Nigeria : l’Impunité des Bergers Peulhs, un Aspect Sordide du Règne de Buhari

blog1

Un aspect sordide de la gestion de la vie sociopolitique du Nigeria sous Buhari touche à l’intouchabilité de certaines catégories sociales, par opposition à d’autres.
En clair, les bergers peulhs se croient tout permis et jouissent de fait d’une impunité inconcevable dans une démocratie, qui confine aux deux poids deux mesures, lorsqu’on les compare, dans la même césure régionaliste du Nord, aux musulmans chiites qui sont sauvagement réprimés, parce que ceux-ci ne sont pas en odeur de sainteté avec la majorité sunnite dont sont issus les dirigeants nordistes au pouvoir.
Certes les exactions criminelles des Bergers peulhs ne datent pas d’hier ; elles leur tiennent lieu de culture et d’éthique. Avant Buhari, ils tuaient, pendant son règne, ils ont continué à tuer et massacrer à tour de bras. Leur acharnement sur les populations chrétiennes du Nord et du Sud confine même à une pulsion génocidaire.
Toutefois, jamais dans les journaux je n’ai lu – et ce n’est pas faute de ne pas les chercher – une seule fois où un seul de ces barbares assoiffés de sang pour qui la vie d’un bœuf est supérieure à celle de dizaines d’hommes, a été appréhendé, mis devant ses responsabilités et jugé pour son crime. Pourtant, les massacres de populations chrétiennes nordistes et ou sudistes se commettent régulièrement par les bergers peulhs pour un ou un non.
Mais aujourd’hui, à ma grande surprise, dans un grand journal nigérian, mon regard est attiré par un titre qui annonce : « Police arrest herdsmen over abduction of kinsman’s wife, sons »
Sans prendre la peine de lire le titre en entier et très excité à l’idée que la police puisse enfin mettre quelques uns de ces criminels sous les verrous, je jubile et me dis chiche, les choses bougent ; enfin le mur de l’impunité commence à se fissurer. Mais, après cette première euphorie, une lecture plus complète et sereine finit par refroidir mon ardeur initiale. Je comprends les raisons de la bonne volonté répressive de la police. Bien qu’elles n’aient pas été massacrées, les victimes des bergers peulhs étaient des peulhs ; ceux-là avaient commis contre leurs propres frères une exaction qui heurte l’éthique peule. Il sied donc de rétablir l’ordre et la justice.
Ainsi, sous Buhari qui a promis le changement, les bergers peulhs ont continué à massacrer les Nigérians en toute impunité ; loin de ralentir leur ardeur meurtrière coutumière, ils l’ont au contraire redoublée. Et sans aucune réponse punitive des pouvoirs publics, qui affirme la primauté du droit et de la justice sur la barbarie ; sans aucune instruction de cas, à valeur pédagogique et dissuasive. Depuis des années, l’opinion a seulement droit à entendre les  massacres commis par les bergers peulhs, mais jamais ni la police ni les médias n’ont donné suite à ces crimes, en nommant leurs fauteurs et en les traduisant devant la justice comme cela se doit. Les crimes et les exactions des bergers peulhs qui marquent la vie sociopolitique du Nigeria, émaillée de violences multiples et variées sont enveloppés dans une nébuleuse d’anonymat et de complaisance amnésique.
Voilà un aspect sordide de la gouvernance de Monsieur Buhari qui n’honore en rien les promesses du changement, et que ses contempteurs mettent volontiers au compte de sa vision politique suprématiste et sournoisement régionaliste.
Avec la fin de son premier mandat qui approche et le souci de bien se profiler pour un éventuel second mandat, dont les gesticulations crèvent les yeux, ce type d’information peut abuser l’opinion. Il peut faire croire en effet à la fin de l’impunité des bergers peulhs. Ce qui est encore plus vicieux, c’est qu’en l’occurrence cette fin de l’impunité est non seulement apparente et trompeuse, mais elle ne fait que conforter l’étiologie régionaliste de l’impunité des bergers peulhs en faisant passer une opération de réparation ethnique pour une justice républicaine effective.

Ayodele Babatope

copyright5

Publicités