Publié dans Essai, Histo

Bénin : le Hollijè, un Héros Méconnu

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Aujourd’hui au Bénin, la mémoire collective rassemble en elle, en toute conscience, les héros de la résistance à la colonisation. Dans les discours convenus ou consacrés, on entend volontiers citer bien sûr –honneur au plus grand — Gbêhanzin, mais aussi Bio Guèra le wasangari, puis Kaba.

Ces derniers temps les progrès de l’historiographie ont contribué à l’émergence d’une nouvelle figure dans le panthéon des résistants à la colonisation française : il s’agit du Roi Kpoyinzoun de Tado. Qui dit Tado, dit berceau des grands royaumes  du sud du Bénin. L’émergence de cette figure jusque-là méconnue achève en quelque sorte le tour régional des grands résistants à la conquête coloniale. En effet, avec la posture de collaborateur zélé qui a été celle de du roi Toffa de Porto-Novo, la région de l’Ouémé-Plateau qui était son territoire d’influence sinon d’autorité a du mal à émarger au club select des grands hommes qui, au prix de leur liberté sinon de leur vie, se sont dressés farouchement contre le colonisateur français.

Mais l’idée de la clôture ou de l’exhaustivité des figures  de l’héroïsme anticolonial est un point de vue épistémologiquement critique, voire critiquable. En effet, la question de la résistance à la colonisation de l’Afrique par les puissances européennes ne saurait s’épuiser dans le seul prisme des héros individuels. Malgré la fonction pédagogique et mémorielle de l’héroïsation des figures de la résistance, elle ne rend raison ni de la vérité historique ni de l’éminence de l’implication collective des peuples dans la résistance.

Le point de vue collectif doit donc être considéré à sa juste valeur. Et, en l’occurrence, au Bénin, il permet de faire justice à la région de l’Ouémé Plateau-jusque-là absente du panthéon des héros de la résistance coloniale.

Un simple basculement vers le point de vue collectif permet de voir émerger la figure d’un peuple, — sans doute le seul au Bénin dans son cas — qui fut tout d’un bloc et de bout en bout un peuple de résistants à la pénétration coloniale : il s’agit du peuple Holli, ou les habitants du Hollidjè. En effet, avant, pendant et même après la colonisation — pour autant qu’elle eût effectivement un après –, les Holli se sont montrés hostiles à la domination coloniale. Ils ont élaboré sur la durée toutes sortes de stratégies de défense, de protection, de rejet, et de réactions collectives contre l’entreprise coloniale : qu’elles soient militaires, sociales, sociétales, culturelles, économiques, etc…

Des décennies plus tard, dans l’Ouémé, les enfants et même les adultes fredonnent non sans une admiration teintée de frayeur des chansons qui rendent grâce au tempérament farouche et anticolonial des Holli :

Yé gbatomè na yovo t’Adjohoun

Kponon man gnin kpono !

On a taloché un Blanc à Adjohoun

La police n’est plus ce qu’elle était !

Et pour cause ! Ce peuple foncièrement, viscéralement, instinctivement mais aussi intelligemment, c’est-à-dire collectivement insoumis est un paradigme de héros collectif. Et le paradoxe est qu’il est oublié dans la reconnaissance des héros nationaux de la résistance à la colonisation, parce que victime du point de vue individualiste de la considération de l’héroïsme anticolonial, qui soit dit en passant est aussi un point de vue occidental, c’est-à-dire du vainqueur.

A l’instar des Béhanzin, Bio Guèra, et Kaba, le peuple héroïque Holli attend sa statue !

Aladé Biojo

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