Le Sectarisme Cynique de Buhari, et l’Impunité des Massacreurs Peulhs

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Le 1er janvier, il a été rapporté qu’une vingtaine de personnes avaient été tuées dans l’État de Rivers. Le 7 janvier, il a été rapporté qu’une équipe combinée d’agents militaires et de renseignements avait suivi le chef du gang, Don Waney, et certains de ses hommes dans leur cachette d’Enugu et les avait tués. Les images de leurs cadavres ballottés ont été montrées dans les médias comme preuve.
La semaine dernière également, la police de Lagos a arrêté le leader présumé et l’herboriste du groupe cultiste appelé Badoo. Badoo avait tué tant de personnes dans la région d’Ikorodu à Lagos en leur brisant la tête avec de la pierre.
L’année dernière, la police et les Nigérians ont célébré l’arrestation d’Evans, le kidnappeur, qui s’est spécialisé dans la demande de rançon en millions de dollars. Il était passé entre les mailles du filet des forces de sécurité pendant de nombreuses années. Mais la police a fini par lui mettre la main au collet.
De même, l’année dernière, l’armée nigériane a pris d’assaut la résidence de M. Nnamdi Kanu, chef du groupe indépendantiste des peuples indigènes du Biafra. ( IPOB) Au moment où leur opération était terminée, certaines personnes avaient été tuées. L’endroit où se trouvent actuellement Kanu et son père est encore inconnu jusqu’à aujourd’hui. Le gouvernement fédéral a également désigné à la hâte IPOB comme une organisation terroriste, même si cette désignation est loin d’avoir recueilli l’unanimité internationale.
En décembre 2015, l’armée nigériane a envahi les maisons des membres de la secte islamique chiite et leur a tiré dessus. Le prétexte de cette tuerie est qu’ils auraient bloqué le chemin du chef d’état-major de l’armée, le lieutenant-général Tukur Buratai. Les chiites sont des minorités dans le nord, tandis que les sunnites sont majoritaires.
Le directeur général du Bureau interconfessionnel d’Etat de Kaduna, M. Muhammad Namadi Musa, a déclaré au comité d’enquête qu’il avait rassemblé au moins 347 corps de la base militaire de Zaria et de l’hôpital universitaire Ahmadu Bello et les avait enterrés après l’attaque. Les corps qui n’ont pas été emmenés au CHU n’ont pas été enregistrés. Le chef des chiites, Sheik Ibrahim El Zakzaky, et sa femme ont été grièvement blessés et détenus jusqu’à aujourd’hui, malgré les décisions des tribunaux de les libérer.
Tous les exemples ci-dessus visent à montrer à quel point les agences de sécurité nigérianes peuvent être rapides et efficaces lorsqu’elles traitent avec des groupes et des individus qu’elles considèrent comme des ennemis.
La semaine dernière, il y a eu une autre attaque de bergers Peulh dans l’Etat de Benue. Des images horribles de personnes, y compris des enfants, massacrés comme des animaux, ont été copieusement partagées.
Chaque fois qu’il y a un massacre de personnes dans un Etat par des pasteurs Peulh comme cela s’est produit la semaine dernière dans l’Etat de Benue pour la énième fois, il y a un tollé de la part des Nigérians pour que le gouvernement fédéral agisse. La plupart du temps, il n’y a même pas de réponse verbale du gouvernement Buhari. Et lorsqu’il y en a, c’est un plaidoyer pour que les gens vivent ensemble en paix ou une promesse d’en arrêter les auteurs. Mais personne n’est jamais arrêtée.

Tout comme dans d’autres cas, la Miyetti Allah Cattle Breeders Association, dont le président Muhammadu Buhari est le grand mécène, donne généralement les raisons pour lesquelles ils ont mené l’attaque. Dans la récente attaque de Benue, M. Garus Gololo, président de l’Association des éleveurs de bétail de l’Etat de Benue, Miyetti Allah, a déclaré à la BBC:
« Nous ne faisions plus paître nos bêtes. Après l’interdiction du pâturage par le gouvernement de Benue, nous étions en transhumance vers l’État de Taraba par la ville frontalière de Nengere, dans l’État de Nasarawa. Ils sont venus et nous ont volé mille vaches, alors nous nous sommes vengés et les avons tués.  »
De tels commentaires montrent que les auteurs des actes ne sont pas inconnus. Ils apparaissent lors des réunions de paix et révèlent pourquoi ils ont mené leurs attaques contre les personnes concernées. Ils vont à la télévision et à la radio ainsi que dans les maisons de presse pour accorder des interviews afin d’expliquer pourquoi ils ont mené leurs attaques. Habituellement, leur raison est que leur bétail a été volé par telle ou telle communauté.
Lorsque le président Buhari est revenu de son congé maladie l’année dernière, il a fait un discours qui a montré, par son contenu, qu’il était principalement adressé aux membres de l’IPOB sur leurs agitations pour un état séparé. Dans ce discours, il a décrit les tueries des éleveurs Peulh comme des «affrontements entre agriculteurs et bergers», à l’époque où des milliers de personnes avaient été tuées par les pasteurs Peulh. Cela a montré son attitude face aux tueries. Selon le Président Buhari, il s’agit d’un simple malentendu entre agriculteurs et bergers et rien de plus. Et dans ce malentendu, les agriculteurs sont généralement les agresseurs (ayant été nommés en premier par lui), tandis que les bergers sont généralement les victimes qui agissent en légitime défense « contre ceux qui ne veulent pas qu’ils survivent ».
Chaque fois que vous entendez quelqu’un du Nord-Ouest ou du Nord-Est parler des massacres commis par des bergers Peulh, vous voyez généralement qu’ils croient que les bergers Peulh devraient être autorisés à paître comme ils le font depuis des temps immémoriaux. L’argument est généralement que la terre n’appartient à personne mais à Dieu et que les gens devraient l’utiliser et laisser les autres l’utiliser aussi; que les Peulh sont des nomades qui ne croient pas en l’acquisition de terres et devraient donc être autorisés à utiliser la terre et continuer leur chemin. Dans le même ordre d’idées, ceux qui raisonnent ainsi estiment également qu’en raison de la désertification, pour éviter les affrontements et les effusions de sang, les réserves pastorales devraient être mises à la disposition par tous les États du Centre-nord et du Sud pour les pasteurs Peulh.
Quand quelqu’un du Centre-nord ou du Sud parle du problème, il estime généralement que les pasteurs Peulh devraient investir dans des ranchs, comme c’est le cas dans d’autres régions, car ils sont assimilables à des entrepreneurs. Selon ce raisonnement, il estime que si le gouvernement devait créer des réserves de pâturage pour les pasteurs Peulh à cause de la désertification, il devrait également créer des réserves de pêche dans le Nord pour les Sudistes dont les terres et les eaux ont été polluées.

Face à ce point, les personnes du Nord gardent le silence ou disent que les cas ne sont pas les mêmes. Mais, si l’on regarde avec impartialité, le cas des sudistes est encore pire, car la pollution de leurs terres est causée par le gouvernement fédéral, et l’argent obtenu grâce à l’exploration du pétrole brut est utilisé pour soutenir l’économie du Nigeria. En outre, ceux dont l’environnement est pollué et qui se voient ainsi refuser la possibilité de s’adonner à leurs activités de pêche ou de plantation de cultures ont besoin de plus d’attention de la part du gouvernement fédéral.
Il y a ceux qui se demandent comment les bergers Peulh peuvent attaquer les communautés tout en prenant soin de leur bétail. Ils se demandent où ils gardent leur bétail lorsqu’ils se lancent dans l’attaque. Cela les amène à soutenir que les attentats ne peuvent pas être commis par des bergers Peulh. Mais ça ne marche pas comme ça. D’après les informations recueillies dans les médias à propos de telles attaques, ceux qui élèvent le bétail ne sont pas les agresseurs. Les attaques sont planifiées. Les guerriers sont mobilisés dans différents états par les organisateurs. Avant l’attaque, des messages sont envoyés à leurs populations pour quitter ces communautés concernées. Les guerriers viennent la nuit, effectuent l’attaque et retournent à leurs différents endroits, en attendant le prochain «appel au devoir».
Il a également été rapporté que même lorsque les soldats sont dans une communauté ou à proximité lors des attaques des bergers Peulh, ils quittent ou ne prennent aucune mesure pour empêcher les attaques.
En dépit de sa déclaration d’investiture selon laquelle il n’appartient à personne mais à tous, le président Muhammadu Buhari a montré à travers ses paroles et ses actions qu’il ne considère pas tous les Nigérians comme égaux. Son langage gestuel et son attitude face aux problèmes ont montré que la façon dont il traite les problèmes concernant ses congénères et ses coreligionnaires est différente de la façon dont il traite les autres. Plus les gens se plaignent de cette attitude sectaire et indigne d’un Président à l’égard de la gouvernance, plus il persévère imperturbablement.
Pour toute communauté attaquée par des pasteurs Peulh, le message constant à peine crypté de l’administration Buhari au cours des trois dernières années est qu’elle ne prendra aucune mesure pour arrêter de telles attaques, et qu’elle ne punira pas non plus les agresseurs criminels. Traduit dans le langage nigérian, Buhari dit aux Nigérians que si les pasteurs Peulh attaquent votre communauté, vous êtes face à votre destin.

publié dans Punch

Nigeria : l’Impunité des Bergers Peulhs, un Aspect Sordide du Règne de Buhari

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