Atao et Dino Melaye : du Bénin au Nigeria, les Rebonds de la Corruption

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Au Bénin, lorsqu’un député est poursuivi parce que suspecté de trafic de faux médicaments, l’affaire suscite grand bruit, et les opposants divers et variés du régime Talon crient à la chasse aux sorcières. Chacun feint d’ignorer que, depuis le Renouveau Démocratique, le Parlement est instrumentalisé par des voleurs de toutes sortes, des pilleurs de l’économie nationale, des fraudeurs en tous genres, qui y trouvent protection sous le manteau de l’immunité que leur confère leur statut d’élu de la nation. Les protestations politiciennes ou partisanes de mauvaise foi fusent de toutes parts. On accuse le Gouvernement d’abus de pouvoir et d’une volonté à peine cachée d’éliminer ceux qui ont l’audace de dénoncer sa politique, et qui critiquent nombres de ses décisions, comme inspirées par une logique de main basse sur les maigres ressources nationales, dans l’intérêt d’une minorité cupide. Toutes ces critiques sur l’action de Monsieur Talon ne sont certainement pas totalement infondées, au vu de l’histoire, des pratiques et des méthodes du personnage.

Mais le fait qu’un élu ait maille à partir avec la justice doit-il automatiquement être synonyme de chasse aux sorcières, ou de règlement de compte politicien ? Rien n’est moins sûr. Le cas du Nigeria voisin le montre. Récemment, le sénateur Dino Melaye, personnage sulfureux et aux agissements douteux, sous le coup d’une inculpation pour  complicité d’assassinat,  a fait l’objet d’une arrestation rocambolesque, qui a fait la une des journaux nigérians pendant plusieurs jours. Contre la caution de 100 millions de naira, il a été mis en liberté après plus de deux semaines de détention.

Et M. Dino Melaye n’est pas le seul élu fédéral  à avoir maille à partir avec la justice nigériane. La huitième législature du Sénat restera dans les annales comme celle dont plusieurs membres ont fait l’objet de  poursuites diverses et variées.

blog1.jpgA l’instar du Président du Sénat, Monsieur Bukola Saraki, maints sénateurs et députés sont connus pour leur fréquentation des salles d’audience,  ou leur invitation aux interrogatoires des organismes anti-corruption ou de la police.

Au moins 13 des 109 sénateurs font actuellement l’objet d’une enquête ou de poursuites. Parmi eux, les deux chefs du Sénat, Bukola Saraki, le Président et Ike Ekeremandu, son adjoint, sont aux premières loges pour diverses affaires de corruption, d’enrichissement illicite ou de fraude. Sans pour l’instant être formellement inquiété par la justice, le Président du Parlement, M. Yacoub Dogara a été pendant un temps au centre d’une affaire de bidouillage présumé du Budget national de 2016 portant sur des centaines de milliards de nairas, accusations dont il a réussi à enrayer la menace judiciaire à coups de postures et de représailles politiques ainsi que de suspension du témoin clé.

C’est dire que le Bénin de Talon n’a pas l’apanage des poursuites d’élus impliqués dans des affaires de corruption. Depuis les Renouveaux Démocratiques en Afrique, les parlements ont tendance à prendre l’allure de repaires. Tout régime qui décide de donner un coup de pied dans cette fourmilière s’expose à une réaction d’arrière garde de ses opposants. Cela fait partie de ce que Wole Soyinka exprime lorsqu’il dit «  If you fight corruption, corruption will fight back ».

Pourtant, il faut bien lutter contre la corruption, même si comme Talon, à tort ou à raison, on traîne l’image tenace d’un licencié ès corruption.

Ayodele Babatope

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