Nigeria : Buhari et la Stratégie d’une Victoire Impossible

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La curieuse méthode de compte rendu des résultats des élections présidentielles au Nigeria laisse perplexe. Elle suit une stratégie géographique pour le moins suspecte. On a d’abord commencé par donner les résultats dans le sud-ouest où, à la faveur de quelques bastions de gouvernorat conquis non sans controverse, on compte sur  l’idée que toute victoire de Buhari sur Atiku dans cette partie du pays serait recevable par l’opinion, vu l’influence majeure du numéro un de son parti, Ahmed Bola Tinubu, l’une des grandes figures politiques yoruba du moment. Et le consensus  frauduleux a été assené bien que les différences de score entre les  deux grands rivaux dans cette région soient souvent dans un mouchoir de poche.

Cette mystification réalisée, on fait silence sur le Centre du pays où Buhari, en raison des massacres quotidiens perpétrés en toute impunité par les bergers de son ethnie peule, est loin d’être en odeur de sainteté, et on ausculte à tâtons quelques zones du Nord-est-du pays où, à coup de malversations et de corruption plus ou moins audacieuses, on a pu assurer la victoire de Buhari sous prétexte que son épouse, Aïsha Buhari, originaire du Nord-est y exercerait quelque influence dans les cœurs des populations, comme si elle se confondait avec son mari et en dépit du fait qu’Atiku est lui-même originaire du Nord-est.

Mais depuis le décompte des voix état par état qui traîne à n’en plus finir, on évite soigneusement de donner les résultats du Sud-sud et surtout du Sud-est où la victoire de Atiku est assurée à une écrasante majorité.

Cette stratégie est douteuse : il s’agit de montrer que sur la diagonale résiduelle c’est Buhari qui  l’emporte et que, si sur la diagonale des forces chacun des candidats l’emporte au sommet correspondant à son fief ou à celui de son colistier, Buhari a gagné sinon plus d’Etats du moins globalement plus de voies. Dans cette stratégie fumeuse, l’ordre de publication des résultats est très important, car il s’agit de faire passer au début les points douteux, des victoires obtenues au forceps de la malversations dans des zones d’alliance (aussi bien politique que matrimoniale) et ensuite une fois ces victoires douteuses engrangées et que le venin de leur principe est inoculé à l’adversaire, avec calme et sérénité, prenant à partie le bon sens national voire international, on opposera la force démographique et l’étendue de la région acquise à Buhari, à la modestie des régions correspondantes de son adversaire. Et le tour sera joué.

Le PDP qui n’est pas né de la dernière pluie et qui a géré le pouvoir pendant seize ans, a bien compris le danger de la stratégie qui, très vite, sans attendre la fin du scénario, a contesté les résultats  initiaux donnés par l’INEC.

Espérons que sa protestation sera entendue. Quoi qu’il en soi, on avouera que traîner aussi longtemps pour donner le vainqueur dans une élection qui a eu lieu le samedi 23 février alors qu’on prétend utiliser des instruments électroniques informatisés est tout de même curieux… Jonathan n’a pas attendu aussi longtemps en 2015 pour accepter sa défaite…

Adékoya Badéro

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