Aya mi owon ou l’Amour sans Frontière au Temps du Fayawor

blog1.jpg

MADAM DEAREST (AYA MI OWON est une parabole de la communauté de destin régionale des pays du golfe du Bénin. Un rubis de souffrance et de tragédie enchâssé dans l’écrin d’airain de l’amour ballotté sur les rives cruelles de l’espérance. De quoi s’agit-il ? En fait l’histoire dans sa progression narrative est avant tout l’histoire continument tragique d’un couple Biodun et Bukola, qui, après 8 ans de mariage languissait d’avoir leur premier enfant. En raison de son caractère irascible, et de son tempérament colérique,  Biodun se retrouve pris dans l’engrenage d’un crime qui lui fut crapuleusement collé sur le dos. Victime des circonstances et des effets absurdes d’une société aussi injuste que violente, malgré son ironique sagesse mâtinée de naïveté Biodun sera condamné à 85 ans de prison. Bukola se retrouve seule mais tient haut dans son coeur le flambeau de l’amour pour son mari et le désir de lui donner un enfant. Mais la pression de sa famille et surtout de  la tyrannique Seyi son amie  finira par avoir raison de sa fidélité. Celle-ci, avec son réalisme dévergondé  lui imposera  Daniel, le boy Ghanéen de la maison, comme substitut réaliste à son mari, considéré comme perdu pour toujours. Et bien que cette proposition démentielle horrifia Bukola et tint Daniel – un jeune homme sensible, diplômé d’université – sous le choc un certain temps, elle finit par faire son chemin. D’abord dans les corps, puis dans les cœurs. Daniel et Bukola tombèrent amoureux, et un enfant naquit de cet amour. L’enfant fut d’abord nommé Kofi, Kofi Junior. Le couple putatif vivait dans le bonheur, et le passé paraissait révolu. Mais voilà qu’un beau jour, Biodun apparaît, libéré de prison sur confession du vrai meurtrier. Et le bonheur bascule dans le désarroi d’un rêve, dans l’irruption de la loi de la réalité, ses rigueurs et ses contraintes. C’est à partir de là que Kofi deviendra Opémipo, de la bouche de Biodun qui se laissa vite, trop vite persuader qu’il est son géniteur. Et c’est là où la narrativité parabolique prend le pas sur la narrativité progressive du récit. Car Kofi, dont le père biologique a voulu le faire passer de force vers son pays d’origine, perdra la trace de celui-ci et sera adopté, à la suite de tragiques vicissitudes, par une famille béninoise. Il s’appellera alors Dossu Gandonou. La vie est faite de vicissitude et de changement. Daniel, l’ancien étudiant houseboy à Lagos deviendra Ministre de la jeunesse et des sports dans son pays d’origine. Dans ce même Ghana où le sort conduit le jeune Dossou à l’université d’Accra. Et c’est là aussi que de fil en aiguille, le destin faisant son œuvre comme une araignée sa toile, Dossou alias Kofi alias Opemipo, apprendra en leur présence et dans la bouche de son père qui la raconte en abyme la véritable histoire d’amour et de souffrance de ses parents biologiques.



Cette oeuvre du cinéaste nigérian Tade Ogidan est poignante. Pleine de vie, d’humour, de souffrance et d’espérance aussi. Elle fait partie de la catégorie Nollywoodienne du Yoruba movies. Et l’une des clés de cette parabole se trouve dans le rayonnement historique de la culture et de la langue yoruba, qui a exercé historiquement une grande influence dans l’aire géographique du Golfe du Bénin, d’est en ouest et de la côte jusque sur ces limites nord à Ilorin. Et ce parler yoruba dans ses modulations vivantes est mis en scène avec humour et pertinence dans le film. Le langage narratif est marqué par l’immersion dans le détail, qui brode les infinis motifs de la souffrance  humaine, face à l’ineffable de la tragédie. Madame Dearest AYA MI OWON est une parabole de la communauté de destin des peuples du golfe du Bénin, de leur fraternité historique qui transcende les frontières et des cloisonnements idiots hérités de l’histoire. Et dans cette communauté de destin, un personnage historique  prend toute sa place de vecteur historique de fraternité : il s’agit du Yoruba comme langue et comme culture vivantes.

Un film à voir, une histoire à méditer…

Adekoya Badero

copyright5

 

2 commentaires

  1. Merci a Binazon Avekes pour ce partage.

    Tade Gidan a été très bien inspiré de toucher du doigt les pbs sociaux générés par le Fayawor et les tourments du destin que nul ne maîtrise.

    Ce film doit etre insoutenable psychologyquement par moment, mais n’est ce pas CE que nous recherchons au cinéma ? Les scènes magiques, irreelles, le beau, les frissons parfois…

    Les spectateurs en auront certainement chacun pour leur compte…

    Michèle Abegnonhou

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s