ALLEVI, Prince du Toba Hanyè

Le secret d’une synthèse réussie

Allevi1_3 Dans la chanson « Sènan » qui clôt son 11ème album intitulé SEGBETO, Allèvi, le talentueux rossignol national montre bien son éclectisme. D’abord rythmique, puisque cette chanson est une délicieuse parodie des rythmes cosmopolites africains et même américains. Et puis comme chez ce genre d’artiste, le rythme et le sens des mots vont la main dans la main, les paroles de « Sènan » énoncent les raisons de cet éclectisme. Allèvi, parlant du destin, un de ses thèmes favoris, révèle ses origines. Originaire du Mono/couffo, tout le portait vers le rythme Agbadja, mais c’est dans le Toba Hanye qu’il s’illustre : volonté du destin, nous dit Allèvi. Et il n’est pas jusqu’à la référence à la langue du Blanc, le français, qui ne prouve le propos de l’espiègle rossignol : la diversité de la vie, et la force du destin.

Mais pour l’essentiel, cet onzième album d’Allèvi nous en main plein la vue, et les oreilles. D’abord, sa mise en scène visuelle est fantastique. Les thèmes développés dans cet album étant en harmonie, la succession des images et des scènes filmées qui les illustrent donne l’impression d’un tout cohérent regorgeant de créativité. On est tout de suite émerveillé par les prouesses acrobatiques des danseurs, leur ressource de théâtralité, l’immense talent et la joie de jouer des acteurs qui donnent corps et vie au propos de l’auteur.

Bien sûr, cette vie-là est d’abord celle que le Prince du Toba Hanye imprime à ses histoires. Chez Allèvi la forme est remarquable, et mérite qu’on s’y s’arrête. D’habitude nos grands chanteurs fons – et Allèvi en est – ont un système d’exposition bien connu, basé sur le mode de la dissertation : thèse, développement, conclusion. Le développement pouvant contenir l’antithèse ou se limitant à une exposition argumentée. En général ce développement est logique, même s’il s’appuie sur des exemples. Or le système d’exposition d’Allèvi est différent. L’auteur se pose en conteur et en nouvellistes. S’il annonce le sujet dans sa généralité c’est tout de suite pour en donner l’argumentation sous forme d’une histoire exemplaire ; généralement un conte, un adage, une nouvelle dont la chute est en soi un art de grand conteur. Ce refus de la généralité fait le style même d’Allèvi. Nouvelliste de talent, génie du reportage des faits, Allèvi s’appuie sur le fait vrai. Et son art sait hisser le fait singulier au niveau de la généralité. Ces faits sont aussi des faits d’amitiés, de sentiments et de liens auxquels le chanteur reste fidèle. Qu’il s’agisse de la dithyrambe ou de la diatribe, genres dans lesquels son esprit de fidélité et sa sensibilité à fleur de peau le portent. Méthode inductive ? Ethnométhodologie ? Aux savants d’en décider ; Allèvi lui est tout entier dans son art. Et sa force de conviction plaide pour lui. C’est sans doute là qu’il faut rechercher la clé d’une synthèse réussie entre éclectisme et fidélité.

Assiongbon Nicaise, correspondant, Cotonou

© Copyright, Blaise APLOGAN, 2007