Bénin : Sociologie des Zinzins de Zinsou

 

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Les élections en général, et les élections présidentielles en particulier sont un grand moment de captation d’argent et d’opportunités pour beaucoup de citoyens. Ces opportunités sont essentiellement celles du travail et des postes. Les emplois en question peuvent toucher directement l’organisation partisane des élections, mais ils peuvent n’y avoir aucun lien direct. Les postes quant à eux sont ceux que promet le candidat, et qu’il pourra s’il est élu, offrir soit par élections, concours, appels d’offres — naturellement truqués — soit par nomination.
C’est ce marché d’intérêt qui crée la clientèle et les agitations politiques plus ou moins passionnées que charrient les élections présidentielles.
L’une des raisons pour lesquelles nos pays en Afrique, et en particulier le Bénin, n’avancent pas, c’est que la politique et ceux que la situation amène au-devant de l’action politique à tous les niveaux, loin d’être motivés par le bien être collectif, sont plutôt des gens qui se sont jurés d’user de la politique pour transformer leur vie personnelle. Et malheureusement, cette option n’est pas seulement un rêve, mais elle se réalise. Des gens qui sans la politique n’étaient rien ou pas grand-chose, se retrouvent du jour au lendemain bombardés en haut lieu où il se précipitent dans le business de la jouissance matérielle, du pillage et de la corruption. Ministres, députés, Directeurs, etc. ils profitent de cette insigne occasion pour d’enrichir vite et bien en toute impunité. A 95%, telle est l’option et la motivation inhérente à l’activité politique sous nos cieux. Car quoi, qui va faire la politique si, au lieu d’avoir un salaire mirobolant et une diversité fantaisiste de primes, des voitures de fonction avec chauffeur, le pouvoir de caser les siens et d’influencer du monde, de bénéficier de juteux contrats, source de corruption, on doit au contraire payer une certaine dime de fonction politique, ne jouir que de son salaire initial ou d’un SMIC ?
C’est pour cela que quand les élections arrivent, beaucoup de gens entrent en transe. La vie est courte. L’histoire ne repasse pas les plats ; c’est le moment où jamais. Le peuple et son bien-être attendront.
Les journalistes et assimilés, nouveaux ou anciens, les écrivains ou écrivaillons se frottent les mains de pouvoir avoir des commandes de publireportages, d’articles lèche-bottes ou de reconnaissance qu’ils ont quémandés au régime précédent sans succès. Les trafiquants de parcelles politiques communales ou régionales s’autoproclament chefs de clans ou de bandes. Certains usent de leur patronyme comme d’un étendard de ralliement électoral censé attirer le plus grand nombre de chalands.
Cette effervescence, qui fait de l’élection une formidable source de redistribution économique du pays vaut pour tous les candidats, à commencer par les plus riches d’entre eux.
Si vous regardez ceux qui, sans autre forme de procès, militent pour tel ou tel homme d’affaire, vous verrez que 99% d’entre eux ne le font pas pour le bien du pays en priorité mais soit parce que l’homme d’affaires leur a déjà fait du bien ou soit ils rêvent qu’ils le leur fasse dès que possible. Ce bien n’étant que la récompense de leur activisme militant. Ils bavent de devenir riches comme leur idole ou de bénéficier de sa reconnaissance une fois qu’il sera venu au pouvoir. C’est pour cela que les fans de Talon ou Adjavon rivalisent de protestations et de vociférations louangeuses à l’endroit de leurs candidats, aussi inconnus soient-ils en politique. En dehors de cette motivation, ils ne peuvent tenir le moindre raisonnement valide susceptible de montrer l’intérêt du pays à se faire diriger par des hommes d’affaires qui n’ont jamais été membres d’aucun parti politique. D’ailleurs, pourquoi il n’y a personne pour nous convaincre de la candidature d’un professeur d’université ou même d’un simple instituteur ou d’un policier à la retraite ? Parce qu’ils sont trop bêtes ? Pas assez cosmopolites ? Dépourvus de savoir-faire ou de patriotisme ?
Cette bêtise mâtinée d’égoïsme semble compréhensible lorsque les riches hommes d’affaires dont nous parlons n’ont pas l’air d’avoir inventé la poudre ni le fil à couper le beurre. Mais lorsqu’ils sont Français venus de France où ils auraient pu être avec un peu de chance secrétaire d’Etat au budget ou Directeur de cabinet du Ministre de l’économie ; lorsqu’ils ont enseigné à l’ENA, dirigé des structures de financement en Europe, on se dit que la motivation de ceux qui les soutiennent, devrait avoir une certaine distinction intellectuelle ou éthique.
Mais en réalité, il n’en est rien car l’argument de distinction intellectuelle doit être d’entrée remisé au vestiaire de l’opportunisme où, au pays des aveugles, les borgnes sont rois. Pourquoi ? Parce que intellectuellement, on ne voit pas comment les citoyens d’un pays peuvent accepter que quelqu’un qui n’a jamais été connu ni vu dans l’arène politique du pays, viennent dire qu’il serait leur dirigeant ! Cette abdication du bon sens et de l’éthique que n’importe quel pays normal du monde ferait siens spontanément, est pour le moins suspecte. Elle cache la force irrépressible des intérêts égoïstes, et la férocité des opportunismes. Chaque régime fonctionnant comme une Arche de Noé épicurienne, ceux qui par échec ou par contingence se sont retrouvés hors du (ou opposés au) régime en fin de vie, se sont jurés qu’on ne les y reprendrait plus, et qu’ils feraient tout pour faire partie de la prochaine bande de jouisseurs au frais de la collectivité. Ils seraient Ministres, Directeurs, Hauts cadres, Députés. Bref, ils occuperaient l’une quelconque de ces voies par lesquelles l’opportunisme sans foi dicte sa loi depuis l’indépendance, au vrai peuple traité comme un troupeau parqué dans les réserves de l’ignorance, de l’exploitation et de la misère.
Donc sous le rapport du matérialisme épicurien ou pillard et des fantasmes d’enrichissement personnel ainsi que de la bonne volonté sociologique qui en est souvent la condition pratique, il n’y a aucune différence de fond entre les zinzins de Zinsou et les fans ou fous des autres candidats plus ou moins galetteux..
Alors, où se situe la spécificité des zinzins de Zinsou ? Et pourtant, il fallait que cette spécificité existât pour donner tout son sens et sa force à ce candidat sans vergogne ni états d’âme. Pourquoi peut-on dire que Zinsou est sans vergogne ni états d’âme ? Eh bien, on ne voit pas pourquoi essentiellement Français, car ayant toute sa vie évolué en France et roulé pour la France, et n’ayant jamais fait de la politique au Bénin, sans jamais avoir été Ministre, il se fait nommer Premier Ministre au Bénin, au nez et à la barbe d’une noria d’ouvriers de la première heure non dénués de qualités. Et cette voie de fait politique ne le gène pas. Pourquoi ? Parce qu’il est un génie de la finance ? Il est grand de taille ? Parce qu’il est supérieur à ceux qui faisaient de la politique au Bénin avant son apparition comme un cheveu sur la soupe ? Parce qu’il est Français ? Ou parce qu’il se sent investi d’une mission sacrée et se croit à ce titre indispensable ?
C’est cela le manque de vergogne, cette propension déconcertante à ne pas se prendre pour une merde. Et c’est l’un des premiers traits de caractère — psychologique — que les zinzins de Zinsou partagent avec leur idole venue de France. Des gens qui n’ont pas d’états d’âme pour se tailler la part du lion, et trouve normal qu’il en soit ainsi. Pas étonnant : dans Lionel, il y a lion !
L’autre aspect du peu d’états d’âme dont fait preuve Lionel Zinsou et qui est proprement immoral se traduit en question : comment un homme par ailleurs respectable pour son cursus intellectuel et l’image morale qui en ressort, puisse accepter de prendre pour parrain politique un homme aussi peu recommandable — intellectuellement et moralement — comme Yayi Boni ? N’a-t-il jamais entendu parler de la médiocrité, des scandales, des crimes à répétition dont Yayi Boni est le nom ? Si oui, pourquoi tant de cynisme ? Comment pense-t-il intellectuellement et moralement que si nous avions un peuple digne et éclairé, le candidat d’un régime calamiteux et corrompus aux mains gantées de sang peut espérer se faire élire, et passer comme une lettre à la poste ? A l’instar de leur idole, les zinzins de Zinsou sont des gens trop aveuglés par leurs buts personnels pour se poser cette question.
Donc ressemblance psychologique, ressemblance philosophique et éthique, mais aussi affinité sociologique. En effet, le facteur spéculaire est très fort dans le lien qui unit Zinsou à ses zinzins. On peut remarquer cela dans les faux problèmes d’identité que posent les supporters du Français pour s’opposer à ceux qui dénoncent son parachutage infâme et honteux. Conformément au principe qui veut que la meilleure défense soit l’attaque, les zinzins de Zinsou n’hésitent pas à accuser de racisme toute personne qui trouve ce parachutage indécent et obscène. Or, ces mêmes personnes naguère n’ont pas trouvé à redire au qualificatif d’intrus qu’eux-mêmes ou d’autres attribuaient volontiers à Yayi Boni du fait de sa nouveauté dans l’arène politique. Mais pour ces gens qui sont sans états d’âme, c’est trop leur demander que de faire deux poids une mesure. Le mot équité ne fait pas partie de leur dictionnaire éthique.
C’est que l’accusation de racisme est essentiellement ancrée dans la défense et la protection de leur expérience personnelle. Nombre de ces zinzins qui dégainent le fusil de l’accusation de racisme sont des Béninois métis ou quarteron père ou fils de métis ou de quarterons, des gens qui ont épousé une personne française, et qui ramènent la problématique politique interne à la justification de leur itinéraire personnelle et familiale. S’attaquer à l’étrangeté politique de Zinsou, c’est s’attaquer personnellement à Zinsou, et s’attaquer personnellement à Zinsou c’est s’attaquer à eux de façon spéculaire. C’est pour cela qu’un grand nombre de ces zinzins gravitent autour de ces gens qui, suspendus entre deux eaux, veulent faire de la zombitude une norme, et trouvent dans toute attitude non aliénée de dignité africaine ou nationale — par opposition à l’Occident prédateur — voire de méfiance envers la France, une menace ad hominen, préjudiciable à leur quiétude sentimentale ou existentielle. Pour eux, le Bénin est obligé d’embrasser la France, leur seconde mère patrie, avant de continuer à exister sur cette terre en tant que Nation autonome, sachant que cette même France a été historiquement et continue d’être une nation redoutablement prédatrice en Afrique ! Terrible paradoxe entre des sentiments individuels et la destinée collective d’un continent malmené dans l’histoire, souvent aussi à cause de la complicité, de l’égoïsme à courte vue de ses propres fils et filles. Parce que ces gens, de par leur expérience, sont mêlés à la France — ce qui est leur droit le plus absolu — le Béninois patriote, non aliéné, ne peut plus défendre les intérêts du pays africain nommé Bénin, sachant que depuis des siècles, de l’esclavage au néocolonialisme, en passant par le colonialisme, cette même France s’est acharnée et s’acharne sur nos pays pour les dominer, et les déposséder de leurs ressources matérielles et humaines. C’est cette catégorie de gens qui par exemple se battrait becs et ongle contre l’utilisation de nos langues nationales et la suppression pure et simple de la langue du colon. Ils diront qu’ils sont des Béninois vivant en France et que pour cela le Bénin doit parler la langue du pays où ils se trouvent. Ils oublient ce disant qu’il y a aussi des Béninois en Russie ou en Chine. Selon la logique de ces gens, le Bénin n’a donc pas le droit de parler Béninois, pour autant qu’une telle langue existe. Profitant du fait qu’il y a plusieurs langues en compétition voire en conflit au Benin — conflit d’ailleurs savamment entretenu — , ils s’engouffrent dans cette brèche pour faire triompher le statut quo de l’aliénation. Cet exemple n’est pas qu’une simple supposition à charge. En effet, si les zinzins nous accordent que les Béninois ont le droit de se passer de la langue du colon pour parler et écrire officiellement leurs propres langues, dans quelle langue leur poulain parlera-t-il à ce peuple qu’il tient tant à diriger ? Donc quelque part leur désir obscène est tout entier basé sur le triomphe d’un état de fait néocolonial, indigne de toute nation épris de progrès : le fait de laisser sa propre langue pour écrire et parler celle du prédateur historique.
L’autre origine sociologique des zinzins de Zinsou a été révélée par l’intéressé lui-même dans un discours faisant l’éloge de la diaspora. Les Béninois sont 10 millions, dit ZL, et la diaspora plus de 3 millions. De quel droit refuserait-on à cette diaspora d’avoir son mot à dire dans la vie politique nationale ? La diaspora chinoise, forte de sa culture et de la langue chinoise est sans doute plus nombreuse et plus homogène que la nôtre, mais pour autant la Chine n’a jamais pensé une seconde élire son président parmi elle. Il ne suffit pas d’utiliser le mot diaspora pour endormir le monde. En tant que diaspora, de quelle unité sociale relève-t-elle ? Et quelle est le lien social qui en est le garant ? Quelle est sa référence sociale unique ? Les Béninois dont il s’agit sont dans des dizaines de pays répandus à travers le monde. Et cette condition de diaspora est-elle suffisante pour faire d’elle une unité politique dont un seul homme se réclamerait en usant du mot diaspora de façon incantatoire ? En l’occurrence, le rasoir d’Ockham serait d’un heureux secours : Pluralitas non est ponenda sine necessitate « Les multiples ne doivent pas être utilisés sans nécessité. » énonce-t-il.
Et puis même si on acceptait quelque bien fondé de la question de Lionel Zinsou, est-ce à dire que la « Diaspora » qui est à l’extérieur et donc ne connaît pas le pays de l’intérieur ne peut investir la vie politique que par le sommet ?
Tel est le fond du problème. Le membre de cette multiplicité nominale qu’on appelle diaspora qui veut aider le Bénin n’est pas obligé de le faire en politique. Et s’il tient à le faire en politique, il n’est pas le mieux placé pour le faire en tant que président de la République. Le membre de la diaspora qui veut devenir Président doit rentrer au pays et se mettre au diapason de ses valeurs, de ses cultures, de ses langues, de sa réalité et de ses réalités. Il doit y vivre suffisamment pour vibrer avec l’âme du peuple. Le métier de Président est un métier de berger, de pasteur. Le président d’un pays est comme un Moïse pour les Juifs, qui connaît son troupeau par cœur, par esprit et par instinct. Il n’est pas aliéné à son peuple. Il n’est pas le fils lointain et inconnu d’un propriétaire terrien, qui utilise son droit de propreté pour s’imposer aux réels habitants de la terre. La présidence est une rencontre entre un homme et son peuple qui lui ressemble. Cette rencontre n’est pas un mariage de raison mais de passion et de cœur.
Dans tous les pays sains et intègres du monde, le dirigeant suprême se choisit parmi l’ensemble des acteurs politiques du pays, qui ont fait leur expérience sous le regard du peuple. Ils ne sont ni une génération spontanée, ni un oiseau rare, encore moins un étranger politique. Présider un pays n’est pas une affaire d’improvisation. Le Bénin est un pays et non une succursale de la Cie Françafrique !

Adenifuja Bolaji

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