Publié dans Débat, Essai, Haro

Justice pour l’Afrique : Pour une Cour de Répression de la Criminalité Coloniale et Géopolitique sur le Continent

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Depuis 1960, date formelle des soi-disant indépendances, l’Afrique est violée en plein jour sous le regard des autres nations et continents, ainsi que – plus scandaleux encore –  les institutions et organisations internationales diverses et variées  qui soi-disant œuvrent pour la justice, le bien-être des peuples et la paix dans le monde. On a créé la CPI, qui  entend et juge des crimes contre l’humanité et autres agissements connexes. Cette Cour est très vite devenue la basse cour où sont régulièrement déférés des dirigeants africains, à l’exclusion de tous les autres, et ce à tort ou à raison. Sans doute ces dirigeants tombés dans le collimateur de la CPI ne sont pas des anges. Encore que le mécanisme de leur incrimination est plus complexe qu’il n’y paraît et relève-t-il souvent d’un piège posé par le système de domination de l’Afrique. Le cas Gbagbo en est un exemple, où il saute aux yeux que l’ennemi des intérêts de la France, l’opposant à l’accession au pouvoir de son ludion Ouattara, ne peut pas être entièrement et exclusivement un criminel sans nuance, à moins que son crime ne soit justement cette audace de vouloir se dresser contre les intérêts français. Mais si ces dirigeants Africains jugés par la CPI ne sont pas des innocents, quid des gros crimes contre l’humanité qui, de l’Irak à la Libye en passant par la Syrie, sont commis directement ou indirectement par les Occidentaux et leurs alliés en toute impunité ?

Par ailleurs, le temps n’est-il pas venu où les Africains feront instruire les causes externes de leur arriération, de leur misère et de leurs malheurs permanents par ce qu’on pourrait appeler une Cour de Répression de la Criminalité Coloniale ( CRCC) ? Les institutions ou organisations, mais aussi des pools de juristes africains compétents ne peuvent-ils constituer  un dossier à charge contre un pays comme la France ? Ce pays européen qui,  depuis 1960 – année proclamée comme celle des indépendances des pays francophones  – pille royalement, sans vergogne ni scrupule les richesses  – matérielles, monétaires et humaines – de pays comme la Centrafrique, le Congo, le Gabon, la Côte d’Ivoire, le Mali, pour ne citer que ces exemples criants où la misère et les guerres, mais aussi les viols et les vols sont le paravent de son activité pernicieuse en Afrique.

Il n’y a pas de raison que ce soient seulement les soi-disant dictateurs africains qui se retrouvent face à des tribunaux internationaux, pendant que ceux qui dictent leurs actes à ces dictateurs ou qui par leurs agissements leur donnent naissance, ne sont pas inquiétés et jouent hypocritement les justes défenseurs du droit en Afrique. Dans la mesure où derrière les guerres et les violences politiques qui déchirent l’Afrique depuis plus de cinquante ans se trouvent les puissances occidentales qui n’ont d’yeux que pour leurs intérêts, il est temps d’étendre le principe de la réponse judiciaire à toutes les responsabilités dans le drame africain. L’hypocrisie et la politique des œillères ont assez duré. Le temps est venu de prendre le taureau par les cornes et d’instruire un procès en règle contre des pays comme la France pour leurs crimes inhumains, barbares et racistes, leurs vols, viols et pillages, qui plongent l’Afrique dans les guerres, la misère  et des souffrances récurrentes depuis plus de cinquante ans.

Si l’intelligentsia et les élites africaines ne se lèvent pas comme un seul homme pour faire cette démarche salutaire, c’est qu’elles sont complices de la domination du continent et la postérité les en tiendra responsables.

Aminou Balogun

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