Nigeria : Buhari dans le Micmac du Budget 2016

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« Dans un pays malade, chaque pas vers la santé est une insulte à ceux qui vivent de la maladie» – Bernard Malamud, in « L’Homme de Kiev »

Le Président Muhammadu Buhari, son Vice-président Yemi Osinbajo ainsi que leurs conseillers et ministres en sont encore à croire que les bonnes intentions et réputations sont tout ce qu’il faut pour assurer le succès d’un nouveau gouvernement. Monsieur Buhari, en particulier, doit encore être en train de penser que son ancienne réputation d’homme intraitable doit s’en imposer à tous ceux qui ont coopéré avec les gouvernements précédents pour détruire l’économie nigériane. A peine l’ancien général qui a vu trois chefs d’Etat militaires lui succéder et un ancien dirigeant militaire recyclé revenir au pouvoir en tant que président civil, réalise-t-il que les Nigérians ont maintenant moins peur des hommes en kaki qu’auparavant. Il commence tout juste à se rendre compte que si un président donne un ordre rien ne se passe, sauf s’il s’assied presque sur le cou des fonctionnaires censés faire le travail comme il le souhaite. Buhari, imprégné de l’innocence associée au fait d’avoir servi en tant que chef d’Etat militaire, a donné l’ordre en novembre 2015 qu’un budget soit préparé. Et bien sûr, il y eut un budget devant l’Assemblée nationale avant la fin de l’année. Le gouvernement fédéral s’est félicité lui-même d’un exploit presque équivalent de déplacer des montagnes à l’aide de simples mots. Mais, vers la deuxième semaine du mois de Janvier 2016, il y eut le drame cocasse de la disparition du budget à l’Assemblée nationale. Ce qui a donné lieu à l’évocation de l’existence de deux budgets et des questionnements sur leur authenticité.
Le président Buhari a été contraint d’écrire une lettre à l’Assemblée nationale nigériane pour s’excuser de la confusion créée par l’exécutif. Pendant un certain temps, tout semblait réglé. Mais la première semaine de Février apporta sont lots de problèmes pour Buhari et le budget, solennellement présenté à l’Assemblée. Diverses commissions de l’Assemblée ont découvert des anomalies dans le budget qui leur est présenté pour vérification et cela suscita le tollé dans tout le pays. Puis le 8 Février, 2016, le ministre de la Santé, le professeur Isaac Adewole, est allé devant la Commission sénatoriale sur la santé où il a fait une révélation historique. Le Ministre a désavoué presque totalement le budget de son ministère en déclarant que sa mouture initiale en avait été déformée. «Nous devons nous pencher sur les détails du budget et le soumettre à nouveau à la commission, a-t-il déclaré. Ce ne n’est pas ce que nous avons soumis. Nous allons présenter un autre budget. » Avec cette déclaration, Monsieur Adewole a confirmé l’alarme soulevé quelques jours plus tôt selon laquelle une mafia aurait pris le contrôle du budget fédéral et l’aurait tripatouillé à sa guise.
L’administration Buhari est enfin réveillé à la réalité que certains cadres de la fonction publique et de vieux collaborateurs des membres actifs de l’Assemblée ne sont pas prêts à favoriser les changements souhaités par son gouvernement parce qu’ils menacent leurs intérêts égoïstes ancrés de longue date.

amené et trad. par Alan Basilegpo
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