Nigeria : Incertitudes, Espoirs et Défis du Premier Budget de Buhari

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Buhari vient de soumettre au Sénat nigérian son projet de budget 2016. Placé sous le signe du changement — le mot d’ordre qui a conduit l’APC à la victoire aux élections générales d’avril 2015 — le budget est d’un montant de 6080 milliards de naira, soit 18240 milliards de FCFA.
Évidemment, ce premier budget de Buhari est diversement accueilli par la classe politique et les milieux sociaux du pays. Mais, au-delà des prises de positions des uns et des autres — traduction consacrée des intérêts catégorielles, corporatistes ou politiques — la question majeure que pose ce budget est celle de sa consistance financière, au regard de la baisse continue des prix du pétrole, qui jusqu’ici a été la clé de voûte de son financement.
Pour le parti au pouvoir et ses sympathisants, le budget du président Buhari est un budget de changement, le meilleur que le Nigeria ait jamais proposé. Les syndicats eux aussi ne sont pas en reste d’enthousiasme qui demandent l’application d’un budget qui multiplie par trois le capital d’investissent, source pour eux de création d’emplois durables.
En principe, la posture haussière de ce budget expansionniste devrait contribuer à calmer les tensions de l’économie et des marchés financiers depuis l’accession au pouvoir de M. Buhari, mais pour l’instant, il n’en est rien. Au contraire, les rapports financiers indiquent plutôt une certaine indétermination voire une indifférence des marchés.
Du côté de l’opposition PDP en revanche, l’indifférence n’est pas de mise mais plutôt le rejet et la critique sans merci. Pour les ténors du PDP, le budget 2016 de Buhari n’est rien moins qu’une fraude, dans la mesure où il est fondé sur un emprunt de 2000 milliards de nairas, soit 6000 milliards de FCFA. L’opposition PDP qui semble bien s’y connaître, accuse aussi le gouvernement de vouloir sous couvert d’un programme social douteux et d’un capital d’investissement sujet à caution, siphonner les fonds publics à des fins partisanes, en particulier pour rembourser son immense dette de campagne.
Mais au-delà des critiques acerbes des uns et des approbations enthousiastes des autres, le véritable défi du budget réside dans sa structure et sa consistance financière. Jusqu’ici, la part des revenus du pétrole dans le budget a été centrale. Selon les premières esquisses présentées par Buhari devant le Sénat, les revenus pétroliers contribueront au budget à hauteur de 820 milliards de nairas, soit 2500 milliards de FCFA. Les revenus non-pétroliers en revanches — impôt sur les société, TVA, Douane, etc…– contribueront à hauteur de 1450 milliards de nairas, soit 4350 milliards de FCFA.
Pour M Buhari, le Nigeria peut bien se libérer à court terme de la dépendance du pétrole dans le budget. Pour cela deux axes d’action informent sa politique : la lutte contre la corruption conduisant au remboursement effectif des sommes détournées, et la restriction du train de vie de l’État. Dans cet ordre d’idées, le Président Buhari a assuré les Nigérians qu’en bloquant toutes les issues de détournement, le pays pourra générer suffisamment de revenus de sources internes pour financer le budget qu’il a présenté à l’Assemblée nationale la semaine dernière.
Dans une interview à la BBC à la veille de Noël, le président a déclaré : « En tant que gouvernement, nous avons hérité de N1500 milliards de dette intérieure et quand la dette extérieure est ajoutée, nous avons environ N2200 milliards. Tout le monde sait que le Nigeria n’est pas un pays pauvre, nous sommes riches, et nous avons les ressources humaines. Le problème est que les pouvoirs ne prenaient pas au sérieux la lutte contre la corruption.
« En plus de souligner le profil de notre dette, nous avons également montré les changements que nous avons faits dans le service des douanes. Par exemple, ce que nous tirons de la Douane, du Pétrole ; ce que nous tirons du Port. »
« Il y a eu beaucoup de fuites dans ces secteurs. Si nous bloquons ces fuites, nous ferons rentrer beaucoup plus d’argent pour diriger le pays en dépit de la baisse du prix du pétrole ».
« Beaucoup de choses se passent dans ce gouvernement que les gens ne semblent pas comprendre ; de nombreux secrétaires permanents des ministères ont été changés; nous avions l’habitude d’avoir 42 ministres, nous avons maintenant 36 parce que la Constitution exige que chaque État de la fédération ait un ministre. Aussi, nous avions l’habitude d’avoir 42 ministères, nous avons maintenant 24. »

Toutefois malgré les mesures d’économie envisagées par M. Buhari ainsi que les espérances qu’il a placées dans la lutte contre la corruption, force est de constater que la part prévue dans le budget pour les revenus du pétrole reste sujette à caution. Ce niveau est d’autant plus inquiétant que le budget a été calculé sur une prévision optimiste du prix du pétrole de 38 $ le baril alors que le FMI annonce que la baisse des prix du pétrole continuerait en 2016, et pourrait atteindre les 20 $ le baril.

Tout dépendra alors de l’Assemblée nigériane qui va plancher sur la proposition de budget dès début janvier pour amender le cas échéant sa structure afin de l’accorder aux réalités de l’économie nigérianes et mondiales.
Alan Basilegpo

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