Lionel Zinsou, ou la Petite Histoire d’un Mal

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cossi-bio-osse3_thumb.jpgDe toute façon que Lionel Zinsou devienne Président du Bénin ou pas, le mal est fait. Ses soutiens et lui ont atteint leur but ; qui est de prouver qu’une telle obscénité était possible.
Cette possibilité n’est pas un hasard ; elle a une histoire. Le Bénin a beau être un pays indépendant à majorité dahoméenne, ancien royaume du résistant Béhanzin, il reste que l’aliénation politique, à travers la télé-confiscation de la présidence de la République, dans un pays au pouvoir fortement centralisé, a une histoire.
Le Bénin est un pays dans lequel en dépit d’un facteur clé et d’une donnée importante, la présidence est victime d’une aliénation implacable.
1. Le facteur clé est ethnique. Il pèse dans les élections d’un poids considérable, il est émotionnellement, culturellement et idéologiquement prégnant.
2. La donnée importante est la majorité démographique des Dahoméens et assimilés.
Or depuis 1960, un malin génie ou une main invisible nous inflige le paradoxe selon lequel dans une nation, où comme partout en Afrique, la seule idée politique reste l’ethnie, l’ethnie majoritaire ne parvient jamais à élire un président en son sein ! Depuis 1960, les présidents ont une curieuse tendance à venir du Nord.
1. Maga était voltaïque de père, et en tout cas pas Dahoméen d’extraction.
2. Kérékou, qui a présidé aux destinées du pays de 1972 à 1990, puis été ramené de façon absurde, on ne sait comment et pourquoi en 1995, ce Kérékou à multiple facettes et au palmarès en demi-teinte dont on célèbre la mémoire de façon scandaleuse n’est pas Dahoméen d’extraction non plus.
3. Enfin Yayi Boni, qui aura dirigé le pays pendant 10 ans de 2006 à 2016, n’est pas dahoméen, et n’a de cesse de défier, de narguer, de mépriser ou de combattre passionnément cette entité historique.
Le seul président démocratique élu qui soit Dahoméen est Soglo. Et, comme par hasard, son passage à la tête du pays gênait tellement le système d’ordonnancement occulte de la vie politique nationale qu’il n’avait de cesse de le larguer : Soglo fut le seul président du Renouveau Démocratique à ne pas avoir été réélu ; l’un des rares présidents en Afrique à perdre une élection qu’il a organisée. De tous les présidents démocratiquement élus, celui qui ethniquement parlant représente la majorité du pays est celui-là qui dans un système électoral centrée sur l’ethnie et les régions n’a pas pu être réélu !
Donc il y a bien à l’œuvre dans le pays de Béhanzin, une logique ironique et cruelle de dépossession politique qui passe par l’aliénation présidentielle. Comme le dénonçait encore récemment le Président Nicéphore Soglo lui-même, c’est la Françafrique qui est derrière tout ça. C’est elle qui par deux fois à préféré Yayi Boni a Hungbéji ; c’est elle qui de façon bizarre à ramené le dictateur sanguinaire Kérékou, pour lui faire endosser le manteau trompeur du démocrate, qui a conduit le pays dans la ruine économique par la corruption et l’impunité, source d’une misère de masse. La Françafrique voudrait narguer l’élan démocratique des Béninois qu’elle ne s’y prendrait pas autrement. Du reste, elle n’a pas dérogé à sa logique qui commença à sévir aux aurores même de l’indépendance ou de ce qui en tient lieu.
Et pourtant, Béhanzin, Kaba, Bio Guerra et bien d’autres de nos ancêtres nous ont légué un héritage de fierté et de dignité. Nous étions censés tresser la nouvelle corde de dignité sur l’ancienne qu’ils nous ont laissée. Mais la France n’entendait pas cette continuité de la même oreille. Son programme d’aliénation et de domination continue était plus importante que notre liberté et notre dignité. Cette façon que la France a de refuser aux Noirs d’Afrique des valeurs et des droits reconnus à toute l’humanité dont elle se dit le pays des Droits est scandaleuse et raciste. Mais le scandale est aussi et surtout du côté des nôtres qui acceptent de jouer son jeu, soit par bêtise, soit pas stupidité ou soit par intérêt égoïste à courte vue. Nous étions capable de nous prendre en main mais la France considère que sa grandeur passe par notre aliénation, notre domination, notre asservissement politique, économique et humain. Alors mal nous en prend. La France nous dicte régulièrement et implacablement sa volonté, dans des jeux politiciens préfabriqués, des manipulations, des ruses par lesquels elle nous tourne en bourrique, nous divise pour nous mener à l’abattoir.
C’est dans cette continuité de l’aliénation politique qu’il faut comprendre l’arrivée de Lionel Zinsou. En apparence tout se passe comme si la seule forme sous laquelle la France accepterait un Dahoméen à la tête du Bénin, est celle d’un de ses citoyens, comme jadis, le général Dodds, métis Franco-Sénégalais, fut l’instrument ambigu de la conquête de l’Afrique.

Prof Cossi Bio Ossè

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