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Bénin : Dans le Fon, Gendarme et Policier Même Pipe Même Tabac

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La fusion de la gendarmerie nationale et de la police est à l’ordre du jour. Entre autres choses, le candidat l’a promise, et le président Talon veut la réaliser. L’idée n’est pas mauvaise. Le rôle de l’Armée dans nos petites nations en cette époque, où toute guerre se décide et se contrôle depuis les hautes sphères internationales, est sujette à caution. En décidant de privilégier la fonction et la mission de sécurité intérieure du gendarme, le gouvernement va sans doute dans la bonne direction.

Mais en matière de fusion de la gendarmerie et de la police en un seul corps sous l’égide de la Force de Sécurité Intérieure,  FUSI, il faut croire que d’un point de vue linguistique,  et ce à son propre insu, la langue fongbé a  quelque longueur d’avance sur le Président Talon.

En effet, en fongbé, le mot soldat, militaire se dit lɔpa ; et le mot policier est rendu pas ponon.

Aussi, dans le journal télévisé en fongbé de la chaine TVC, rendant compte de la mise sur pied de la commission de la FUSI, la présentatrice  explique que le but de la manœuvre est de mettre fin à la distinction entre lɔpa et ponon, et de voir désormais en ces deux agents de sécurité un seul et même homme ( ou femme).

Or l’étymologie s’est déjà chargée de  la chose bien longtemps avant que les politiques ne se décident à le faire. Une analyse étymologique et lexicale montre que le mot lɔpa vient en fait du yoruba ɔlɔpa, qui veut dire l’homme ( ou l’agent) au bâton.

C’est ce même mot que le Goun, voisin et cousin du Yoruba a traduit – comme c’est souvent le cas de maintes expressions ou locutions empruntées au yoruba par les langues à dominance aja – par ponon.

En goungbé en effet, ponon, parodie mimétique et traduction du mot yoruba ɔlɔpa, veut dire aussi l’homme au bâton.

Si bien que finalement, la distinction lexicale effectuée par le fongbé en distinguant d’un côté le lɔpa, qui réfèrerait le militaire et de l’autre le ponon, qui réfèrerait le policier, cette distinction ramenée à l’histoire lexicale fait pshittt…

Cette évaporation pose surtout le problème de l’indigence lexicale et du vide des instances académiques pour définir ou créer les mots d’un dictionnaire plus solide que celui que permettent les usages spontanés ou les suggestions opportunes voire opportunistes des journalistes et autres médiateurs dont la seule bonne volonté ne suffit pas à régler la question de la langue et de son parler dans l’espace social.

Dans la langue fongbé, la distinction entre le soldat et le policier n’est pas enracinée. Le nouvel agent de sécurité qui émergera sous la houlette de la FUSI attend un nouveau mot pour le désigner.

Comme quoi, bien souvent, les mots ont une longueur d’avance sur les choses.

Aɖipétɔ Bèɖéglà

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