Publié dans Essai

Bénin 2016 : Les Trois sources d’erreurs qui profitèrent à Talon

 

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Dans un certain sens, à défaut d’être par défaut, l’élection de Patrice Talon a un aspect passif : elle est la résultante d’une série impressionnante d’erreurs commises par ses adversaires.

  1. Celles du pouvoir en la personne de Yayi ; par sa mauvaise image, sa mauvaise gestion du pays, et l’insolence de sa volonté de peser sur l’élection de son successeur, sinon d’imposer son dauphin, travestissant ainsi l’alternance, comme il a travesti tout ce à quoi il a touché durant ses dix ans de règne.
  2. Celles de Lionel Zinsou, un homme dont on a de bonnes raison de douter rétrospectivement de l’intelligence tant vantée. Un homme qui n’a pas pris la mesure de son étrangeté politique, ni la peine de travailler à l’atténuer en amont de sa décision d’entrer dans le jeu électoral dont le poste de 1er Ministre qu’il assuma avec malice et opportunisme était la première étape. Et quelle bêtise d’assumer le bilan catastrophique et décevant de Yayi ! En la matière, quelle outrecuidance de présenter le plomb de ce bilan en or ! Cette attitude cynique de Lionel Zinsou qui découle de son allégeance aveugle à Yayi Boni a constitué pour les Béninois un moment de perplexité et de sourde révolte ; un moment où Lionel Zinsou a bradé sans le savoir le capital crédit qu’il pouvait avoir dans l’estime du peuple, bien qu’il fût inconnu ou ne correspondît pas à ses critères d’adhésion classiques.
  3. Erreur du ci-devant Me Adrien Houngbédji, Président du PRD, qui dans son aveuglement pathétique à appartenir coûte que coûte au prochain pouvoir n’aurait pas accepté que Zinsou fût son candidat unique et exclusif, dans la mesure où ce périmètre politique n’était pas perçu comme suffisant pour assurer de la victoire. La croyance naïve que l’arithmétique normale des partis était supérieure à tout, et qu’il suffisait d’en faire une addition optimale pour s’assurer de la victoire, y compris contre la volonté du peuple tenue en mauvaise estime ; l’espérance faussement légitime d’un K.-O. électoral auquel l’arithmétique partisane servirait de signe avant-coureur et de cadre rhétorique, tout cela a superbement aveuglé Me Houngbédji et son état-major enfermés dans la tour d’ivoire de leur certitude onirique.

Ces trois sources d’erreurs dont la documentation n’est pas exhaustive n’enlèvent rien aux qualités du vainqueur : la victoire aux élections présidentielles est une chose trop complexe pour ne dépendre que des seules erreurs des vaincus…

 

Adenifuja Bolaji

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