Lettre à Pancrace sur le Comportement Insolite de ZL à la Fête des Ignames de Savalou

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Mon Cher Pancrace,
J’ai bien reçu ta dernière lettre écrite depuis Hakodate au Japon, qui me donne tes échos. Et le moins que je puisse dire est qu’ils transpirent toujours du même intérêt pour la vie politique nationale. Avec toi, le monde est devenu un véritable « global village ». Indépendant de ta localisation, ton intérêt pour le pays est intact et me surprend dans sa richesse. Et c’est là où on s’y attend le moins que tu annonces la couleur. Ainsi, à propos de Monsieur Lionel Zinsou, tu me demandes ce que je pense de son comportement à la fête de l’igname à Savalou. Ah, quelle question ! Sans rien te cacher, mon cher ami, ta question m’a surpris, car à la fête de l’igname à Savalou ou ses retombées politiciennes, je n’ai pas suffisamment fait attention pour en capter des bribes. Mais ta question m’a poussé à sonder l’actualité de ces derniers jours, et j’ai pu aller à sa source. Alors j’ai compris ce que tu as voulu dire par « le sang savalois de ZL n’a fait qu’un tour ». Et sans prétendre être dans le secret du dieu « venu de France » pour nous sauver, je me propose modestement de te dire ce que je pense de cette histoire.
Pour comprendre le couac, il faut mettre le pied dans la fourmilière des ethnies, et parler de la manipulation qu’en fait M. Yayi depuis 2006. Stigmatiser le paradoxe de la division là où la géographie et la culture unissent les hommes.
En effet, partout où les populations Aja et Yoruba sont en contact, Yayi Boni s’échine à instaurer la primauté de ceux-ci sur ceux-là, même et surtout lorsque, comme c’est souvent le cas, ce sont les premiers qui sont plus nombreux. Cette paranoïa tribale s’administre au nom du concept fourre-tout de nago. De ce point de vue, sur la façade est du Bénin, de Parakou à Porto-Novo, on trouve des Nago partout. Dans le Département du Plateau, comme dans celui de l’Ouémé, mais aussi évidemment dans le département phare des Collines, qui est le sanctuaire originel de cette race vigilante, obsédée de politique. Yayi Boni est imbibée de cette représentation suprématiste Nago, qu’il recherche et instaure partout où cela est possible. Il suffit qu’un Béninois, de par son origine départementale ou son patronyme, ait partie liée si peu que ce fût avec la culture yoruba, eh bien, il devient l’homme de Yayi ! Ce n’est pas par hasard qu’il a commencé son premier quinquennat avec le jeune Edgard Guidibi comme porte-parole, parce qu’il serait de Savalou, et selon le regard historique biaisé qu’en a Yayi, Savalou est d’essence nago. La langue et la culture dominante de Savalou ont beau être fon ou mahi, ses poètes et chanteurs célèbres ont beau être en odeur de sainteté avec les meilleurs chanteurs fon d’Abomey ou même du Couffo, eh bien le Savalou de Yayi Boni est Nago. Yayi Boni promène sa sensibilité hégémoniste partout où il se tourne et partout où les conditions historiques et culturelles lui en donnent l’occasion, même si le fil conducteur de son obsession raciste est ténu. Passe encore dans les villes de Kétou, de Sakéte, d’Ajawèrè, de Pobè qui sont yoruba, l’annexion des Yoruba à la grande nébuleuse nago incarnée par des hommes comme Abiola va de soi. A Ajarra, cette banlieue de Porto-novo où les Gouns sont majoritaires, Yayi Boni a pu imposer un maire yoruba qui s’appelait Yaya. Ce dernier qui vient de décéder n’a pas été réélu. — paix à son âme. Parfois, pour réussir son jeu obscur, Yayi Boni n’hésite pas à exploiter l’inclination musulmane des yoruba et à jouer cette identité contre celle chrétienne de leurs frères Aja. Le sieur Yaya, l’ex-maire d’Ajarra était musulman de cette ville capitale départementale des gargotes de porc ! De même à Savalou, Yayi Boni vient de réaliser un de ses faits d’arme tribalistes en réussissant à faire maire de cette ville un certain Prosper Yo Iroukora, un « nago » dont le patronyme est tout sauf Yoruba ou Fon !
Si l’ancien premier Ministre Koupaki est de Savalou, le nouveau premier ministre de Yayi, bien que venu de France, est, comme on peut le lire dans un de ces publireportages qui font sa promotion « natif de Savalou » ! (Dixit, Nouvelle Tribune.) Tout cela ne relève pas du hasard ; dans son obsession hégémoniste centrée sur la nébuleuse ethnique nago, Yayi Boni se veut méthodique et saisit toutes les chances qui s’offrent à lui. Même si son « Nago » peut lui être imposé par la France ! Yayi Boni aime tellement le Nago en politique en vue d’en assumer partout où c’est possible la primauté sinon la suprématie, qu’il n’hésite pas à faire flèche de tout bois. Il se pourrait même que le dévolu qu’il a jeté sur l’ancien président de l’Assemblée et qui les a unis dans une complicité politique douteuse pendant presque deux quinquennats soit fondé uniquement sur l’homonymie du patronyme de celui-ci, qui s’appelle Nago, bien qu’étant originaire du mono. Cela montre bien que Yayi Boni, dans sa quête délirante du Nago, est bien capable d’appeler escargot une coquille vide de ce mollusque !
Alors mon cher Pancrace, venons en à ta question. Dans le cadre de l’initiation de Lionel Zinsou aux pratiques d’identification ethnique qui sont aux principe de la posture du fils du terroir qui régit la vie politique au Bénin, le premier Ministre a assisté récemment à une fête culturelle, la fête de l’igname, d’autant plus dramatisée qu’elle lui donne l’occasion de se poser. A cette cérémonie, la presse a fait état d’un couac dans l’attitude de Monsieur Zinsou, qui aurait fait bande à part alors qu’il était censé être à la tête d’une délégation représentant le chef de l’Etat. Dans son allocution lors de la cérémonie Monsieur Zinsou aurait fait savoir qu’il était venu au seul nom de sa famille, ce qui n’était pas du goût des autres ministres qui, selon le reportage de la presse, étaient embarrassés. L’incident a même pris une tournure grave lorsque sans attendre la fin des cérémonies, Monsieur Zinsou serait sorti de l’église où se disait une messe, à laquelle assistait tout un parterre politique et diplomatique.
Dans cet incident dont la substantifique moelle a échappé aux meilleurs analystes de la presse, ce qui se jouait c’est le conflit d’autorité autour de l’identité de fils de Savalou, et le mythe englobant de nago dont Yayi Boni s’estime le fondé de pouvoir. D’un côté, Monsieur Lionel Zinsou essaie de bâtir son identité béninoise et de fils de terroir, et de l’autre Yayi Boni qui veut éclipser cette démarche par son ténébreux voile nago habituel. C’est pour cela que le sang savalois de Zinli n’a fait qu’un tour. Et, oui mon cher Pancrace, on le comprend le pauvre ZL : alors que notre « venus de France » a mis les petits plats dans les grands pour jouer les fils du terroir, voilà qu’une discipline implacable venue d’en haut veut le fondre dans la nébuleuse nago… « over my dead body » disent les Anglais… Jamais de la vie ! Ne me demande pas de dire ça en Japonais, car tout ce que je peux te dire dans la langue des samouraïs c’est sayonara !
Binason Avèkes

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