Nigeria : Buhari Mort ou Vif ?

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«C’est vrai, je vous assure, c’est bien moi. Je vais bientôt célébrer mon 76e anniversaire et je vais toujours aller mieux », aurait déclaré le président Buhari lors d’une rencontre de la communauté nigériane de Pologne, en marge de  la COP24 qui se tenait à Katowice en Pologne. Cette remarque est attribuée à M. Buhari par son porte-parole, M. Garba Shehu. De fait, depuis plusieurs mois, rares sont les Nigérians qui ont été témoins d’une communication directe de leur président. Et cette indigence dans l’administration de la preuve d’existence actuelle n’a pas manqué de susciter des déductions aussi troublantes qu’apparemment délirantes.

A en croire une déclaration publique du militant indépendantiste Ibo Nmandi Kanu, le Président du Nigeria, Muhamadu Buhari serait mort et aurait été astucieusement remplacé par un sosie ; du nom de Jubril Aminu, celui-ci serait un Soudanais.

Selon cette hypothèse, Buhari serait mort à Londres, et son corps, ramené en catimini au pays, aurait été enterré. Les occidentaux seraient au courant, notamment la Grande Bretagne, en serait de mèche. Leur connivence avec les intrigants cabales de la Présidence nigériane serait motivée par le souci d’éviter des troubles qu’aurait provoqués l’annonce de la mort de Buhari. Les nordistes entreraient en révolte et n’accepteraient pas que la présidence leur échappe – fût-ce constitutionnellement – au profit d’un Sudiste. L’histoire ne repassant pas les plats, il fallait à tout prix éviter la répétition du cas de Yar’Adua qui a amené Jonathan dans des conditions politiquement risquées. Cette crainte serait d’autant plus fondée que des rumeurs d’empoisonnement circulaient déjà à propos de la maladie dont souffrait Buhari.

A première vue, l’information paraît extravagante. La première réaction bien pensante,  pour les médias officiels ou ceux qui ne veulent pas être accusés de dérailler, a été de la balayer d’un revers de main, de la considérer comme ridicule et une fake news, comme cette époque des réseaux sociaux en est si friande. Or ce type d’information n’est pas exactement ce qu’on appelle une fake news, ni même une rumeur, dans la mesure où son émetteur est un homme politique bien connu qui en assume l’entière responsabilité, et continue de l’affirmer haut et fort avec ses preuves à l’appui. Dans le meilleure des cas, on dira que c’est une allégation erronée, tendancieuse et politiquement motivée.

Selon les explications optimistes de ceux qui y ajoutent foi, le but de la manœuvre n’est pas de faire durer éternellement le cirque. Non, il s’agit de conduire ce sosie jusqu’aux élections prochaines que le faux Buhari perdrait au bénéfice d’un autre nordiste, et le tour est joué. Ce qui aurait pour effet de calmer le jeu dans  un Nord si sensible à la question présidentielle. Donc cette supercherie présumée a une fonction de fusible provisoire.

Face à une telle information, quelle est l’attitude rationnelle qu’on peut avoir ?

D’abord, on peut estimer que ceux qui balaient l’information d’un revers de main, la considérant comme délirante et ridicule, se recrutent souvent mais pas exclusivement du côté du gouvernement nigérian ; comme lorsque récemment son porte-parole dément que Buhari n’a pas été « cloné en Jubrin » Propos insidieux, dans la mesure où M. Kanu n’a jamais dit que Buhari était cloné mais avait été remplacé. On pourrait se demander si ce propos ne visait pas à distraire un peu l’opinion en tournant en dérision de façon mensongère M. Kanu.

L’autre attitude rationnelle c’est de remarquer que le Buhari égrotant, faible, spectral, léger comme un duvet, quasi cadavre couché sur son lit de malade à Londres a miraculeusement laissé place à un Buhari énergique, vigoureux, résistant, en forme et qui n’a plus rien à voir avec les hôpitaux et autres laboratoires ou instituts médicaux. Comment un octogénaire initialement si durement frappé par la maladie, peut-il  récupérer aussi fermement que s’il était un adolescent ?

Comme argument rationnel, on peut noter aussi le luxe de précautions prises pour mettre Buhari hors d’exposition directe des média ou des témoins gênants. Par exemple, annoncé pour assister à certaines réunions internationales, Buhari a fait faux bond plus d’une fois. D’une manière plus générale, ce qui laisse perplexe, c’est que depuis que la rumeur de la mort de Buhari circule, avant que cette hypothèse ne soit affirmée par Nnamdi Kanu, c’est-à-dire depuis le dernier retour présumé de Buhari d’hospitalisation à Londres, en dehors des démentis plus ou moins formels des porte-parole de la présidence ou du gouvernement, on n’a jamais eu l’occasion d’une preuve en acte, qu’aurait pu constituer l’apparition publique de Buhari, s’exprimant, faisant un discours devant les micros et caméras des télévisions  et radios du pays. Ce refus d’administrer la preuve concrète, visuelle et sensuelle du fait que Buhari est toujours vivant et bien vivant laisse pantois.

On peut aussi se demander si ces allégations — au cas où elles seraient fondées — ne seraient pas en rapport avec la transhumance spectaculaire des deux présidents de l’Assemblée — celui du Sénat et celui du Parlement — qui ont quitté le parti du président pour aller rejoindre les rangs de l’opposition ; créant ainsi une situation politique délétère. Les deux personnalités, en désaccord avec ces manigances anticonstitutionnelles et leurs auteurs, ce faisant, auraient-ils voulu désavouer ces basses intrigues ?

Enfin, indice rationnel de taille, depuis que Buhari est devenu Président, son épouse Aicha, a pris l’habitude de jouer un rôle médiatique et social à ses côtés. On entendait régulièrement sa voix et ses prises de position. Mais depuis son retour présumé d’hospitalisation de Londres, on n’a plus jamais entendu la voix de Madame Buhari ni vu aucun geste médiatique de sa part ; aucun reportage quelconque sur ses faits et gestes, dans cette période préélectorale où en général, les épouses savent subtilement jouer de leur influence en faveur de leur présidentiel mari.

Aussi abracadabrantesque qu’elle puisse paraître, l’allégation de Nmandi Kanu faisant état d’une présumée substitution d’un sosie à Buhari qui serait mort à Londres n’est pas une fake news au sens classique du terme. Et, si elle ne l’est pas, on ne peut pas la rejeter dans la catégorie des informations subversives et délirantes, dénuées de toute vraisemblance. Si la probabilité d’être vraie de cette information n’est pas nulle, alors, il y a au moins un pronostic politique à en tirer : c’est que Buhari ne gagnerait pas la prochaine élection présidentielle ; mieux, il la perdrait en faveur d’un Nordiste.

Est-ce alors une manière d’annoncer la victoire d’Atiku, le seul Nordiste en mesure de battre Buhari ?

Àkin’òlá Bídémì

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