Gbagbo n’est pas le Premier

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Modernisation de la Tradition Française d’Exil Forcé des Résistants Africains

Ce que la France est en train de faire à Gbagbo n’est pas nouveau dans l’histoire de son idéologie coloniale. Dans son histoire coloniale, la France a toujours manié l’exil comme moyen de mettre hors jeu les chefs autochtones empêcheurs d’asseoir sa domination sur les royaumes africains. Pour ce faire, et n’écoutant que la furie de sa volonté de dominer des peuples africains considérés comme inférieurs et corvéables à merci, la France exilait dans les îles-prison, les bagnes dans des contées lointaines, à l’autre bout du monde – que ce soit dans les Caraïbes ou en Nouvelle Calédonie.
Au Danhomè seul, Gbêhanzin et Agoliagbo, qui était son contraire du point de vue de l’allégeance à l’envahisseur colonial, furent sans états d’âme exilés, chacun à son tour et au moment jugé opportun ! C’est que la France ne donne pas dans la dentelle quand il s’agit d’assurer ses intérêts
Gbêhanzin a commencé son exil en Martinique et l’a terminé à Blida en Algérie où il est mort, dans les bras de son fils Ouanilo le 10 décembre 1906 comme nous le décrit magnifiquement Blaise Aplogan dans son roman, Gbêkon, le Journal du Prince Ouanilo. Dans ce même roman on apprend aussi l’exil de Dinah Salifou, le roi des Nalou, un royaume du Fouta Djalon en Guinée actuelle. Comme Agoliagbo et plus que lui, Dinah salifou a été un serviteur zélé de la France ; ce qui lui a valu une invitation officielle à l’exposition universelle de 1889 à Paris ; mais le moment venu, et considéré comme un obstacle aux visées coloniales françaises, en raison de son intelligence et de son esprit d’indépendance, il a été exilé à Saint-Louis du Sénégal. Son confrère en collaboration, Agboliagbo quant à lui a été exilé au Gabon en 1900 où il séjourna jusqu’en 1910. Ramené au Dahomey, il resta en exil intérieur à Savè jusqu’en 1926 avant d’être autorisé à rentrer à Abomey où il mourut en 1940.
A propos des raisons qui motivèrent la disgrâce de celui qui a été instrumentalisé pour obtenir la déchéance de Béhanzin, le gouverneur Malan écrivait « AGO-LI-AGBO n’était pas un chef rebelle et les motifs qui ont rendu nécessaire sa déportation se fondent moins sur des faits précis que sur son attitude générale qu’expliquent, sans toutefois l’excuser, les conditions toutes spéciales dans lesquelles il était appelé à gouverner »
Comme quoi, il est difficile de plaire à l’esprit colonial français, qui frappe et exile comme bon lui semble, non seulement ceux qui lui résistent mais aussi ceux qui acceptent de le servir. Tels sont les cas de deux autres Guinéens, Samory Touré et le guerrier peul Alfa Yaya Diallo, alias « roi » du Labé. Après une longue et vaillante épopée de résistance à l’envahisseur français, Samory est capturé le 29 septembre 1898 à Guélémou en Côte d’Ivoire puis exilé au Gabon. Samory y meurt en captivité le 2 juin 1900, des suites d’une pneumonie. Alfa Yaya Diallo quant à lui fut d’abord exilé au Dahomey de 1905 à 1910 ; puis, à son retour, sous l’accusation de fomenter un soulèvement contre l’autorité coloniale française, il fut à nouveau arrêté à Conakry et condamné à la déportation définitive et incarcéré au bagne sec de Port-Étienne (aujourd’hui Nouadhibou, Mauritanie), où il mourut en 1912.
La Mauritanie a connu aussi un exilé célèbre en la personne de Louis Hunkanrin dont la somme totale du nombre d’années dans les bagnes français avoisine celle de Nelson Mandela dont il est d’un point de vue intellectuel et moral le précurseur. Louis Hunkanrin n’était ni un roi ni un élu. Il n’était pas opposé au système colonial. Tout ce qu’il demandait était que la France reconnût sinon à tous ses sujets, du moins ceux d’entre eux qui ont connu ses lumières, le droit de jouir de la liberté et de l’égalité dont elle se dit la dépositaire des valeurs. Mais mal lui en a pris car même cette exigence, qui semblait tomber sous le sens des lumières de la Révolution française, ne faisait pas bon ménage avec son programme colonial en Afrique fondé sur le racisme, l’oppression et l’exploitation de l’homme par l’homme.
Bref, la liste des résistants africains exilés de force par la France coloniale est longue, très longue. Gbagbo n’est pas le premier des exilés de la violence implacable de l’esprit colonial français. La seule différence avec son cas, c’est qu’il fait l’objet d’une modernisation par l’instrumentalisation d’institutions internationales comme l’ONU et la CPI ; et il est fort à craindre qu’il ne soit pas le dernier !
Bɛɖéglá Àklàmàsɔ

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