Publié dans Essai, Livres

Quand les historiens s’éveilleront : La France et le génocide des Tutsi du Rwanda

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C’est une juriste qui nous alerte : les historiens français ont du mal à appréhender le rôle de la France dans le génocide des Tutsi de 1994. Plusieurs facteurs expliquent cette absence.

Le rôle de la France dans la période précédant le génocide des Tutsi du Rwanda et pendant le génocide lui-même (opération « Turquoise ») fait l’objet, depuis plus de quinze années, de questionnements, d’enquêtes et de critiques en France et dans le reste du monde. Divers travaux ont été produits sur le sujet : enquêtes de nature parlementaire, associative ou journalistique. Des auteurs tels que Patrick de Saint-Exupéry et des associations telles que Survie ont été parmi les premiers à exprimer cette réflexion inquiète : la France, par son influence et sa politique étrangère, a-t-elle permis, voire facilité le génocide ?

Des universitaires français, le plus souvent en dehors de leur champ d’étude habituel, ont été associés à ces travaux, ainsi que de rares historiens. Il s’agissait d’historiens personnellement touchés par la tragédie rwandaise, comme José Kagabo et Marcel Kabanda, ou bien des spécialistes du Rwanda, comme Gérard Prunier et Jean-Pierre Chrétien qui, dès 1994, ont alerté le public français sur les dangers d’une lecture en termes de conflit « ethnique ». Par la suite, ces chercheurs ont combattu le négationnisme qui consiste à soutenir la thèse du « double génocide » (les Hutu et les Tutsi se seraient massacrés successivement).

Les points aveugles de la « jeune recherche »

Récemment, la spécificité et l’ampleur du massacre des Tutsi ont suscité articles, mémoires et thèses d’historiens français, qui interrogent le déploiement local de la violence et les formes de commémoration du génocide. La revue Vingtième siècle rendait compte en 2014, dans un dossier coordonné par Stéphane Audoin-Rouzeau et Hélène Dumas, de cette « jeune recherche » [1], au moment où la thèse d’Hélène Dumas était publiée sous le titre de Le Génocide au village. Issue d’un travail fondé sur l’observation de juridictions gacaca (ces tribunaux locaux qui jugent la participation au crime de masse), elle insistait fort logiquement sur la dimension « vicinale » du génocide [2].

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