La Mystérieuse Disparition

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Basile Adukonu vivait en France. Médecin de son état, il fait partie intégrante de la diaspora béninoise, dans laquelle il joue un rôle actif. Par contraction de son nom, et en clin d’œil affectueux à la célèbre chanson de Mickael Jackson dont il était un fan, ses amis et proches l’appelaient BAD.
Le 19 juin dernier, soit au lendemain de la nomination de Lionel Zinsou en qualité de Premier Ministre du Bénin, BAD quittait Paris pour se rendre à Cotonou où il avait aussi un cabinet médical. Le voyage se déroula bien. Dans l’avion, BAD eut la chance d’être assis près d’une jeune collègue togolaise, Linda N., travaillant pour Médecin du Monde. BAD était heureux de retrouver Linda par hasard car, outre leur profession commune, il avait eu l’heureuse occasion de la connaître sous un autre jour qu’il apprécia. Lors d’une soirée associative sous l’égide de Médecin du Monde, BAD découvrit que Linda était une grande chanteuse, qui connaissait une variété de chansons du répertoire traditionnel de chez nous. Sa voix était d’une beauté envoûtante et elle dansait avec une grâce qui ferait pâlir de jalousie n’importe qu’elle paysanne du mono. Inutile donc de dire que, sans aller jusqu’à pousser la chansonnette dans l’avion, Linda fut de bonne compagnie pour BAD durant le voyage.
Mais à quelques encablures de Cotonou, la capitale, se produit un événement bizarre dans l’avion ; le commandant de bord annonce l’impossibilité d’atterrir. Personne ne sait la raison de ce contretemps, pour le moins insolite. L’avion finit par atterrir à Lomé. Pour Linda qui avait prévu de reprendre le chemin de Lomé par la route, ce déroutement imprévu tombait plutôt bien. Mais les autres passagers, c’est-à-dire pour la plupart des Béninois, se posaient des questions : coup d’état ? Détournement ? Accident ? Tout le monde se perd en conjectures… Mais on finit par apprendre que le Bénin avait disparu. Disparition complète, territoriale et humaine. Dans cette configuration mystérieuse, le Togo tout en gardant intacte sa superficie avait des frontières avec le Nigeria. Le Niger et le Burkina eux aussi restaient dans leurs frontières, comme on dit, héritées de la colonisation..
Dans tous les pays limitrophes du Bénin, on constate le même phénomène : on pouvait passer d’un pays à l’autre sans transiter par le Bénin, qui a disparu. Les journaux et les radios parlent de l’événement sur tous les tons. Les télévisions du monde entier exhibent à grands renforts d’images la nouvelle carte du golfe du Bénin…
Les Béninois de la diaspora, et ceux qui étaient du voyage y allaient de leurs superstitions ou de leurs interrogations. Certains nationalistes ont tôt fait de trouver dans le premier Ministre Lionel Zinsou le bouc-émissaire idéal. « C’est la revanche de Béhanzin sur ceux qui amènent un Français pour nous coloniser à nouveau. » La haine de soi des Béninois, leur intolérance du bonheur d’autrui, fut aussi mise à l’index. « Un pays à ce point dépourvu de lien national, disaient-ils, un pays où l’homme est un scorpion pour l’homme, tôt ou tard, finirait par disparaître. »
L’affaire devient une affaire de haute politique internationale. La France et le Royaume-uni, anciens colonisateurs de l’Afrique, montent au créneau. Les pays Africains sont solidaires dans la peur. Les chefs d’état et le personnel politique, qui ne vivent que parce que les pays existaient sur la carte, sont taraudés par la peur : chacun se disait « à qui le tour ? ».
A l’ONU, c’est le branle bas. Une Commission de Disparition Mystérieuse (CDM) a été mise sur pied. Des hélicoptères et des satellites américains, russes, chinois et français font des rondes incessantes dans le ciel du golfe et prennent des images. On parle de glissement de terrain, les géologues s’excitent. BAD et ses co-passagers sont désemparés. Ils ne savent pas où donner de la tête. Ils se demandent que faire. Ceux qui avaient pris la route pour le Bénin et se trouvaient près des frontières juste avant le mystérieux événement, s’étaient amassés comme devant un trou noir et insondable et attendaient inquiets… Au Togo comme dans d’autres pays limitrophes du Bénin, grâce à l’Onu, sont ouverts des camps de réfugiés pour les Béninois errants ; ceux qui ont été surpris par la disparition de leur pays pouvaient s’y rendre et être accueillis. Les camps, comme dans ces cas-là, sont financés par l’Onu. Linda qui était en mission au Togo, reçut l’ordre de Médecin du Monde de se mettre à la disposition de ces nouveaux réfugiés.
Au Togo, le camp est sis dans un lieu symbolique : le plateau de TADO, berceau des ALADAHONOUS, ancêtres des dahoméens. BAD a naturellement trouvé refuge dans ce camp. Là se rencontrent toute une société béninoise reconstituée : commerçants yoruba, lettrés Fon, paysan Aja, bergers Peuhls, chasseurs Bariba, etc.. Se nouent des intrigues. On y trouve des Bokonon occupés à interroger les ancêtres sur ce qui s’est passé, et à proposer pêle-mêle leurs interprétations et solution de l’événement ; des adeptes du Christianisme céleste aussi, toutes sortes de diseurs de bonne aventure rivalisent de prophéties et de ratiocinations.
L’une de ces prophéties faites par une visionnaire de l’église du Christianisme Céleste, la Vénérable Jeannette M. conduit BAD et Linda sur la piste de ce qui devait être la vraie raison de la disparition du Bénin. Cette piste aboutit à un homme politique célèbre, le nommé Dan, figure célèbre du paysage politique du pays, et représentant du Kleptocrate, vautour sans cœur ni foi, qui mine l’Afrique depuis des siècles..
Dan, atteint d’un mal mystérieux, était admis dans une clinique à Genève. Dan était accompagné de son guérisseur attitré, Danbada. Celui-ci assurait le côté occulte et la clinique suisse prenait en charge le côté rationnel des choses. Dan avait un mal mystérieux au ventre et son ventre qui ne cessait de grossir a atteint une taille phénoménale ! Plus gros que la panse d’un éléphant ! Il est placé sous une serre médicale dans un quartier aménagé à cet effet par la clinique. Dan reçoit des soins d’une équipe de médecin grassement payée pour assurer sa vie dans le secret le plus absolu. Dan tient plus que tout à la vie.
BAD apprend que tout le Bénin qui a disparu était en fait dans le ventre de Dan. Et le pays ne réapparaîtra que si le ventre de Dan était ouvert d’une façon ou d’une autre. Mais, et c’est là le nœud du problème, si on ouvrait le ventre de Dan, il mourrait : Dan le sait, et ne veut surtout pas qu’on ouvre son ventre. Les médecins suisses sont priés de contenir le mal sans tenter le moindre acte de chirurgie. Toutes sortes de laboratoires rivalisaient de zèle dans la recherche du remède miracle susceptible de guérir le mal de Dan…
Financièrement, les médecins étaient à l’aise, car la fortune de Dan qui se chiffrait à plusieurs milliards de nos francs avait de quoi rassurer les Suisses payés rubis sur l’ongle.
Après moult tractations, aidés du fils du guérisseur dont la fiancée avait disparu avec le Bénin, BAD et Linda parviennent à convaincre le Bokonon de laisser faire. Déjouant la vigilance des gardes suisses, BAD parvient à ouvrir le ventre de Dan qui meurt.
Le Bénin alors réapparaît à la surprise du monde entier qui entre en effervescence : la France, pouvait reprendre son œuvre de recolonisation, car preuve venait d’être faite que l’arrivée de Lionel Zinsou à la tête du Bénin n’était pas la cause de la disparition du Bénin.
Mais la justice suisse arrête le coupable BAD et sa complice Linda. Pour elle, il ne s’agit rien moins que d’un crime. Un long procès se met en place et déchaîne les passions. De grands avocats se dévouent pour défendre BAD et Linda.
Au procès, BAD plaide non coupable et explique preuve à l’appui que son geste est à l’origine du retour du Bénin sur la scène du monde. Mais la loi est la loi. Surtout la loi suisse.
BAD, fut accusé de meurtre et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Linda fut condamnée à cinq ans de prison dont deux avec sursis. Mais révoltée contre cette injuste sentence, Linda entama un grève de la faim. Va-t-elle avoir gain de cause ?

Berlioz Ahandessi

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