l’unité africaine (OUA) sur l’intangibilité des frontières issues de la colonisation, a souvent été présenté comme l’origine de la plupart des maux de la postcolonie, les États indépendants ayant hérité des frontières artificielles et arbitraires, ingouvernables en ce qu’elles auraient rompu avec les dynamiques sociales et politiques africaines. « Le problème de fond pour sortir l’Afrique de ses malheurs », considérait ainsi le géographe J.O. Igué, « est celui de la gestion de l’héritage colonial à travers les frontières léguées par la colonisation » (Igué, 1995). Ce paradigme s’inscrit dans une historiographie militante, pour laquelle l’investigation scientifique du moment colonial semble s’apparenter à une démarche politique. L’échelle continentale ou sous-régionale de la plupart de ces études sur les frontières le traduit, et d’un point de vue méthodologique, a empêché des études approfondies sur les frontières et les territoires en cause. Lors du colloque organisé à Bamako par l’Unesco en 1999 sur le thème « Frontières en Afrique du XIIe au XXe siècle », plusieurs historiens ont appelé à une révision des frontières et à « sortir de la conférence de Berlin par la grande porte pour renouer avec la dynamique interne des populations » (Barry, 2005).

2S’éloignant de cette posture qui permet peu de comprendre la complexité et l’historicité des constructions frontalières, le colloque «?Frontières et indépendances en Afrique?» qui s’est tenu à Paris en mai 2010 a interrogé précisément la période de la transmission des territoires et des frontières issus du dispositif colonial. II nous avait semblé important non pas de proposer un «?bilan?» de ces questions depuis l’indépendance mais bien d’explorer, en historien, ce qui se noua et se dénoua à un moment précis de la «?situation coloniale?» et des premières années du changement de souveraineté. Car ces transmissions furent loin d’être mécaniques?: la résolution de l’OUA de 1964 n’entérinait et ne fixait qu’un des scénarios envisagés, au terme du temps d’incertitudes et de possibles qui a caractérisé la période du processus d’autonomisation.

3Depuis une quinzaine d’années, des travaux d’histoire sociale ont largement contribué à renouveler l’analyse de cette période. Rompant avec l’approche téléologique de l’histoire nationaliste, ils ont permis d’en restituer le caractère indéterminé et ouvert, replaçant les indépendances non pas comme l’aboutissement d’une progression linéaire et d’une mobilisation nationaliste mais plutôt comme le résultat d’un concours de circonstances, le fruit du succès de coalitions et de machines politiques (Cooper, 1999). L’étude des frontières est restée un angle mort de la recherche sur ces processus. La question a parfois été soulevée dans des travaux sur le panafricanisme, la balkanisation, l’intégration régionale, relevant pour la plupart d’une histoire politique «?par le haut?». Mais l’évaluation de la place des enjeux territoriaux et frontaliers dans les processus de décolonisation, et la façon dont une diversité d’acteurs s’en est saisie pour peser dans le jeu politique à différentes échelles, sont des objets encore peu investis. Pourtant, la question du territoire s’est posée très fortement, que ce soit autour des débats, officiels ou clandestins, sur l’avenir des configurations territoriales coloniales dans les années 1950 ou sur l’intangibilité des frontières dans les années 1960. En tant que lieu d’exercice et pôle de légitimation de la nouvelle souveraineté politique, le territoire et les frontières qui le délimitent méritent d’être interrogé de manière centrale.

4Le moment des «?indépendances?» africaines pouvait appeler des études aux chronologies décalées (anciennes colonies portugaises, par exemple) et aux situations de domination différenciées (cas de l’Éthiopie/Érythrée). À l’exception de Djibouti néanmoins, les contributions du colloque ont toutes porté sur les années 1950-1960. Si une partie de la réflexion d’ensemble s’en est certainement trouvée lésée, il reste que la cohérence temporelle a permis une exploration fine du contexte historique de ces deux décennies et a favorisé les mises en comparaison des différentes études de cas. Dans le cadre de cet article, il n’est pas possible de revenir dans le détail sur l’ensemble des communications [2][2]Une publication d’une sélection des articles est en cours de… et des discussions qu’elles ont suscitées [3][3]Initiées et stimulées par les interventions des discutants?:…. Il s’agit plutôt de présenter une série de réflexions qui semblent particulièrement émerger de la mise en perspective des différentes études présentées lors de ce colloque.

Un temps des possibles et de la créativité territoriale

5La première entrée correspond à l’identification de ce temps liminaire d’ouverture du débat territorial. Plusieurs communications ont porté sur des projets de restructuration territoriale et frontalière au cours des années 1950, élaborés et soutenus par différents types d’acteurs, africains, diasporiques et métropolitains. Une partie de ces projets a pu être étudiée grâce à l’usage de sources inédites et locales, orales et écrites, permettant le renouvellement des approches et des savoirs sur le sujet. Et, en effet, la question des formes et des limites qu’allaient prendre les territoires a donné lieu à un intense travail d’imagination, d’action institutionnelle, de débats intellectuels en Afrique et dans les métropoles (Kramsh, 2010) et, plus rarement, de mobilisation armée.

6Parmi ces acteurs de la création territoriale, se trouvent les pouvoirs coloniaux. Il est important de garder à l’esprit que la production territoriale et frontalière coloniale ne s’est pas achevée avec les missions de délimitation et les accords diplomatiques de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, comme le montraient par exemple la redistribution des anciens territoires coloniaux allemands à la suite de la première guerre mondiale (Yaouba, 2010), ou la «?reconstitution?» de la Haute-Volta en 1947 (Hien, 2010). Cependant, les nouveaux scénarios territoriaux sont devenus plus nombreux à mesure que s’amorçaient les processus d’autonomisation à la fin des années 1950. L’autonomisation pressait en effet les pouvoirs métropolitains à envisager autrement les conditions de leur présence en Afrique, et à faire du territoire un argument de négociation, éventuellement électorale. Pour garantir leurs intérêts économiques au Nigeria, les Britanniques ont ainsi cherché à maintenir la cohésion de la colonie et à agrandir les frontières du futur État en œuvrant pour l’annexion des territoires sous tutelle du Cameroun administrés par le Nigeria depuis 1916 (Hiribarren, 2010). En AOF, qu’il ait été question du projet structuré d’un Sahara français, avec l’Organisation commune des régions sahariennes (OCRS) entre 1954 et 1957 (Lecoq, 2010), ou d’un marchandage clandestin passé avec les élus politiques de Casamance à l’occasion du référendum de 1958 (Awenengo, 2010), les pouvoirs français pensaient, à tort, pouvoir jouer sur l’existence, chez les élites touaregs ou casamançaises, d’une représentation alternative au cadre territorial (et identitaire) de la colonie. Si ces projets ont cherché à servir des intérêts métropolitains, publics et/ou privés, d’autres ont émergé plus directement des arènes sociales et politiques africaines. Les élites Ewé à la frontière du Togo et du Ghana (Skinner, 2010), ou celles du royaume Sanwi de Côte d’Ivoire (Bertin, 2010) ont ainsi porté des imaginations et des revendications de (re)créations territoriales. Aux frontières ouest du Kenya, un travail réflectif – et cartographique – sur de possibles «?souverainetés alternatives?» s’est également développé à la même époque sous l’impulsion de militants locaux réévaluant les frontières coloniales (MacArthur, 2010).

7Mais ces projets ont rarement suscité une large mobilisation politique, ce qui interroge nécessairement les conditions de ces mobilisations et l’existence, dès les années 1950-1960, de base sociale pour un soutien populaire voire «?national?». Ce fut le cas au Katanga, comme l’observe Miles Larmer dans une recherche à rebours des lectures classiques de ce séparatisme – généralement considéré comme le fait quasi exclusif de l’action de lobbys coloniaux belges et des multinationales minières instrumentalisant les gendarmes katangais.

8Engagés ou seulement imaginés, aboutis ou inaboutis, exogènes ou endogènes, les scénarios alternatifs ont laissé des marques dans les imaginaires sociaux des groupes et des espaces qui les ont portés – empreintes ayant pu, éventuellement, servir à des mobilisations ultérieures (Awenengo, 2010). Les projets panafricanistes et fédéralistes (Nutefé Tsigbe, 2010) n’ont donc pas été les seuls à alimenter les débats sur les frontières, face au modèle stato-national issu du cadre territorial colonial [4][4]À partir de 1961, ils sont respectivement portés par le Groupe…. Ces luttes d’idées correspondaient aussi à des jeux d’alliances, articulant différentes échelles et enjeux politiques (intérieurs, sous-régionaux, continentaux et internationaux). Certains pays, comme la Haute-Volta, ont un temps maintenu une position double?: favorable au statu quo frontalier, elle procéda en même temps à l’abolition symbolique de la frontière du Ghana et de la Haute-Volta dans la perspective de jeter les bases des États-Unis d’Afrique – jusqu’au conflit frontalier de 1964 (Hien, 2010).

Des territorialités coloniales plurielles et centrales

9Une deuxième série de réflexions importantes aborde la place centrale qu’a pu jouer la territorialité coloniale, autant pour les tenants du statu quo frontalier que pour ceux qui ont aspiré à la reconnaissance de figures territoriales alternatives. S’ils se sont référés à d’autres temporalités, plus anciennes, les projets Sanwi, Ewé – mais aussi Katangais – ont tous puisé dans des territorialités issues de l’entreprise coloniale. Les envoyés du royaume de Sanwi venus négocier avec la France firent valoir des traités passés au XXe siècle, ce qui leur permettait de combiner différents régimes et temps de légitimité (coloniale et royale). De même, sous le couvert de «?retrouver?» l’unité perdue des Ewé, ce n’était pas un territoire Ewé auquel aspiraient les élites Ewé du Togo de la fin des années 1950 mais la réunification du Togoland. Intégrant une partie de la Gold Coast, le Togoland ne regroupait pas l’ensemble des Ewé et rassemblait Ewé et non-Ewé. La légitimité de la frontière coloniale allemande a été brandie contre celle, ultérieure, de la frontière franco-anglaise. Il s’agissait peu du désir de «?renouer?» avec des dynamiques africaines qui auraient été ante coloniales. Il importe de comprendre, au contraire, que les trajectoires des sociétés africaines frontalières et leurs dynamiques internes se sont façonnées dans la situation coloniale (Balandier, 1951) qu’elles avaient participé à produire.

10Le recours à ces anciennes territorialités et contractualités coloniales a certes été d’un usage discursif – et éventuellement juridique – stratégique. Mais il a également correspondu à la difficulté qu’éprouvaient les acteurs à penser le territoire en dehors du cadre de la colonie – qui intégrait les territorialités locales, les niveaux infra-territoriaux du maillage administratif – et traduit la pauvreté du langage politique des dissidents, enfermés dans la grammaire territoriale de l’État-nation (Deleuze et Guattari, 1991) (Appaduraï, 2001). Comme le faisait remarquer Michel Cahen (discutant), leaders dissidents et nationalistes ont eu des trajectoires sociales et scolaires peu diversifiées?: bien qu’ils aient fait valoir des projets concurrents, ils partageaient le même registre d’imaginaire territorial et national.

11Il ne faudrait cependant pas évacuer l’idée d’une prise du cadre territorial colonial hors du seul champ des élites nationalistes légalistes. Ce cadre a pu être matriciel de sentiments d’appartenance pour les populations, ou n’être pas frontalement remis en cause en tant que territoire. Les zones frontalières apparaissent comme des sites d’observation particulièrement pertinents pour l’évaluer, si l’on considère leur situation de périphérie par rapport aux espaces centraux du pouvoir – qui sont souvent les espaces primordiaux des processus de construction nationale. L’étude de la frontière entre le Niger et le Soudan et des Touaregs de la vallée de l’Azawagh s’étendant de part et d’autre de la dyade étudiée montre que les populations ont joué un rôle actif dans l’accession à l’autonomie. L’intériorisation des catégories «?nationales?» dans leurs pratiques quotidiennes peut se mesurer dès l’indépendance, nonobstant les socialisations transfrontalières et l’histoire plus longue dans lesquelles elles s’inscrivaient (Grémont, 2010) – les identités ne s’excluent pas, en effet, les unes des autres.

12Aussi, l’utilisation de la frontière et des liens transfrontaliers comme ressource politique pour les acteurs qui y vivaient au moment des indépendances n’a pas nécessairement porté la critique radicale du territoire colonial/national. En témoignent les relations de coopération frontalière entre les deux mouvements dissidents, le Nepu au Nigeria, l’UND-Sawaba au Niger étudiées par Klass Van Walraven. Si ces mouvements, ayant le «?petit peuple?» pour base sociale, ont un temps joué avec la question d’un changement des frontières d’État, c’est la lutte contre le pouvoir du centre et surtout contre celui de la puissante aristocratie Haoussa-Fulani de la zone frontalière qui constituaient leur principal objectif politique et social et le ferment de leur entraide jusqu’au milieu des années 1960. Il ne s’agissait donc pas de refonder de nouvelles bases territoriales mais de renverser les rapports de domination et de proposer un nouveau projet de société. Ce travail, et d’autres, invite ainsi à considérer les zones frontalières comme des espaces comme les autres, c’est-à-dire des espaces également marqués par l’hétérogénéité sociale et identitaire. Ils font coexister plusieurs régimes d’intelligibilité de la frontière, fonction de positions politiques et sociales différenciés.

Verrouillage du pouvoir et des débats territoriaux

13À partir du moment où l’indépendance est apparue comme une perspective proche, la question territoriale a revêtu une importance accrue dans le jeu politique. Le territoire n’a plus été l’espace flou des luttes sociales et anticoloniales, menées en partie au niveau fédéral, voire impérial. Dans l’Union française, la mise en place des assemblées territoriales avait fait de la colonie une unité de représentation politique fondamentale, un espace d’accessibilité du pouvoir pour les élites politiques?: l’assemblée territoriale et le conseil du gouvernement étaient à présent élus par un électorat territorial. Poussée par la métropole qui y a perçu une meilleure formule pour garantir ses intérêts, la territorialisation a eu un effet décisif dans la création d’États-nations hérités du dispositif colonial (Cooper, 2010). En effet, remettre en cause les territoires c’était risquer de remettre en cause le lieu matériel de l’exercice du pouvoir, la légitimité des nouveaux leaders et leur position politique de premier plan. La perspective de l’acquisition de la souveraineté formelle a donc crispé le débat, incitant les leaders à en garder le monopole et, pour la majeure partie d’entre eux, à s’engager du côté de la préservation des cadres territoriaux coloniaux, même si certains n’excluaient pas encore des échelles supérieures de structuration (fédération africaine, communauté franco-africaine).

14Au moment des indépendances et de l’adoption de la résolution de l’OUA sur l’intangibilité des frontières (Touval, 1967) [5][5]Les débats (et les archives) ayant mené à cette résolution ont…, on peut donc considérer que la carte politique de l’Afrique qui s’est dessinée et s’est confirmée est en large partie le produit de la réussite d’un segment des élites politiques dans leur conquête du pouvoir, et dans leur lutte, non pas seulement contre le colonialisme mais aussi contre leurs opposants et rivaux politiques.

15Dans les espaces frontaliers des nouveaux territoires indépendants, la crainte du gouvernement par le centre, qui pouvait être considéré comme un gouvernement plus étranger que celui des anciens colonisateurs (Larmer, 2010), l’affaiblissement des positions des notables, des élus et/ou de l’ancienne élite coloniale locale a ainsi parfois pesé plus que la question de l’intangibilité des frontières (Y. Bertin, V. Hiribarren, A. Yaouba). Le problème n’était donc pas seulement (ou toujours) un problème de frontières internationales mais aussi (ou surtout) une question de distribution du pouvoir dans le nouveau territoire national. Au Kenya, si les frontières coloniales ont été finalement conservées à l’indépendance, cette période a correspondu à un temps de renégociation intense des frontières internes, autour des questions de l’ethnicité et de l’autochtonie et des revendications locales sur l’administration et la gestion du foncier (Wekesa et Médard, 2010). Au Nigeria, les groupes ethniques minoritaires réclamaient également la création de nouveaux États afin de ne pas se trouver en minorité dans les trois régions du futur État, dominées par les Hausa, les Yoruba et les Igbo. À l’indépendance, les velléités sécessionnistes ne venaient donc pas des Igbos du Biafra – qui revendiqueront l’autonomie dans un autre contexte à la fin des années 1960 – mais des élites du nord – et correspondaient plutôt à une stratégie de positionnement, dans le marchandage politique avec l’État fédéral (Hiribarren, 2010).

16Dans ce nouveau contexte, complexifié par la donne internationale des allégeances Est/Ouest, vouloir modifier l’organisation territoriale ou transgresser les frontières a été assimilé à des opérations de subversion d’un pouvoir d’État installé comme légal et légitime. Au Sénégal, Senghor ne craignait pas tant des velléités séparatistes en Casamance que l’alliance entre la Guinée et les partis sénégalais clandestins qui contestaient son pouvoir et avaient fait des régions frontalières du sud leur terrain d’action (Awenengo, 2010). Si les nouveaux États n’en avaient ni les moyens financiers ni la capacité logistique, le contrôle des frontières a constitué l’un des enjeux de l’indépendance. Ce fut notamment le cas du Lesotho, totalement encastré dans le territoire de l’Afrique du Sud, qui a dû négocier et lutter pour son existence et sa souveraineté avec le régime d’apartheid (N’guia Kahma, 2010), une négociation qui s’inscrivait dans une histoire longue des rapports entre les deux colonies (Coplan, 2010).

17Ces modalités du contrôle du territoire, qui informent sur la construction de l’État et sur sa nature (Zolberg, 1983) (Caplan et Torpey, 2001), traduisent le besoin des États territoriaux de distinguer les différentes populations, de nommer les citoyens et de désigner les étrangers [6][6]Se substituant, dans une certaine mesure, à la distinction… (Mamdani, 2004), comme le montre Simon Imbert-Vier dans son étude sur Djibouti. Les indépendances africaines ont ainsi inauguré les processus d’institutionnalisation du territoire et de la nation (Brubaker, 1996) qui s’observent notamment à travers la production des documents identificatoires et des réglementations sur les migrations [7][7]Ce champ d’études des frontières juridique et identitaire, de…. Ces procédures marquaient clairement la distance prise, par la plupart des États, avec le projet panafricain et/ou avec l’idéal progressiste de refonder les rapports de pouvoir et les sociétés africaines, qui avaient alimenté une partie des débats des années 1950-1960.

18Les études présentées lors de ce colloque confirment une nouvelle fois l’intérêt scientifique de combiner des approches d’histoire sociale et politique et de pratiquer le jeu d’échelles, parfois «?au ras du sol?» (Revel, 1989). Dépassant la narration centrale des pères de l’indépendance, ces approches permettent de saisir les historicités et les intelligibilités plurielles des questions territoriales et frontalières qui se sont posées à l’indépendance. Ces travaux ne suffisent pas à en épuiser les problématiques mais ont plutôt engagé une série d’interrogations et de nouvelles perspectives qui mériteraient d’être développées au-delà des agendas commémoratifs. L’enjeu est aussi de mieux comprendre les questions territoriales et nationales ultérieures?: autant, sinon plus, que l’ensemble du colonialisme, la période des indépendances, parce qu’elle a correspondu à un temps inédit de possibles et de compétitions sociales et politiques, a été particulièrement matricielle des dynamiques contemporaines (Cooper, 2005).

Notes

C’est néanmoins depuis quelques années le projet de l’équipe de recherche Frontafrique au sein de laquelle les organisatrices du colloque «?Frontières et indépendances en Afrique?» développent leurs travaux et du groupe Aborne, réseau international de recherches sur les frontières africaines.

Une publication d’une sélection des articles est en cours de préparation. Les noms des intervenants sont indiqués entre parenthèses dans le texte lorsqu’il est fait référence aux travaux qu’ils ont présentés lors du colloque.

Initiées et stimulées par les interventions des discutants?: Pierre Boilley, Michel Cahen, Paul Nugent, Laurent Fourchard. Les présidents de séances – Ibrahima Thioub, David Coplan, Michel Foucher, Catherine Coquery-Vidrovitch – ont également contribué à l’animation de ces débats.

À partir de 1961, ils sont respectivement portés par le Groupe de Monrovia (statu quo frontalier) et le Groupe de Casablanca (fédéralisme et panafricanisme). Ces groupes rassemblaient la parole autorisée, bien que concurrente, de leaders d’États indépendants ou en voie de l’être.

Les débats (et les archives) ayant mené à cette résolution ont été très peu étudiés, ce qui semble étonnant compte tenu de son importance et des prises de positions qu’elle a suscitées.

Se substituant, dans une certaine mesure, à la distinction coloniale entre «?citoyens?» et «?sujets?».

Ce champ d’études des frontières juridique et identitaire, de leurs variations et applications reste encore largement à parcourir en histoire contemporaine de l’Afrique.

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