Publié dans Haro, Lettre, Litté

Lettre à Pancrace où il est Question de la Fête du Vodun, d’Allada et de l’Aplogan

writting2Mon Cher Pancrace, j’ai bien reçu ta dernière lettre dans laquelle tu t’interroges à juste droit sur la pertinence du lien que j’ai fait sur mon blog vers un article intitulé « Fête du Vodun à Allada aux couleurs des rites et rythmes endogènes ».  Avec la sagacité et l’acuité critique qui te caractérisent, tu me demandes « qu’est-ce que l’article a de particulier en dehors de quelques banalités posturales de quelques roi  et reine d’opérette ? » Et tu ajoutes : « Au-delà du cas d’Allada, si ces gens étaient vraiment des rois, pourquoi ont-ils fermé boutique pendant toute la période coloniale, et pourquoi pointent-ils le bout de leur nez maintenant que le colon a fait semblant de partir et se fout pas mal de nos comédies sociopolitiques, pourvu qu’il nous ait dans le cul ? »

Eh bien, mon cher Pancrace, ta colère est saine et justifie tes mots durs et crus. De même la référence que tu fais à l’histoire me paraît fort pertinente. Je te remercie pour ton admirable éclectisme intellectuel, contrairement à nombre de nos concitoyens qui, sortis des thèmes politiciens, ne voient point de salut, ni d’intérêt à rien, trahissant par-là leur courte vue.

En fait, mon cher Pancrace, j’ai  crée ce lien vers l’article incriminé, non pas par intérêt personnel ni par une quelconque valeur intrinsèque mais parce que la demande m’en a été faite expressément par notre ami, l’écrivain Blaise Aplogan, auteur entre autres de « Gbêkon, le Journal du Prince Ouanilo ». Et, c’est seulement après réception de ta lettre que je me suis enquis auprès de lui,  de la raison pour laquelle il m’avait demandé de faire un lien vers l’article. « C’est, m’a-t-il répondu,  pour des raisons à la fois personnelles et polémiques ou passionnées. »  Et l’écrivain de poursuivre son explication qui vaut le détour :

« L’article, nous parle de la fête du Vodun à Allada. Or, il se trouve que je m’appelle APLOGAN et je suis originaire d’Allada. Donc d’entrée, mon geste est chauviniste. Mais la raison en est plus polémique ou passionnée ; elle va au-delà d’un coup de coeur chauviniste. »

En fait, à Allada, détaille-t-il, « quand j’étais plus jeune et que mon Grand-Père Dah Jènonlo était le chef de la collectivité des APLOGAN, je n’ai jamais pensé qu’il y avait un roi de ce pays autre que mon grand-père, dont la dignité et l’autorité me paraissaient inégalées à plusieurs kilomètres à la ronde. Il est vrai qu’à cette époque, on était loin du boom des têtes couronnées et autres roitelets de hameau qui ont essaimé en l’espace de quelques décennies et envahi le champ politique en se faisant les rabatteurs de voix et les médiateurs électoraux des hommes politiques de tout bord ( députés, ministres, candidats à l’élection présidentielle, etc…) »

En effet, mon cher Pancrace, à en croire les explications fort passionnantes de notre ami,  à Allada, jusqu’à la conquête du royaume du Danhomè par les Français, farouchement combattus par le roi  Gbêhanzin, il n’y avait pas de roi mais un vice-roi, qui avait nom APLOGAN. Allada était la capitale religieuse du royaume, et le ministre du culte était le APLOGAN, qui faisait office de vice-roi. Et cet état de choses dura jusqu’à la conquête française en 1984. C’est après la conquête française que, sur le mode des rapports fantoches qu’ils ont instaurés avec le roi Tofa de Porto-Novo, les Français ont eu l’idée machiavélique de ressusciter la royauté d’Allada en lui conférant une légitimité colonialiste d’autorité.

Donc à en croire notre ami, le paradoxe de la royauté d’Allada c’est qu’elle ne tient sa légitimité que de la conquête coloniale et de l’idéologie colonialiste qui consiste à diviser les Africains, et à déconstruire leurs œuvres les plus pertinentes et les plus endogènes. Les supercheries fantoches tributaires de la volonté colonialiste se substituent volontiers à la puissance historiquement établie d’un royaume africain. Telle est l’ambiguïté insupportable de la royauté d’Allada aujourd’hui. Après la conquête du Danhomè, les Français, conseillés par le roi Tofa,  ont fait à Allada un ludion nommé Jigla. Et c’est de là que procède la royauté actuelle d’Allada.

Donc poursuit notre ami « ce qui m’a frappé dans l’article qui pèche par sa misère historique, c’est le fait qu’on puisse y parler de vodun, et de la fête du vodun sans mentionner la présence, même fortuite d’un quelconque APLOGAN aujourd’hui. Cette insulte à la mémoire et à la vraie histoire en dit long sur l’ignorance des gens. »

Avoue, mon cher Pancrace, que l’explication de notre ami tient la route. La revendication non questionnée de la royauté à Allada est dès lors ambiguë et navrante en cela qu’elle se donne à comprendre comme une confirmation sans nuance de la perfidie de l’idéologie coloniale.

Cher ami, ai-je apaisé ta colère par rapport à la question que tu as posée ? Je l’espère bien, et avec l’appui de ma source, je suis prêt à t’apporter d’autres éclairages sur la question le cas échéant. Dans l’espoir que le caractère dérisoire que tu prêtais à la mise en valeur du sujet se sera dissipé, je te réitère l’indéfectibilité de notre amitié, avec mes meilleurs vœux pour l’année nouvelle

Binason Avèkes

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