Nigeria: Quand la France Joue les Amis de la Démocratie en Afrique

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La France s’est dépêchée d’être le 1er pays au monde à inviter le Général Buhari. La France aime à jouer le 1er au monde en tout alors que, par ses actes réels en politique africaine, elle s’est placée sur la pente inexorable du dernier en tout. Elle se croit plus maline que tout le monde et, par cette invitation opportuniste, se figure que les Africains son dupes de son jeu ; que le Général Buhari, sans doute l’un des plus grands dirigeants authentiquement africains et non aliénés que l’Afrique ait jamais conçu, est dupe.

Qui ne sait en Afrique que si le Nigeria avait été un pays francophone, Buhari n’aurait certainement pas gagné les élections de la semaine dernière au Nigeria ? Comme par exemple Yayi Boni l’a fait en 2011 en lui garantissant ses intérêts et en corrompant ses représentants au Bénin et en Afrique, il aurait suffi que Jonathan garantisse les intérêts de la France pour passer haut les mains. Maintenant, parce que le Royaume-Uni s’est montré fair & correct comme c’est sa tradition depuis toujours dans ses rapports avec ses anciennes colonies — tout le contraire de l’acharnement interventionniste et du harcèlement de la France en Afrique francophone — et que les choses se sont déroulées dans la transparence et la justice, la France se dépêche de jouer les « amis de l’esprit démocratique en Afrique ». Minɖé non hon sè bɔ minɖé non ɖɔ viahun a ? comme le disent les Fons,  ces ennemis de Yayi,  soit dit en passant…

Mais qui trompe qui ? Quand un assassin de nuit devient un ange le jour ce n’est pas la chauve-souris que cela étonne ! Les Africains ne sont pas dupes. Tout le monde sait que la France est le chacal de l’occident qui fait tout pour maintenir l’Afrique dans la sujétion politique et économique dont l’Occident a toujours tiré partie depuis des siècles. Elle joue à celle qui maitrise les Africains mieux que quiconque. Mais maintenant, l’Afrique n’est plus à dompter, le monde est en éveil. Le soleil de la conscience nous éclaire. Que le France laisse le Nigeria en paix.

Pour mémoire, il n’est pas inutile de rappeler que, du temps de la guerre du Biafra qui a fait des centaines de milliers de morts et des millions d’affamés, hommes femmes enfants et vieillards, la France n’était pas du côté de l’unité de ce pays, elle était du mauvais côté de l’histoire… Et, actuellement, on ne doit pas passer sous silence le fait que, dans la déstabilisation actuelle du pays qui porte le nom de Boko haram, il y a des Français qui luttent aux côtés des terroristes. Alors qui trompe qui ? Que cache cette bonne volonté africaniste de la France ? Pourquoi cette invitation opportuniste précipitée de Buhari par la France là où les puissances qui le méritent mieux comme les États-Unis ou la Grande-Bretagne n’ont encore rien dit ?

Par ailleurs, cette façon cavalière, sous couvert d’une spontanéité à laquelle par nature l’Africain devrait être sensible, d’inviter à Paris un président africain qui n’est pas encore officiellement installé est passablement paternaliste sinon tout simplement raciste. Ce racisme viscéral des français que leur agitations et simagrées prétendument universalistes ou humanistes n’arriveront jamais à masquer. Car inviter un président africain comme cela au pied levé et sans attendre son installation, sans aucune forme diplomatique convenue, c’est spéculer sur la joie du Négro – comme cela a été le cas avec Goodluck Jonathan qui allait pince sans rire demander conseils et assistance contre Boko haram à l’Elysée – joie irrépressible du Négro de venir fouler les tapis rouges du pays des blancs, se faire éblouir par les lambris et les protocoles palatiaux de Paris, érigé en podium universel d’accréditation de la stature internationale des Chefs d’État.

Au lieu de se précipiter pour inviter le Président élu du Nigeria, Monsieur Hollande a plus vite fait d’assurer qu’au Togo la dynastie des Eyadema arrête de s’accrocher au pouvoir, et que les élections qui vont se dérouler bientôt dans ce pays ne rééditent pas le même scénario d’usurpation auquel ses dirigeants épaulés par la Françafrique nous ont  habitués.  De même, la France ferait mieux de mettre fin aux manœuvres de perpétuation au pouvoir par lesquelles Monsieur  Yayi Boni, l’autocrate du Bénin ne cesse d’obséder ses concitoyens depuis plusieurs années d’un règne calamiteux…

Bolariwa Korede-Aremu, éditorialiste, African Politics, Abuja

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