Les « Gilets Jaunes » Expliqués à Ma Vieille Tante d’Afrique

blog1

Quand on parle la même langue, les mêmes mots doivent désigner les mêmes choses, sinon on ne se comprend pas, ou on tient un dialogue de sourds.

L’actualité offre l’occasion de montrer en quoi parler la langue des autres  et non la sienne propre est source de malentendu et confine à l’absurde. Du pays, ma vieille tante qui a eu les échos de ce qui se passe en France, me demande d’une voix émue : « Béa, vous avez autant de pauvres au pays des Blancs ? »

Elle faisait allusion aux « Gilets Jaunes », ces Français qui ont besoin d’une camisole jaune des Travaux publics pour se faire une identité, tellement qu’ils sont socialement hétérogènes. Et qui manifestent depuis quelques semaines en donnant des sueurs froides à celui qui n’avait pas fini de fêter sa joie d’être le « plus jeune Président de l’histoire de la République de France ». Manifestations parfois violentes et musclées comme on a pu le voir récemment aux alentours des Champs Elysées.

Ils manifestent, disent-ils, parce qu’ils sont pauvres et laissés pour compte. Soit, mais s’ils étaient vraiment pauvres est-ce qu’ils auraient eu besoin de faire recours à un gilet jaune pour s’offrir une identité de façade ? Ce faisant, ils trahissent à leur corps défendant le fait qu’ils n’ont pas forcément la même identité sociale. Mais ne les démasquons pas avant l’heure, ces insurgés sociaux qui ont choisi de porter le masque du gilet jaune. Suivons leur logique et rendons-en compte à ma tante.

Prenons l’exemple d’un Gilet jaune lambda, que nous appellerons Gilles Dupont. Gilles est marié à Christiane et ils ont deux enfants. La famille Dupont habite une ville moyenne de Province.

Gilles est pauvre mais il a une voiture !

Gilles est pauvre mais sa femme a une voiture !

Gilles est pauvre mais il a un pavillon !

Gilles est pauvre mais sa maison est meublée.

Gilles est pauvre mais il a un réfrigérateur, un congélateur, deux postes de télévision, un aspirateur, deux ordinateurs, etc…

Gilles est pauvre mais il a deux téléphones

Gilles est pauvre mais son fils est fier d’étrenner son téléphone qui coûte 400 euros

Gilles est pauvre mais sa femme a deux téléphones.

Gilles est pauvre mais il a des abonnements téléphones et internet illimités

Gilles est pauvre mais il a tout plein  d’autres gadgets de la société de consommation dans laquelle  il est activement noyé.

Gilles était-il obligé de s’enferrer dans ce carcan consumériste tentaculaire ?

Est-ce que nous devons appeler un type comme Gilles pauvre ?

Non ma tante, chez nous, Gilles ne correspond pas à ce que nous appelons pauvre.

On a dit à ma Tante que les « Gilets jaunes » sont les pauvres qui manifestent en France. Et elle a tout compris à sa manière. Quand elle comprendra que les « Gilets jaunes » sont des types comme Gilles, bien plus matériellement aisés que la plupart des Béninois, il est sûr qu’elle ne les plaindra plus, et dira : «  Ah, décidément les Blancs sont bizarres! »

Moralité de tout ceci ? Eh bien, cette explication à ma tante montre l’absurdité à parler le français quand vous êtes un Africain, car sous prétexte de parler la même langue, nous ne désignons pas les mêmes choses par les mêmes mots.

Est-ce que cette absurdité de circonstance fournie par l’actualité suffit à elle seule pour que nos dirigeants cessent de cautionner le fait que nous devons continuer de parler officiellement la langue des Blancs comme au temps colonial dont on nous dit pourtant qu’il est révolu ? Il faut l’espérer…

Gbetey Beatrice

copyright5

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s