Les Formes Élémentaires du Racisme Anti-Noir en France

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Je suis allé l’autre jour à la bibliothèque de ma petite ville, où j’ai signalé la perte de ma carte de bibliothèque. En fait de perte, comme ma carte de bibliothèque de la ville de Paris, je les avais oubliées au pays lors des vacances, et toutes les recherches pour les retrouver sont restées infructueuses. A Paris, lorsque je fis état de ma situation, sans barguigner, on me refit une autre carte. Mais dans ma petite ville, il en alla autrement, du moins dans un premier temps..

L’agent qui me reçut, un type blond d’une quarantaine d’années, m’expliqua dans une ambiance fort détendue et dénuée d’agressivité que, compte tenu du coût ( 2euros) de la carte, la bibliothèque avait institué un délai probatoire  de 15 jours avant la délivrance d’une nouvelle carte. Tout cela avait été dit de façon fort amicale et très respectueuse, du moins avec cette hypocrisie rationnelle qui, chez les Blancs, est une seconde nature. Et je sortis de la bibliothèque avec le sentiment d’avoir eu affaire à un Blanc gentil et correct, un agent sérieux et de bonne foi.

Trois jours plus tard, invité par SMS pour y aller retirer un ouvrage que j’avais réservé par internet, je retourne à la bibliothèque, et je tombe par hasard sur un agent métis sympathique, qui naguère avait guidé mon fils dans le choix de ses CD et livres suite à son inscription, et avec lequel j’avais un rapport sympathique sans être à tu et à toi.

Ne voulant pas m’en tenir au scénario punitif imposé par l’agent blanc, je mets le Métis au parfum de ma situation, et il me dit avec sourire : « Eh bien, pas de problème, je vous fais une nouvelle carte tout de suite ». Ce qu’il fit en moins d’une minute en deux ou trois clics sans autre forme de procès.

Moralité de toute cette histoire : le racisme antinoir, ce que j’appelle antinégrisme, sur le modèle fameux d’antisémitisme, ce n’est pas seulement lorsqu’un Blanc insulte ou agresse plus ou moins violemment un Noir ; ce n’est pas seulement lorsque celui-ci est rejeté lors d’un test sur la seule base de son origine ethnique africaine ( car le racisme antinoir ce n’est pas seulement une question de couleur : on accepte souvent un Hindou qui est aussi noir qu’un Africain, là où on rejette celui-ci sans appel)  ; ce n’est pas seulement lorsqu’un propriétaire refuse de louer son appartement à une personne parce qu’il ou elle est noire, ou lorsque les parents d’une jeune fille refusent de laisser  sa main à un homme noir amoureux d’elle et désireux de l’épouser ; enfin, le racisme ce n’est pas seulement lorsque, comme le disait Frantz Fanon, dans le train, au lieu d’une place, on vous en laisse trois voire plus, parce que vous êtes Noir.

Le racisme c’est aussi l’alacrité, l’insensibilité et la froideur active avec laquelle on vous applique une peine ou une règle sans aucune empathie, si, comme dans le cas évoqué, on n’en invente pas une de toutes pièces pour vous faire des chicanes.  Cette cruauté mesquine, ce qu’en Afrique du Sud avant la libération  de Nelson Mandela des sombres geôles de l’Apartheid, on appelait petty racism, le Noir le vit au quotidien en France. Cela fait partie de ce qu’on peut appeler, parodiant  Emile Durkheim, les Formes élémentaires du racisme.

Alan Basilegpo

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