Histoire et Violence Symbolique : de l’Invisibilité Mémorielle des Victimes

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Dans le discours de l’histoire, la logique léonine qui veut que seul le vainqueur parle est navrante et insoutenable. Navrante en cela que, outre de se faire justice, le vainqueur a le monopole de la parole. En a-t-il toujours été ainsi ? Tout porte à le croire même si le monde a traversé des contextes philosophique, anthropologique et géopolitique différents. En effet, jadis, même lorsqu’elles se lançaient à la conquête d’autres, les nations vivaient dans un monde où prédominait  une clôture ontologique de l’altérité. Aujourd’hui, le monde a évolué au point où, si l’altérité continue de poser des problèmes,  l’unité ontologique de l’homme n’est plus une question de discussion sérieuse. C’est là où, dans notre actuel monde globalisé, surgit le malaise de la royauté implacable du vainqueur.

Les Occidentaux, les Blancs, pour ne pas les nommer, parlent de tout et au nom de tous ; ils nomment et dénomment, gomment et dégomment comme bon leur semble. A l’instar de leur dieu, leur parole domine au ciel unique de la vérité. Ils donnent des leçons de morale et d’humanité, édictent les valeurs et dictent le droit. Ils sont ainsi parvenus à imposer un monde où la seule mémoire autorisée est celle qui préserve leur bonne conscience. Et les victimes et/ou leurs descendants sont forcés de partager le déni savamment instauré des crimes les plus sanglants, des barbaries historiques, des atrocités ineffables commis aux dépens des leurs.

Aujourd’hui, à mille lieues de toute fixation douloureuse sur le passé, force est de constater que l’extermination des aborigènes d’Amérique et d’Australie, et le grand remplacement auquel elle a donné lieu, les quatre siècles d’airain de la traite négrière, tous ces crimes contre l’humanité,  sont privés de mémoire, rendus mémoriellement invisibles à la conscience établie du monde ; et chef-d’œuvre de cynisme, leur invisibilité mémorielle est naturalisée.

Cette violence symbolique implacablement infligée à la conscience établie du monde est aussi une licence claire pour la perpétuation  des mêmes crimes, des mêmes barbaries, et des mêmes atrocités ineffables qui se poursuivent à bas bruit sous nos yeux et nos consciences  chloroformées.

Adenifuja Bolaji

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